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Culture tout azimut

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Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Pukhtu

La saga de DOA en Afghanistan
La saga de DOA en Afghanistan

La saga de DOA en Afghanistan

Aujourd’hui ma chronique est consacrée à un formidable et haletant polar Pukthu. Le second et dernier tome de cette saga incroyable a été publié récemment. Logiquement, Pukthu secundo fait suite à Pukthu primo. Ils ont été écrits par DOA. Tout d’abord, quelques mots sur cet auteur dont les initiales signifient Dead on Arrival. Autant dire que le ton, noir et sombre, est donné dès le décryptage de son pseudonyme. Ce n’est pas très accueillant. De lui on sait assez peu de choses, il est plutôt discret. Ce pourrait être un ancien militaire chargé d’opérations spéciales ou un agent secret travaillant pour les services de renseignements et menant des missions délicates sur le terrain. Le cycle Pukthu même s’il en est indépendant fait suite à Citoyens clandestins, certains personnages se retrouvent dans ces différents ouvrages. DOA est surtout un talentueux auteur de littérature noire dont les intrigues s’inscrivent dans le réel et l’actualité contemporains. La fiction semble largement inspirée de la réalité, il est difficile de faire la part des choses entre ce qui est inventé et ce qui est méticuleusement documenté. Au-delà des intrigues complexes, des personnages multiples, ce qui frappe le lecteur c’est la précision et les détails. La connaissance de DOA des arcanes les plus dissimulés des pouvoirs opaques et indélicats est incontestable. Même si c’est glaçant, le réalisme et la véracité des récits sont incroyables.

Je ne souhaite pas trop détailler le contenu de ce millier de pages, il faut laisser le plaisir du suspens, des rebondissements et des intrigues. Le style suit le rythme des actions. Ainsi, certains chapitres s’ouvrent avec des dépêches d’agences sordides énumérant les victimes des conflits de façon comptable. Lors de la description d’assauts meurtriers, des rafales verbales se succèdent au rythme effréné des avancées mortifères. Au contraire, l’allongement doux et langoureux des phrases se fait entendre lors des rares répits, notamment amoureux.

Nous sommes autour de 2008, la situation politique en Afghanistan est branlante. Les forces occidentales livrent une guerre sans merci aux talibans. Les officines privées, notamment américaines, ont envahi la région inhospitalière et se substituent aux états étrangers dont les moyens et les ressources sont comptés. Les hommes engagés sur le terrain sont souvent des militaires retraités qui reprennent du service sous une forme un peu différente. A la limite de la légalité, à la marge de ce qui est officiel et autorisé. Avec des objectifs clairs et peu importe les dégâts et victimes collatéraux. Ici, la vie peut se monnayer mais la considération pour la vie humaine est négligeable.

Le trafic de drogue, en particulier l’héroïne afghane, est au cœur des tensions et des enjeux de domination. Les personnages troubles sont légions dans le polar. Nombre d’entre eux ont déjà été impliqués dans le conflit en ex Yougoslavie, Parmi les flics et les agents des renseignements, difficile de se fier à qui que ce soit. La duperie et la rouerie semblent être leurs vertus cardinales. La duplicité est omniprésente. Plusieurs personnages sont odieux, répugnants. Les scènes de crime et de viol sont souvent insoutenables. Les femmes sont maltraitées, méprisées, uniquement considérées comme des réceptacles à sperme. France, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Afghanistan, Moyen Orient, Serbie, ex Yougoslavie et Mozambique sont les principaux terrains de ce polar.

Dans le milieu du renseignement les identités sont camouflées, fluctuantes, échangées. Ceux qui ont vu la série télévisée Le bureau des légendes retrouveront à une échelle démultipliée certains comportements et façons d’agir des services de renseignement. Des personnages ressuscitent sans qu’aucun miracle ne soit en jeu. Ainsi, cet agent disparu des écrans radars de ses anciens employeurs, qui a trouvé l’amour en Afrique, sous une identité d’emprunt, loin de sa vie passée mais qui va être rattrapé par les événements et va incognito rejoindre la France pour régler ses comptes et tuer autant que nécessaire. La puissance de la narration est si forte que l’on finit par croire que cette fiction n’est que la transposition littéraire de la réalité cauchemardesque. Cela heurte la morale et la loi républicaine. Pourtant, un doute s’immisce, c’est peut-être ça la vérité.

C’est absolument passionnant et dérangeant. En effet, même s’il s’agit de fiction, le réalisme est tel que le lecteur ne peut s’empêcher d’imaginer qu’une partie est peut-être vraie. Et si tel est le cas, c’est plus qu’inquiétant. Toutes les lois communes sont bafouées, au point de parfois en oublier les raisons. L’écriture de DOA est envoutante, son texte est foisonnant, riche, dense ; l’urgence est un moteur de la narration. Bien entendu, en filigrane, des questions morales sont posées : par exemple, au nom de la lutte contre le terrorisme, les pouvoirs publics ont-ils le devoir de piétiner et mépriser le droit ? A découvrir d’urgence pour les amateurs de polar et les autres.

Voilà, je vous ai donc parlé de Pukthu primo et Pukthu secundo de DOA parus aux éditions Gallimard dans la collection Série noire.

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