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Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

La faille

La faille, roman de la rentrée littéraire 2015

La faille, roman de la rentrée littéraire 2015

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au dernier roman d’Isabelle Sorente La faille. Isabelle Sorente est polytechnicienne, chroniqueuse radio et écrivain. Je la découvre avec cet opus. Son roman est une histoire d’amour fou, une passion dévastatrice croit-on d’abord. Mais c’est surtout un formidable portrait psychologique où sont mis à jour les excès, les manipulations induites. La narratrice, Mina Liéger, retrouve son amie d’enfance Lucie Scalbert après l’avoir perdue de vue pendant quelques années. Elles se sont connues adolescentes, Lucie était très belle, séduisante. Elle a voulu être comédienne, a débuté une carrière prometteuse et puis a subitement tout interrompu. Le lecteur va comprendre pourquoi : elle est sous l’emprise absolue de son mari VDA, qui prend un malin plaisir à la dénigrer, la rabaisser en permanence. VDA c’est Vincent-Dominique Arnaud. Le personnage trouble et troublant du roman. Mina quant à elle dit « je vivais seule et les hommes qui me plaisaient avaient la sale habitude de devenir mes amis. »

Voici un passage qui correspond à l’analyse faite par Mina au fur et à mesure qu’elle prend conscience de la relation perverse qui lie VDA et Lucie : « Ce n’était pas la mort de Lucie qu’il voulait, ce n’était pas la rendre folle. Juste se regarder dans la glace. Elle était devenue son portrait de Dorian Gray, celle qui vieillissait et enlaidissait à sa place. Je ne croyais pas au masochisme de Lucie. Je croyais seulement que la faille s’agrandissait entre Lucie qui veut plaire, transformée en portrait de Dorian Gray, et la vraie Lucie. Plus elle se voyait devenir ce qu’elle devenait, plus elle haïssait sa volonté tordue, plus il la tordait, plus elle se haïssait, plus la question de vie ou de mort, pour lui, était réglée ». La narratrice poursuit sa prise de conscience et s’adresse à son amie : « La haine des femmes fabrique des hommes que la faiblesse épouvante. La haine des femmes fabrique les drames dont les hommes épouvantés sont les héros. Nous pouvons tout créer, dit Lucie, tu comprends ce que ça veut dire ?, même les hommes sont nos créations. Pas seulement parce que nous les mettons au monde. Mais parce qu’ils se soumettent sans le savoir à une force cachée au fond de nous, tant que nous l’ignorons, cette force appartient à l’homme noir, elle appartient à Lucie qui veut plaire, elle détruit tout ce qu’elle touche ».

Ce livre composé de longs chapitres qui s’étendent parfois sans fin comme la douleur née de cette relation ambiguë et destructrice est un vrai choc. Il faut accepter de ne rien maitriser et d’attendre de prendre connaissance de l’évolution de la situation pour bien entrer dans cette narration. L’auteur construit son dense roman avec intensité et progressivité. Le lecteur pénètre pas à pas dans le huis-clos étouffant et angoissant. Le suspens est entretenu longtemps, le drame se met en place au fil des chapitres qui mettent des briques supplémentaires au puzzle. A présent je vous confie quelques bribes des pensées de la narratrice face à ce qu’elle découvre : « Lucie avait raison. VD ne criait pas, il parlait vite et bas, on aurait dit qu’il marmonnait. (…). Ce qui compte, ce n’est pas le nom qu’on porte, c’est l’histoire qu’on se raconte. Nous avions passé notre dernière nuit ensemble la veille, sans le savoir. Les dernières fois, c’est toujours sans le savoir. (…). Je déteste les petits noms, dit Lucie, les soi-disant noms d’amour qui sont des noms de haine. »

Le roman d’Isabelle Sorente a la vertu d’offrir un subtil portrait d’un pervers narcissique. Cet homme est dans le désir absolu de toute puissance et d’emprise, de contrôle sur sa femme. Loin des livres théoriques de psychologie ou de psychanalyse, VDA en est un représentant archétypique. Le contexte, la situation et l’intrigue mettent l’accent sur la relation perverse qui se noue avec Lucie. Le lecteur, tout comme les autres personnages du roman, est impuissant à agir, la force de ce lien pathologique destructeur est bien illustrée.

Voilà, je vous ai donc parlé de La faille d’Isabelle Sorente paru chez Jean-Claude Lattès. 

Interview de l'auteur à l'occasion de la publication de La faille

Isabelle Sorente : chroniqueuse sur France Inter

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