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Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Voyage autour de mon sexe

Un texte iconoclaste de Thibault de Montaigu

Un texte iconoclaste de Thibault de Montaigu

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au dernier livre de Thibault de Montaigu intitulé Voyage autour de mon sexe. Sans doute les oreilles chastes, les pudibonds et les rabat-joie de tout poil devront zapper cette chronique. Tant pis pour eux, mais je ne souhaite pas les choquer. Donc, il va être question d’onanisme pendant quelques minutes. Rien de grave rassurez-vous cela ne rend plus sourd ! Pour ceux qui ne verraient pas bien de quoi il s’agit, n’ayez crainte j’userai de synonymes pour m’assurer d’être compris de tous les lecteurs. Sans pour autant être trop explicite, cette chronique littéraire n’a rien d’un lupanar pornographique et n’a pas vocation à se dévergonder pour le devenir. Je vais avec vous accompagner Thibault de Montaigu dans son livre Voyage autour de mon sexe. Ce titre rappelle le classique Voyage autour de ma chambre de Xavier de Maistre. Ici la chambre ne sera pas le lieu unique du périple. Thibault de Montaigu est un jeune homme qui a écrit quatre romans précédemment, je n’ai personnellement lu que le dernier Zanzibar qui m’avait laissé une impression suffisamment bonne pour que j’aie envie de découvrir le suivant. Attention, le livre que j’évoque aujourd’hui n’est pas un roman ; c’est un essai intime qui explore en quelque sorte l’histoire de la masturbation et propose une réflexion plus large sur le sens profond à donner à cette pratique solitaire. C’est un divertissement savant au ton drôle et enjoué. Point de tabou, nulle complaisance face à lui-même ; l’auteur s’expose, se met à nu, dévoile ses fantasmes, qui sont ceux de beaucoup de ses semblables. A la fois banal et original.

Voici le début des préliminaires : « C’est en Arabie Saoudite que j’ai redécouvert, il y a quelques années, le charme discret de la masturbation. J’avais vingt six ans et à cette époque de ma vie, ma principale ambition dans l’existence était de coucher avec des filles. Beaucoup de filles. Toutes sortes de filles. Le seul problème est que les filles en question partageaient rarement la même ambition que moi et je me retrouvais le plus souvent (…) avec la triste impression de faire partie d’un fan-club dont j’aurais été le seul et unique membre. Pour ma part, ce n’est pas des vestes que je prenais, mais des dressings entiers… C’est donc avec enthousiasme que j’accueillis la proposition que l’on me fit de partir en Arabie Saoudite afin d’écrire un rapport sur l’industrie du pétrole ». Le lecteur se rendra vite compte que ce séjour en Arabie Saoudite est le déclencheur indirect du livre. C’est surtout pour le protagoniste une période de tension, où la recherche obsessionnelle d’une femme disponible (mission quasiment impossible à relever malgré les conseils moyennement avisés d’un expatrié belge) est associée à une pratique du paluchage dans les toilettes avec une frénésie intense qui semble compulsive. L’Arabie Saoudite n’est qu’un catalyseur de la pulsion, je n’insiste pas.

Thibault de Montaigu s’est documenté et a exploré une partie de la littérature autour de cette sexualité imaginaire ou égoïste. Il cite l’incontournable Samuel Auguste Tissot qui, au dix-huitième siècle, théorisa les méfaits supposés de la masturbation et imposa un contrôle d’origine pseudo médicale sur les corps cherchant le plaisir auto érotique. Bien entendu, la religion à la même période a également contribué à la culpabilisation de l’acte auto-érotique, et les confesseurs étaient souvent à la recherche de la révélation par les pécheurs de leurs comportements indignes qu’ils devaient se faire pardonner au plus vite, en commençant par les avouer.

Thomas Laqueur, historien américain, avec Le sexe en solitaire, contribution à l’histoire culturelle de la sexualité a publié un ouvrage de référence passionnant et rigoureux. Thibault de Montaigu l’a lu et le cite avec pertinence. Pour répondre à son interrogation sur la sexualité de Robinson Crusoé seul sur son île,  il a lu l’épatant Vendredi ou les limbes du Pacifique de Michel Tournier. Robinson fera l’amour à la terre en la fécondant, en répandant sa sève dans le trou au bord duquel il se caresse au contact du sol. A l’adolescence, âge par excellence de la branlette avant la découverte du plaisir à deux ou à plusieurs avec l’accomplissement d’actes sexuels, les jeunes s’interrogent. L’anecdote sur Marcel Proust demandant à son grand-père de l’argent pour aller au bordel se faire dépuceler est savoureuse. Il faudrait aussi mentionner Sœur Emmanuelle disant simplement sa pratique masturbatoire, sans en faire un aveu empreint de culpabilité. L’acte masturbatoire, garantie solitaire de prendre du plaisir sans courir de risque sur la santé a été réhabilité depuis l’émergence du sida.

La lecture de l’ouvrage de Thibault de Montaigu m’a fait penser à Histoire de ma sexualité qu’Arthur Dreyfus a publiée en 2014 chez Gallimard. Ce dernier ne se limitait pas à la masturbation, mais il l’évoquait également au milieu d’une multitude de pratiques sexuelles qu’il avait vécues depuis l’enfance. Son roman autobiographique était cru parfois dérangeant mais fort instructif. A la différence de Montaigu, l’hétérosexualité le concerne moins, son goût personnel le menant exclusivement vers des garçons, mais force est d’admettre que, le choix individuel de sexualité, n’affecte pas les sensations et les émotions qui sont assez comparables. Dreyfus accumulait des fragments, des notations courtes, il se mettait en scène avec ses partenaires dissimulés derrière des pseudonymes.

Ceux qui attendent un pouvoir d’excitation du livre de Montaigu seront vraisemblablement déçus. Pour cela mieux vaut aller acheter Playboy, Lui ou d’autres revues de ce genre. Ce n’est pas le propos ici, nulle volonté de susciter le désir, d’inciter à la débauche charnelle avec soi ou avec autrui. Mais plutôt une réflexion quasi philosophique d’un branleur qui voit en cet acte solitaire, un acte de résistante, presque un acte politique. L’ultime chapitre avec la rencontre du fils et de son père, ex don juan devenu aveugle est touchant. Je vous recommande donc chaudement ce voyage que vous entreprendrez seul ou accompagné au plus près de l’intime, de cette pratique secrète dont on parle peu alors qu’a priori chacun y a gouté voire s’en délecte plus ou moins fréquemment.

Voilà, je vous ai donc parlé de Voyage autour de mon sexe de Thibault de Montaigu paru chez Grasset. 

Interview de l'auteur

Un extrait du groupe Fauve

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