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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

La vie qui commence

Un roman poignant sur une enfance meurtrie

Un roman poignant sur une enfance meurtrie

Aujourd’hui je vais évoquer La vie qui commence deuxième roman très fort d’Adrien Borne.

Le narrateur de La vie qui commence s’appelle Gabriel, il est journaliste. Ce roman c’est son histoire, les bribes de sa mémoirefragmentée qui remontent à sa conscience. Il raconte un traumatisme indicible, il révèle le secret sur lequel est fondée sa vie et découvre un autre secret de famille. Le roman est divisé en trois parties : la chambre verte, la fosse et la surface. Les souvenirs qui émergent au début sont ceux d’un garçonnet de 12 ans, seul chez lui un après-midi d’été. Il regarde une étape alpestre du tour de France à la télévision lorsqu’on frappe à la porte. Il pose sa glace et va ouvrir. Face à lui dans son jogging rouge, Yannick, le mono qu’il a connu lors de la récente colo estivale où il était parti avec son frère aîné. Il ne le laisse pas entrer, il lui claque la porte au nez. Rideaux sur cette scène qu’il ne raconte à personne et qu’il oublie immédiatement. Plus de vingt ans plus tard, Gabi se remémore du tréfonds de son cerveau les événements de cet été funèbre. La traversée en ferry vers le lieu de villégiature, les vomissements sur le ponton (il est sujet au mal des transports), l’installation dans le chalet avec les autres enfants et le mono qui partage les lieux. Il se rappelle de la directrice, d’un coup violent porté à son frère sous le coup de la colère, d’une convocation par la responsable et d’une menace d’exclusion. Aucun adulte n’a compris son geste. Et cette phrase terrible répétée de trop nombreuses fois dans les premières pages du roman : « et puis il est revenu le lendemain matin ». Le récit recomposé est pudique, les actes ne sont pas décrits, l’amnésie se révèle progressivement. Le lecteur est pris à la gorge, le viol de l’enfant est insupportable, la parole n’est pas dite, il vit seul son traumatisme. Alors qu’il est trentenaire Gabi passe plusieurs jours à Tonnerre chez son grand-père, Lucien, pour l’aider à vider la maison au moment où le vieil homme solitaire et affaibli se prépare à partir en maison de retraite. Ces deux taiseux sont de vraies têtes de mules, ils s’aiment sans se le dire, ils se fâchent momentanément. Gabi est persuadé que son grand-père détient un secret, il veut savoir, le forcer à parler. Il découvre une coupure de journal mentionnant un plongeur Michel Falco et une date 1956, à partir de cet indice ténu il parvient à convaincre Lucien de lui raconter cet épisode bouleversant et secret de sa vie. Pauline, une amie qu’il tente parfois de draguer est la première à qui Gabriel va parler, elle retrouve la directrice de la colonie. Après un séjour à Iquitos en Amazonie péruvienne auprès d’un shaman pour se purifier et laver son corps et son esprit des atteintes qu’il a subies il lui parle. Mais Gabi ne veut pas porter plainte, il affronte comme il peut son traumatisme, il prend conscience de son amnésie protectrice et de ce qu’il a vécu dans sa chair.

La vie qui commence est un roman dont l’écriture n’est pas toujours littérairement aboutie mais l’histoire (dont on imagine qu’elle est en partie autobiographique) est d’une actualité dérangeante. Le protagoniste pendant plus de deux décennies a totalement occulté de sa mémoire des faits fondamentaux de son histoire intime. Le hasard des associations et des discussions avec son grand-père (et les signes physiques qui se manifestent dans son corps) le conduit à se remémorer et à reconstruire ce passé qu’il doit accepter pour enfin s’autoriser à être équilibré et heureux.

Voilà, je vous ai donc parlé de La vie qui commence d’Adrien Borne paru aux éditions JC Lattès.

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