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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Au printemps on coupe les ailes des oiseaux

Un premier roman sur la révolution égyptienne

Un premier roman sur la révolution égyptienne

Aujourd’hui je vais évoquer Au printemps on coupe les ailes des oiseaux premier roman de Marion Guénard. Le titre poétique fait allusion aux printemps arabes qui ont débuté avec la révolte du peuple égyptien sur la place Tahrir en janvier 2011. Ce roman m’a évoqué J'ai couru vers le Nil d’Alaa el Aswany dentiste et romancier égyptien auteur d’Immeuble Yacoubian. Sur un sujet assez analogue la romancière française qui connait bien le pays imagine le parcours parallèle de deux femmes sur une décennie.

L’action du roman se déroule entre Paris et Le Caire, ce sont deux histoires intimes celles de Mariam et de Kaouthar qui s’entrecroisent. Mariam est une jeune femme parisienne d’origine égyptienne, elle est avocate, brillante, mariée à Antoine et mère de deux filles. Un jour son époux retrouve à la cave d’anciens carnets intimes qu’il lit. Il découvre une facette de Mariam inconnue, une adolescente révoltée et rebelle. Suite à cet événement il parle à Mariam, lui demande pourquoi elle n’écrit plus : « cette question elle se l’était posée bien sûr, il y avait dix ans de cela, sans trouver de réponse. Comme elle avait renoncé à partir en Égypte, elle avait cessé d’écrire. Dans un paradoxe inexplicable, alors que la révolution égyptienne déliait les langues et rendait au peuple sa souveraineté, elle se retrouvait condamnée à l’impuissance et réduite au silence. Qu’est-ce qui a foiré, au fond ? » Quelques jours plus tard elle disparait. Elle ne donne aucune nouvelle, abandonne sa famille ; la police apprend à Antoine qu’elle est partie au Caire. Cette fuite le bouleverse, il discute avec ses beaux-parents, leur confie les filles et part avec l’intention de la retrouver et la ramener auprès des siens. Alors que sur place la célébration des dix ans de la révolution se prépare Kaouthar ne se résigne pas à abandonner ses utopies. Son frère est dans les geôles du pouvoir, son mari est apathique mais malgré son jeune fils elle ne veut rien céder à ses idéaux de jeunesse. Elle veut retourner place Tahrir malgré l’omniprésence policière et les risques encourus. Cette femme a une étonnante force de caractère. Mariam, Kaouthar, Antoine, Ashraf, Halim, Amal et quelques autres sont les protagonistes de cette histoire. Le procédé narratif de Marion Guénard alterne les chapitres autour des deux protagonistes femmes. Le lecteur est en immersion dans la vie cairote avec les espoirs suscités par la révolution du 25 janvier. Les gouvernants ne sont pas nommés, seuls sont évoqués de façon distante les Frères et le Maréchal sans plus de précision, mais le lecteur n’a pas de mal à les rapprocher aux personnages politiques réels. Il est à noter que quelques morceaux de phrases sont écrits en arabe dans le texte ce qui donne un exotisme poétique au roman.

Au printemps on coupe les ailes des oiseaux est un joli premier roman sur la jeunesse mondialisée et ses illusions de renversement de l’ordre établi. L’auteur connait suffisamment l’Égypte contemporaine pour tisser une histoire crédible. Les utopies liées aux révolutions sont parfois déçues.

Voilà, je vous ai donc parlé d’Au printemps on coupe les ailes des oiseaux de Marion Guénard paru aux éditions de l’aube.

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