Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Culture tout azimut

Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Juste la fin du monde

L'affiche du film

L'affiche du film

Rédigé par Louise

Décidément, Xavier Dolan a le don me faire pleurer comme une madeleine. Si Mommy m’avait extrêmement émue, il n’en est rien à côté de la claque que m’a donné son tout dernier film : Juste la fin du monde. Il n’est nulle question ici d’apocalypse (et ce ne serait pas le style de notre cher réalisateur québécois) mais d’un repas de famille. Juste un repas de famille.

Le protagoniste principal, Louis (Gaspard Ulliel), écrivain reconnu, vient rendre visite à sa famille, après douze ans d’absence, pour lui apprendre la mauvaise nouvelle : sa mort prochaine. Au cours du repas, ont lieu des allusions à son homosexualité et à l’incompréhension relative à son absence. Et peu à peu, s’ébauchent les tensions et les dialogues de sourd, qui signent les souvenirs d’une époque où être homosexuel était mis sous silence dans le cadre familial et où il était fréquent de mourir du sida.

Inspirée de la pièce de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde de Dolan reprend les codes théâtraux à son compte, à travers ce huis-clos oppressant. Chacun prend son temps dans la réplique et la récite avec passion. A cela s’opposent les jeux des regards qui, filmés en gros plan, retracent l’intensité des rapports entre les personnages. Ces doux moments de mutisme prodiguent un havre de paix, où acteurs/personnages et spectateurs peuvent souffler un instant avant de reprendre la course des crises de colère.

Car tout est sujet de crise : un geste, un regard à la volée, un mot de trop, un souvenir, un rien peut provoquer un débat sans fin ; où règne en maître l’éternel sanguin, Antoine, frère de Louis (Vincent Cassel). Détesté et détestable, il a réussi tout de même à se rendre attachant. Car c’est bien le seul ici qui montre que l’hypocrisie n’a pas sa place dans ces convivialités excessives, où l’incompréhension siège. L’opposé de son frère Louis, pâle et fantomatique, qui choisit le silence même lorsqu’il se fait insulter. C’est son arme à lui, le silence.

Passif devant les déchaînements de sa famille, il tient presque le même rôle que le spectateur. Presque invisible, tapi dans son coin, il semble vouloir nous faire comprendre la raison de son absence en nous offrant son point de vue : le point de vue d’un jeune homme en fuite, oppressé devant les névroses familiales. Le point de vue d’un jeune homme qui n’a pas le temps de souffler, lorsque, un par un, son frère, sa mère, sa sœur et même sa belle-sœur viennent lui faire des reproches. Des coups de couteaux qui ne font que renforcer un peu plus son avancée vers le départ…

Tel Le Voyageur sans bagage de Jean Anouilh, Louis est comme amnésique face au portrait qu’on dresse de lui. Il est dépeint comme une personne des villes, un être condescendant, imbu de lui-même, égoïste et trop peu soucieux des problèmes de sa modeste famille provinciale. C’est ce mur qui s’effiloche en continu entre lui et eux, eux qu’il a décidé de ne plus voir pendant douze ans. Eux qui ne comprennent pas la raison de sa venue, et à qui on voudrait crier d’arrêter de le faire souffrir encore. Car c’est de façon sublime que Xavier Dolan arrive à véhiculer de la frustration chez le spectateur. Cette attente éternelle de la nouvelle horrible, qui fait toute la tension de cette pièce, ou de ce film plutôt.

Xavier Dolan, qui en est à son sixième long métrage, donne donc ici une raison de continuer à voir ses films. Si celui-ci reprend encore la thématique des conflits mère/fils (Mommy, J’ai tué ma mère) et celle de l’homosexualité dénigrée, il offre au spectateur une forme tout à fait nouvelle : le théâtre adapté en film. Et surtout, des comédiens plus que parfaits dans des rôles où certains d’entre eux sont méconnaissables. Notamment Marion Cotillard en belle-sœur effacée, balbutiante, généreuse et tendre. La seule extérieure à toute cette histoire, et qui laisse à penser que l’extérieur reste bien mieux qu’un socle familial pourri de l’intérieur. Donc, si vous n’aimez pas votre famille et ne comprenez toujours pas pourquoi vous vous obligez à endurer des heures de repas insupportables, ce film est fait pour vous ! Et dans le cas contraire, si vous souhaitez ressentir des émotions fortes, ou voir Léa Seydoux et Marion Cotillard sous un angle qui mette enfin en valeur leur talent, ce film est aussi fait pour vous !

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article