Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Publicité

Un tombeau pour Dustan

Un hommage à Dustan par un ancien amant

Un hommage à Dustan par un ancien amant

Publicité

Aujourd’hui je vais évoquer Un tombeau pour Dustan récit touchant de Christophe Beaux. Le texte est sous-titré Lettre d’amour posthume.

Plus de trente ans après la relation entre William Baranès alias Guillaume Dustan et Christophe Beaux ce dernier prend la plume pour raconter son histoire intime avec celui qu’il a rencontré alors qu’il avait à peine vingt ans. Le provincial qu’il était va monter à Paris et s’établir en couple avec le brillant William (qui deviendra juge et haut fonctionnaire). Sa trajectoire professionnelle suivra celle de son mentor dont il apparait parfois comme la chose et l’objet de jouissance dominé. Le public connait Guillaume Dustan comme écrivain homosexuel et provocateur ; son premier roman Dans ma chambre évoquait ses multiples aventures sexuelles notamment celle avec l’auteur. De lui Beaux écrit : « il m’avait repéré, chopé, dressé et modelé comme une pâte. Il m’avait aussi humilié, dominé et utilisé selon son bon plaisir. Ce faisant, il avait déniaisé le provincial que j’étais et m’avait aguerri tel le samouraï qu’il entendait être. (...). Ma relation avec William allait décider de ma vie entière. » La relation dure à peine deux ans, William apprend qu’il est séropositif, les deux hommes s’éloignent. Avec cet hommage posthume Christophe Beaux fait revivre sa jeunesse et témoigne d’un amour défunt sincère tout en dressant un portrait honnête et sans condescendance de son partenaire. Il s’interroge sur la dérive de Dustan (il a du mal à le nommer ainsi, pour lui il demeure William le juif homosexuel extravagant qui l’a éduqué) et sa mort en privilégiant l’hypothèse du suicide. Il sait que : « cela parait vain de mettre William dans un livre après qu’il s’y est si bien mis tout seul. » Il ajoute : « ce que nous avons vécu ensemble est un puzzle éparpillé, désordonné, éclaté, parfois enjolivé, auquel il manque forcément des pièces, mais que nul autre ne connaît. » William s’adresse à lui ainsi avec ce mot affectueux (utilisé aussi avec moult autres amants) : « lapin, oublie tout, tu seras ce que je ferai de toi. » Ce tombeau qui se termine par la lettre réellement glissée dans le catafalque le jour de l’enterrement est un flashback sur une période fondatrice de la vie du narrateur qui affirme : « notre rencontre fortuite un soir d’été finissant était la tête d’épingle sur laquelle reposait mon monde tout entier, en mal autant qu’en bien. »Au moment de la rupture, alors que Christophe est dégoûté par le corps poilu de William il raconte une dernière tentative de rapprochement charnel : « malgré le dégoût qu’inspirait ce cloaque de culs efflanqués, de bouches édentées et de bites vérolées, il y avait quelque chose de touchant dans la tentative de William d’essayer un truc. Peu importait quoi. Un truc qui aurait remis du sexe entre nous. »

Un tombeau pour Dustan est un témoignage de première main sur la personnalité complexe de William Baranès, brillant étudiant et haut-fonctionnaire qui devient défroqué, malade du sida, provocateur et défenseur de positions de liberté difficilement entendables à l’époque des faits, quand l’épidémie faisait rage et des ravages parmi les homosexuels.

Voilà, je vous ai donc parlé d’Un tombeau pour Dustan de Christophe Beaux paru aux éditions Robert Laffont.

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article