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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

La bête à chagrin

Un roman de 1975 écrit par une femme

Un roman de 1975 écrit par une femme

Aujourd’hui je vais évoquer La bête à chagrin roman d’Anne Loesch publié en 1975. Ce texte est très daté et n’est pas passé à la postérité. Le lire c’est se plonger dans une époque et un milieu soi-disant libre et libéré. C’est l’histoire d’un couple mal assorti qui part à la dérive et sous prétexte de liberté ne reconnait pas la fin de l’amour.

La bête à chagrin est une expression qui revient cinq ou six fois dans le roman et qui désigne la conséquence d’une infidélité qui mine celui ou celle qui la subit. L’incipit situe l’action : « habiter la plaine Monceau, c’est vivre dans la naphtaline. A quoi bon maintenant ces salons d’apparat, ces velours, ces tentures ! Le nègre portant flambeau sur la rampe d’escalier, les boiseries, les lambris, le stuc et les jeux de miroirs ne font plus valoir que médecins, avocats, notaires : dès le vestibule, un faste d’antan prépare le client. » Les protagonistes principaux sont Jacques et Bernadette Dombasle. Il est gynécologue travaille en cabinet et dans sa clinique, il a plutôt réussi et est socialement installé et reconnu. Elle est femme au foyer (sans enfant), elle a interrompu ses études pour aider la carrière de son époux et c’est elle qui par sa famille a fourni l’essentiel de la fortune. Le couple parisien habite dans les beaux quartiers, ils fréquentent quelques amis, participent à des fêtes. Le roman raconte le désir, la séduction, l’amour physique et les sentiments, mais aussi la désillusion, l’attente, l’inquiétude. Aujourd’hui il semblerait impossible de publier un tel texte, plein de goujaterie et de misogynie. Le style dialogué est ampoulé, la narration est syncopée et peu fluide. Jacques est amateur d’art, il collectionne des œuvres de peintres et n’hésite pas à investir l’argent de sa femme dans sa collection. Elle est seule et isolée, désœuvrée, en quête de sens et de sensualité. Parmi ses amies, qui ont également des difficultés conjugales, figurent Marthe et Karine. Celle-ci devient l’amante de Jacques. La souffrance de l’adultère malgré les apparences de dédain est réelle. Bernadette part avec son mari dans leur maison des Cévennes pour l’été, mais il ne la désire plus, ne lui fait pas l’amour, ne la regarde pas. Elle pense à son amant, Daniel, veut le rejoindre à Venise. La bête à chagrin vante les mérites du couple moderne sans tabou mais dresse le constat de l’échec de cette liberté synonyme de mensonge et de mal-être. Parmi les personnages du roman Robert, marié avec enfant mais qui préfère les hommes sans l’assumer, est ainsi décrit : « Robert combattait pour l’homosexualité. (...). Promu haut fonctionnaire, il écumait les brasseries, les jardins publics, et pourquoi pas, les vespasiennes. Il ne ramassait que des femmelettes, plus ou moins vénales, pouah ! De son éducation, Robert avait gardé le culte de la virilité. La voix bien timbrée, le geste bref, il n’avait rien d’une tapette à l’époque. Où se terraient donc ses semblables ? se lamentait-il, toujours draguant. » Cet extrait montre que ce roman est daté, il n’est plus acceptable de s’exprimer ainsi.

La bête à chagrin est un petit roman sans grande ambition littéraire. L’intérêt du texte est de dépeindre le début des années soixante-dix, héritières des valeurs de mai soixante-huit, et de montrer que la liberté sexuelle et sentimentale est une chimère. Les personnages et les dialogues évoquent parfois un film érotique bas-de-gamme où le mépris et la domination des femmes apparait à son acmé.

Voilà, je vous ai donc parlé de La bête à chagrin d’Anne Loesch paru aux éditions Le livre de poche.

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