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12 Août 2026
Aujourd’hui je vais évoquer Loin du Mékong premier roman touchant de Louis Raymond.
Loin du Mékong est une fresque familiale sur près d’un siècle entre la France, le Vietnam et le Cambodge. Le narrateur, jeune français d’origine vietnamienne, se rend dans ces contrées sud-est asiatiques aux confins de l’ancienne Indochine à la recherche de la tombe de sa grand-mère. Au début de son récit il a une vingtaine d’années, c’est le début des années 2010. Il lui faudra une décennie pour réunir suffisamment de matériau pour écrire ce récit romancé, témoignage et reconstitution d’une dynastie familiale ballotée d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre par les affres des déplacements forcés de populations. Il va reconstituer sur plusieurs générations l’histoire de sa famille qui a côtoyé les déboires de l’Histoire internationale. Il vit quelques années entre Saigon et Hanoï, voyage au Vietnam et au Cambodge à la recherche du passé de sa famille. Il reconstitue le décor et le récit durant la période de la colonisation française et de l’expansion des plantations d’hévéas. C’est la première étape lorsqu’une jeune femme Thu quitte le Vietnam pour rejoindre celui qui devait devenir son mari et le père de son enfant qui a été recruté par un colon français. Mais il est mort et son corps ne sera pas rendu, il n’aura pas de sépulture. A cette époque le rôle des prêtres catholiques est important, ils proposent leur soutien aux exilés. Un père va même devenir très proche de la jeune femme, l’aimer, la mettre enceinte puis la contraindre à avorter. A partir de ce premier chainon le narrateur tisse les fils entre les différents personnages, les générations qui se succèdent, avec des gamins qui grandissent, à leur tour se marient et ainsi la famille s’élargit. A la fin un arbre généalogique permet de naviguer entre tous ces prénoms. Lors d’une rencontre fortuite une interrogation surgit pour l’un des fils de Thu: « y avait-il une chance qu’il soit le fils de ce Jabert, le meurtrier du père de Trà ? L’idée lui était insupportable et pourtant, il avait fait son choix, et en avait subi les conséquences ». Loin du Mékong est un roman sur les racines, l’exil, la langue, la mémoire et l’identité. Le narrateur cherche à mieux comprendre son père qui transmet assez peu l’histoire familiale ou ce qu’il en sait. Une partie est probablement romancée mais tout est crédible et invite le lecteur à se plonger dans ce passé dérangeant où le comportement des colonisateurs, puis des américains sont abjects, où le racisme entre cambodgiens et vietnamiens est prégnant. La plume de Louis Raymond est simple et alerte, le rythme du roman qui embrasse plusieurs générations pour mettre en exergue les douleurs de la séparation (amoureuse, fraternelle, de pays) est très subtil.
Loin du Mékong est un premier roman passionnant et assez envoutant. Le lecteur s’attache aux personnages de cette famille, aux histoires singulières, dans les dernières pages le narrateur confie : « je m’appelle Paul Félix. A ma naissance, mon père a choisi de faire vivre en moi le souvenir de son père, et je tente de porter mon nom et mon prénom du mieux qu’il m’est possible. »
Voilà, je vous ai donc parlé de Loin du Mékong de Louis Raymond paru aux éditions Calmann-Lévy.