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25 Juillet 2026
Aujourd’hui je vais évoquer Même les poissons volent essai de François Suchel, pilote de ligne chez Air France. L’ouvrage est sous-titré Enquête d’un pilote au cœur du fret aérien.
Au-delà du titre qui peut faire sourire, cette enquête est intéressante car elle plonge dans les arcanes souvent discrets du rôle majeur de l’avion dans les échanges commerciaux mondiaux. Certes les navires demeurent prédominants pour le transport de marchandise mais la vitesse de l’avion reste insurpassable pour proposer n’importe où des produits frais. L’auteur précise en introduction : « nuit et jour, en toute discrétion, le ballet étourdissant du fret aérien impose son tempo à l’économie mondiale. Voici le journal de mon enquête. » Il construit sa narration à partir des destinations où il se rend avec son Boeing 777 et il cherche à comprendre ce qu’il transporte dans les soutes. Il explique qu’avec les avions les plus récents les passagers volent en même temps que le cargo, même si des compagnies spécialisées dans le fret se portent bien. A partir de nombreux exemples il suit à la trace les palettes et interroge les expéditeurs afin de mettre en lumière les circuits aériens. Basé à Paris Charles de Gaulle il accède aux services de la logistique du fret aérien et comprend comment tout est conditionné, préparé, chargé puis transporté en quelques heures à l’autre bout de la planète. Plusieurs cartes montrent les principaux flux et le rôle des hubs, par exemple Amsterdam pour les fleurs coupées en provenance du Kenya. Tout cela est très instructif et parfois inquiétant quand le monde tourne sur la tête et déraille. L’anecdote sur les vols à vide vers la Chine pendant le covid-19 pour aller charger des masques met en exergue les bénéfices de l’avion. C’est également le cas avec les poches de sang quotidiennement envoyées à la Réunion pour sauver des vies. Le fret aérien c’est aussi la fast-fashion et ces milliers de colis jusqu’à récemment non taxés. Et il est aussi question de haricots verts (à l’origine de dysfonctionnements à bord lorsqu’ils s’embrasent), de surcharge de saumon frais impliquant une surconsommation de kérosène et un déroutement inopiné vers Las Vegas, de caviar de Madagascar, de chevaux de course, de tableaux prêtés à des musées, de fruits tropicaux comme les mangues expédiées à Rungis, de pièces électroniques, de cercueils transportés vers dans le lieu de naissance de défunts immigrés pour respecter les traditions d’enterrement dans le sol de la terre natale. Même les poissons volent n’est pas un reportage journalistique, c’est parfois un peu superficiel, rapide et facile mais cela reste toujours pertinent et cela soulève de nombreuses questions en lien avec le réchauffement climatique et des certitudes qui vacillent y compris pour le pilote expérimenté. En effet : « le pilote en 2022 slalome entre les catastrophes, menacé d’un missile s’il rate un piquet. » La situation internationale ferme certaines routes aériennes, les conflits sont des menaces pour le secteur qui demeure fragile. Mais force est de constater que : « grâce à l’avion, il est devenu possible de découper la fabrication d’un produit complexe en plusieurs étapes localisées dans des usines séparées par un continent. Grâce à l’avion, on peut imaginer l’expédition de produits périssables tels que les homards du Canada importés vivants avant les fêtes de fin d’année par cargaisons entières, puis replongés dans des viviers à leur arrivée au marché de gros de Rungis. »
Même les poissons volent est une sorte de précis de la mondialisation facilitée par l’activité de fret aérien. Malgré la croissance et l’indispensable besoin qui a été créé et dont chacun est dépendant cet essai permet de s’interroger et de révéler des coulisses peu connues.
Voilà, je vous ai donc parlé de Même les poissons volent de François Suchel paru aux éditions Paulsen.
François Suchet présente son ouvrage
Entretien avec l'auteur