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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Effractions

Trois nouvelles de Pierre Péju

Trois nouvelles de Pierre Péju

Aujourd’hui je vais évoquer Effractions recueil de trois nouvelles de Pierre Péju. Il est notamment l’auteur de plusieurs romans dont La petite chartreuse, Reconnaissance et La diagonale du vide. Avec ce texte le lecteur est plongé dans des univers étranges qui se font écho. Tout en étant indépendantes les nouvelles sont liées et constituent un ensemble cohérent.

La première nouvelle éponyme Effractions commence par un hold-up raté pendant lequel de jeunes délinquants échouent médiocrement dans leur exercice de vol. Ils se séparent et tentent de s’échapper. Un des protagonistes échoue à l’orée d’une île où vit une artiste peintre foutraque. Cette femme va en faire son protégé, le cacher quand la police investit les lieux à sa recherche. Il rentre par effraction dans sa vie et se confie sur son passé et ses traumatismes. Une relation affective et conflictuelle se tisse, l’artiste en perte de notoriété et de côte explique le sens de ses toiles : « l’organisme de l’animal informe t’a sucé tout ce qu’il pouvait tirer de toi. Plus que du déchet, de l’excrémentiel. La mort, c’est la défécation finale, ce putain de mal de ventre. Mourir, c’est être chié dans le néant. C’est ça que j’ai voulu peindre, il y a déjà des années. » Le garçon est à la fois génial et décalé, il devient le larbin de la femme mais en catimini il reprend goût à sa passion passée du dessin. Il pourrait en secret dépasser le talent de sa protectrice. Sa vie peut se résumer en quelques phrases brèves : « dix ans qui passèrent vite, comme n’importe quelle décennie dès qu’on a été expulsé de l’enfance. Vols, trafics, cambriolages, effractions et quelques agressions. Un gars perdu, un égaré, voilà ce qu’il était devenu. Oublié le dessin. » Par inadvertance comme il était apparu il s’éclipse, la nouvelle se termine. Usurpation est l’histoire d’un écrivain (chez Péju des romanciers sont souvent des personnages de ses livres) qui dans les toilettes d’un aéroport croise un homme qui fait un malaise et lui confie sa crainte de partir tout en refusant son aide. Le protagoniste embarque à bord de son vol à destination d’un salon littéraire en Tunisie. Mais à l’arrivée son passeport n’est pas le sien, il prend l’identité d’un inconnu et son désir de fiction et de narration l’embarque dans des situations inattendues et inquiétantes. Par effraction hasardeuse il s’immisce dans la peau d’un inconnu qui doit collaborer avec la police et les services secrets. Assez rapidement le narrateur se dit : « ma petite supercherie d’aéroport est devenue folie mortelle. En quelques heures, mon mensonge a grossi, grossi. Comme il ne peut pas éclater, il va m’étouffer. Je me suis improvisé imposteur par ennui, par imbécillité, par hasard, comme ça... Poussé je ne sais quelle pulsion narrative. » Péremption l’ultime nouvelle du recueil met en scène un homme d’âge mûr, Victor, qui sent le poids des années sur ses épaules et imagine sa fin prochaine. C’est une réflexion sur la mort et la possibilité de la choisir. En effet il faut éviter la « péremption ! Date au-delà de laquelle il n’y a que dégradation, malaise, malheur, pourrissement, bref, le pire. L’interminable agonie. Il fallait décider soi-même du moment d’arrêter. » Et cela est possible comme : « Victor apprit, sans manifester de surprise, que SAM signifiait « Suicide, assistance mutuelle ». L’idée d’une telle institution, froide et solidaire, l’avait tout de suite séduit. » Comme un ami et son ex-femme il va adhérer à cette association dont les clauses sont strictes au risque de ne pouvoir faire marche arrière une fois l’heure décidée venue.

Effractions explore le thème de la pénétration dans l’intimité d’autrui de façon volontaire ou inopinée. Pierre Péju à travers ces fictions raconte des âges de la vie, les tourments et les aléas de l’existence de ses personnages.

Voilà, je vous ai donc parlé d’Effractions de Pierre Péju paru aux éditions Gallimard.

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