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Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

La mort du taxidermiste

Le dernier roman de Guillaume Le Touze

Le dernier roman de Guillaume Le Touze

Aujourd’hui ma chronique est consacrée à un roman intitulé La mort du taxidermiste. Il a été écrit par Guillaume Le Touze, auteur né en 1968. Ses premiers romans ont été publiés dans les années 90. Je citerai notamment Etonne moi, Comme ton père et Comme tu as changé. Il mettait en scène les jeunes de sa génération. Le thème de la filiation était présent en filigrane dans ces ouvrages émouvants. L’homosexualité des personnages était vécue avec simplicité et évidence, sans doute en raison de l’époque et de la jeunesse insouciante des protagonistes. J’en garde d’excellents souvenirs. Il n’avait plus fait paraître de textes littéraires destinés aux adultes depuis une dizaine d’années. Il revient donc avec un nouveau roman. Sur la couverture du bouquin on voit une girafe au cou incliné au milieu d’un décor orageux. Et au-dessus, le nom de Le Touze qui m’a incité à me plonger dans ce bref roman.

La famille est au cœur de cette histoire, mais le personnage principal du roman est un lieu, plus précisément une île : la Corse. C’est pourtant à Paris que se déroule l’essentiel de la narration. A l’approche de la mort du père de famille, Bernard, les confidences, les secrets et les non-dits vont se révéler peu à peu. Cet homme taciturne, à l’image de son métier solitaire, est pour ses enfants un mystère partiel. Ceci est dû à son passé qui sera progressivement dévoilé. « Louise et Bernard avaient eu deux enfants. Si Antoine, le plus jeune, s’autorisait une vie qui lui semblait être à sa mesure, Marianne, l’aînée, était toujours, à l’approche de la cinquantaine, la fille de ses parents. » Avec ces quelques mots, la configuration à l’origine du roman est posée. Les retrouvailles au chevet du paterfamilias sont houleuses. L’enjeu porte en particulier sur la pertinence de tenter des soins chirurgicaux alors que le mal semble envahir le corps du vieil homme. Ces moments douloureux vont être l’occasion d’interroger le passé, de tenter de découvrir qui il était vraiment. Pour cela, il faut remonter aux années soixante et aux événements d’Algérie.

Bernard, après avoir travaillé sur des chantiers difficiles et physiques, notamment ceux de la construction des barrages hydroélectriques dans le sud de la France, est devenu taxidermiste. La taxidermie devient pour lui une véritable révélation, une passion dévorante. Il va devenir un orfèvre dans l’art d’empailler. Il s’est installé à Paris avec sa femme. Dans son atelier il a passé des années à redonner vie à des animaux trépassés. Son plus beau chef d’œuvre est sans doute la girafe qui est restée là, jamais réclamée par son commanditaire, presque trop grande dressée sur ses pattes pour quitter ces murs. Après sa mort, ses héritiers vont choisir de transférer l’animal empaillé en Corse. Les pages sur ce métier si singulier sont belles. Des explications psychanalytiques pourraient contribuer à comprendre le choix de cette profession.

L’attachement aux racines familiales et la recherche des origines sont souvent réactivés lors de la confrontation à la disparition d’un être cher. Pour Marianne cela s’est produit lorsqu’elle a décidé de s’installer dans l’île de Beauté, avant le décès de son père. « La Corse lui a été transmise. Si elle ne l’a pas choisie, du moins l’a-t-elle acceptée. A elle d’en faire une force plutôt qu’un fardeau. Comme toujours le temps passe et la distance s’immisce entre les êtres, la part d’asservissement que peuvent recéler les relations humaines dans un village se dilue au fil des années. (…). Son île est un entrelacs de sensations disparues, de souvenirs presque effacés. Ce qu’elle vient y chercher n’est pas tant ce qu’elle peut y trouver aujourd’hui que la réminiscence d’un paradis perdu que sa génération n’a pas connu : les sensations d’un temps où le départ n’était pas encore à l’ordre du jour, avant l’exil. » La force du roman est de parfaitement rendre l’état d’esprit et la psychologie des personnages.

Les quatorze chapitres sont emprunts de lenteur et de nostalgie. Le lecteur a vraiment la sensation que la Corse est un monde à part, avec ses codes et ses rituels. La langue de l’auteur est plaisante, son intrigue est touchante. La quête identitaire est extrêmement bien rendue avec l’histoire familiale corse. Le roman est topographique, géographique. Incontestablement, la thématique de la filiation est fortement prégnante chez Le Touze, qui sous une forme ou une autre y revient systématiquement. Il propose ici un pudique roman intimiste. Je vous invite à lire cet auteur trop méconnu à mon sens.

Voilà, je vous ai donc parlé de La mort du taxidermiste de Guillaume Le Touze paru aux éditions Acte sud.

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