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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

La Treizième heure

Le nouveau roman d'Emmanuelle Bayamak-Tam

Le nouveau roman d'Emmanuelle Bayamak-Tam

Aujourd’hui je vais évoquer La Treizième heure le nouveau roman déjanté d’Emmanuelle Bayamak-Tam. Elle est notamment l’auteur d’Arcadie et de La princesse de dans la même veine que ce nouvel opus et sous l’identité de Rebecca Lighieri elle a publié d’autres romans comme Il est des hommes qui se perdront toujours.

La Treizième heure est une histoire d’amour, de quête spirituelle et d’identité. Le roman est organisé en trois parties principales ayant chacune un narrateur différent. Cela commence par Farah, puis c’est le récit de Lenny et enfin la version de l’histoire proposée par Hind. Les liens de parentés sont a priori simples entre eux : Farah est la fille adolescente, Lenny est le père et Hind la mère absente. Farah n’a pas été élevée par Hind qui a fui le domicile peu après la naissance de la petite fille. Mais en réalité le jeu des identités et des orientations de genre rend la situation beaucoup plus complexe et drôle. Il faut se méfier des apparences, le sexe de naissance ne correspond pas nécessairement au genre assumé. Chaque protagoniste raconte la quinzaine d’années précédant les faits à sa façon, avec quelques règlements de compte à la clé. Le père est le fondateur d’une communauté religieuse qui pour sa liturgie utilise de la poésie qui est récitée par les fidèles. Suite à la naissance de sa fille et à la défection d’Hind, l’amour de sa vie, il est resté célibataire ; mais il a été épaulé par Sophie mère de famille amoureuse de lui, et a bénéficié des largesses financières d’une vieille dame qui l’a soutenu pour fonder son église. Sa fille précise : « c’est mon père qui a créé l’Église de la Treizième Heure, et si elle compte moins d’adeptes que celle du Septième Jour, c’est une injustice que le temps se chargera de réparer – car je tiens à dire que notre religion est à la fois beaucoup plus libre, beaucoup plus inventive et surtout beaucoup plus poétique que celle des adventistes. » Il ne faut pas trop raconter l’histoire de cette famille, juste dévoiler quelques indices. Farah est intersexuée et disgracieuse elle a côtoyé les membres de la communauté mais comme elle le dit : «je ne sais pas si c’est le fait d’avoir grandi chez les illuminés, mais je voue désormais une passion aux sciences exactes – comme une sorte de syndrome réactionnel aux discours mystiques et aux songeries idéalistes. » Au moment du récit elle est en pleine crise d’adolescence, en interrogation sur ses choix futurs et à l’affût de la vérité sur sa mère. Sa mère déclarée, Hind, est en réalité un homme qui va abandonner Lenny pour le magnifique Sélim. On imagine la difficulté de révéler à l’adolescente la vérité, Lenny ayant toujours opté pour le mensonge. En effet : « pour bien faire, selon elle, il faudrait que je dise à Farah que sa mère est un homme – ou que sa mère est son père, comme on voudra. Et puis tant qu’on y est et toujours pour bien faire, il faudrait que j’ajoute qu’elle-même est un garçon. » Le ton du roman est souvent grivois, il est question avec une certaine liberté de sexe et de plaisir, même si l’amour n’est pas toujours heureux et épanoui. Voici quelques extraits emblématiques : « papa, j’ai à la fois des couilles et un vagin ! Et un truc qui pend, trop petit pour être un pénis et trop gros pour être un clito ! Ils vous ont dit quoi les médecins. (...). J’ai encore le goût tourbé de la salive sur ma langue, ma cuisse est encore engluée de son sperme, mais je tremble déjà, dans l’attente d’un commentaire désobligeant, voire d’une sentence de bannissement à vie tombant de cette bouche magnifique. » Dans le roman le thème identitaire (personnages trans, intersexué) est largement brassé. Ce qui donne des phrases presque cliniques : « un garçon avec un phénotype féminin, certes, mais un garçon quand même. Nous avons affaire à un syndrome d’insensibilité aux androgènes ! Pour faire simple, faute de récepteurs ad hoc, la testostérone n’a pas pu viriliser les tissus cibles pendant la vie fœtale. Mais comme les testicules de votre enfant fabriquent quand même l’hormone antimüllérienne, l’utérus ne s’est pas développé non plus. Ni les ovaires. » Songeant à son histoire d’amour unique et passée Lenny constate : « elle me laisse avec l’enfant née de ses rêves – mais aussi de sa giclée de sperme ; elle me laisse avec l’enfant de l’amour, et avec la blessure inguérissable de son départ. »

La Treizième heure est l’église qui rassemble les personnages du roman. Ils sont tous attachants malgré leurs particularités et leur difficulté d’insertion sociale. Le texte est truffé de références littéraires et de citations de chansons (Serge Lama, Edith Piaf, Michel Sardou notamment). Emmanuelle Bayamak-Tam est en empathie avec les personnages et son message de tolérance est évident.

Voilà, je vous ai donc parlé de La Treizième heure d’Emmanuelle Bayamak-Tam paru aux éditions POL.

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