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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

L'homme qui danse

Le deuxième roman de Victor Jestin

Le deuxième roman de Victor Jestin

Aujourd’hui je vais évoquer L'homme qui danse le second roman de Victor Jestin. Son premier roman s’intitulait La chaleur et révélait les affres sensuelles de l’adolescence au milieu d’un drame. Avec ce nouveau texte le jeune homme se révèle l’observateur scrupuleux de son protagoniste obsédé par une boite de nuit provinciale un peu minable.

L'homme qui danse est le portrait d’Arthur le narrateur qui pendant plus de vingt ans passe ses soirées à La Plage la discothèque de la petite ville des bords de Loire où il habite. Cette boîte devient le centre de sa vie, son obsession ; la danse n’est qu’un prétexte pour ne pas affronter la réalité de sa triste existence. De façon générale le narrateur reconnait qu’: « au petit matin les boîtes de nuit trahissent. Elles révèlent d’un coup la laideur et la saleté. Les lumières s’allument, la musique s’éteint ; l’air sent la sueur et l’usine, le sol colle, le palmier est en plastique. » Le roman est composé d’une dizaine de séquences datées comme autant de moments de la vie d’Arthur, un morceau musical caractérise chaque fragment. Chaque scène est liée à un personnage, le plus souvent des hommes connus ou juste rencontrés sur le floor dance. Tout se passe dans ce lieu nocturne et clos où la piste est centrale. La première séquence se déroule au moment de l’adolescence du protagoniste qui est timide, peu à l’aise avec les filles et son corps. Cette expérience princeps initie Arthur à observer les danseurs tandis qu’il reste assis sur la banquette en skaï. Il reviendra devenu jeune adulte alors qu’il travaille dans une salle de sport de la ville. Ses journées sont ponctuées par la perspective de la sortie nocturne en boîte. Après quelques tentatives : « la sensation, cette fois, était agréable, peut-être même la plus agréable des sensations éprouvées jusqu’alors. Certes je ne faisais que sauter, certes je ne dansais pas réellement, mais je me sentais tout de même synchronisé avec les autres, réglé sur eux. » Au fil des décennies Arthur n’a quasiment aucune vie sociale, il croit que la serveuse de la boîte est son amie, ses connaissances sociales se limitent presque aux seuls videurs. Mais sa capacité à danser, seul ou face à des corps inconnus et anonymes, s’améliore. Il pratique la musculation pour sculpter son corps, il confie : « rien n’a plus compté que mon corps et l’envie de pousser. Des bosses sont apparues, des veines ont sailli. Patiemment je me suis transformé. Un soir enfin, je me suis décidé à retourner seul à La Plage. » Cet Homme qui danse est la confidence d’Arthur sans censure : il ne parvient pas à tisser des liens sociaux en dehors de la boîte ; il vit dans la solitude, refusant l’immixtion de ses parents et de sa famille dans son intimité. Il affirme : « habiter seul m’épargnait le regard de mes parents, leur pression sur ma solitude. Je leur rendais visite le dimanche, en gueule de bois. » Pour affronter sa timidité et son angoisse il boit et s’enivre. Arthur est lucide : « en dehors de la boîte, je n’arrivais à rien. Je m’acharnais à jouer des rôles et à faire des efforts, j’enquillais les petits chagrins. Et chaque fois davantage je sentais monter en moi une lassitude, l’envie d’abandonner. (...). Je rêvais d’une petite amie, d’une personne à qui tenir la main, avec qui aller au cinéma, faire des promenades et l’amour en plein après-midi. Je n’en trouvais pas ici. (...). Ma vie ne tenait qu’à la boîte. Le reste était brumeux, hostile. J’avais peur de tout, de la rue, du travail, de la paperasse, des questions, des visages inconnus en plein jour. J’étais bloqué. C’était difficile à expliquer. » Il n’a pas conscience que la population qui fréquente La Plage est à présent beaucoup plus jeune que lui, il doit reconnaitre : « j’aurai bientôt quarante ans, c’est vieux pour ici, c’est presque mort. Je suis périmé. » Et pourtant sur la piste ses sensations positives l’entourent : « je suis bien. Je ne suis pas seul. On n’est jamais seul, quand on danse avec quelqu’un. »

L'homme qui danse est le portrait d’un solitaire asocial qui croit se réaliser dans son rapport à la danse. Il ne voit la vie et les rencontres que par le prisme de la boite de nuit, temple de la drague, où il passe plusieurs nuits par semaine. Arthur est une sorte d’autiste qui sombre dans une solitude pathétique. Victor Jestin réalise la prouesse de suivre son personnage pendant plus de vingt ans et de raconter son existence par le biais de ses soirées dansées.

Voilà, je vous ai donc parlé de L'homme qui danse de Victor Jestin paru aux éditions Flammarion.

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