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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Servir les riches

Un essai dans le monde des domestiques contemporains

Un essai dans le monde des domestiques contemporains

Aujourd’hui je vais évoquer Servir les riches, essai sociologique décapant d’Alizée Delpierre sous-titré Les domestiques chez les grandes fortunes. Cette enquête sociologique du quotidien est une mine d’informations et permet par le biais de cette approche théorique de pénétrer des mondes sociaux méconnus. Cet essai explore, de manière bien différente et par l’unique prisme de la domesticité, le champ de recherche qui a occupé Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot pendant de nombreuses années.

Servir les riches est une plongée dans le milieu de l’aristocratie et des nouveaux riches. Le terrain de recherche d’Alizée Delpierre (principalement en France avec un crochet en Afrique du Sud) est celui de cette frange ultra-riche de la population, dominante (économiquement) qui a les moyens de payer de nombreux employés pour effectuer les tâches domestiques qu’ils délèguent (ménage, courses, éducation des enfants, entretien du jardin ou de la piscine, organisation de l’emploi du temps et des réceptions, confection des repas, etc.). Il s’agit à la fois des majordomes, des gouvernantes, des lingères, des chauffeurs, des nannys et autres cuisinières. Celles dont il est question ici, car ce sont principalement des femmes, sont au service continu de leurs richissimes patrons. La plupart d’entre-elles vivent à proximité ou sur place et semblent taillables et corvéables à merci ; elles n’ont pas d’horaires et travaillent souvent plus de douze heures par jour. La sociologue a profité d’une expérience personnelle au service d’une famille (garde d’enfants) pour réaliser des observations in situ. Elle a également conduit de nombreux entretiens avec d’une part des domestiques et de l’autre des patrons. Elle rapporte assez peu de verbatim mais reconstruit au fil des chapitres les données qu’elle a compilées ou observées. Cette enquête est passionnante et malgré la nécessaire anonymisation des protagonistes le lecteur est troublé et se demande parfois de qui il est question. Les témoignages sont souvent édifiants et permettent de proposer une typologie des domestiques et de leurs tâches. La question de la rémunération est au cœur de la recherche. Force est de constater que si certaines s’en sortent honorablement, pour la plupart les conditions de travail sont exigeantes et éprouvantes et une partie de la rémunération n’est pas déclarée. Tous les domestiques n’ont pas de contrat de travail ! Les patrons apparaissent comme hors sol, peu scrupuleux des règles et se positionnant au-dessus des lois. D’ailleurs l’inspection du travail ne couvre pas ce domaine de la domesticité, ils peuvent donc dormir tranquilles. Les relations entre patrons et domestiques sont bien documentées, le tableau n’est pas toujours réjouissant. Un mépris de classe est souvent lisible, les employeurs n’hésitent pas à se débarrasser de leur personnel sans préavis, les abus et violences existent. Sans évoquer les extravagantes demandes (cet homme contraint de se travestir en femme par exemple). Du côté des domestiques, force est d’être surpris par leur attitude et discours parfois paradoxaux : les patrons sont souvent considérés comme leur famille et les serviteurs affichent un dévouement et une serviabilité assez impressionnants, nimbé d’un respect lié au sentiment grâce à cet emploi d’avoir réussi dans la vie. Il existe une part de rêve liée à ces professions qui permettent de côtoyer le luxe et la réussite sociale par l’intermédiaire d’autrui.

Servir les riches est un essai qui montre bien le miroir aux alouettes que constitue pour certains l’ambition de travailler au service des très riches. Être domestique est souvent considéré comme une forme d’ascension sociale et n’est étrangement pas le domaine réservé de personnes immigrées sans diplôme ni qualification : bien entendu il y en a mais la sociologie des domestiques est beaucoup plus variée que ce stéréotype.

Voilà, je vous ai donc parlé de Servir les riches d’Alizée Delpierre paru aux éditions La Découverte.

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