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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Le roman de Jim

Un joli roman sur la paternité

Un joli roman sur la paternité

Aujourd’hui je vais évoquer Le roman de Jim de Pierric Bailly. Ce roman commence par une histoire d’amour presque banale entre un jeune homme de vingt-cinq ans et une femme enceinte de quarante ans.

Le narrateur se prénomme Aymeric, son récit est celui authentique et sensible de sa vie sur une trentaine d’années. Le romancier déroule les événements dans un style agréable et sans fioriture. Le parcours d’Aymeric est ponctué de plusieurs épisodes sentimentaux marquants. En une formule synthétique il constate : « j’avais joué les petits couples rangés à quinze ans. Les voyous à vingt-cinq. Et maintenant, les futurs pères de famille. » Il n’a pas trente ans lorsqu’à l’occasion d’une mission d’intérim il retrouve Florence qu’il a croisée quelques années auparavant. Il vient de sortir d’une année de taule pour participation à une magouille de récupération d’amiante. La première fois qu’il l’avait vue il s’était dit : « avec son look et ses piercings – une dizaine sur les deux oreilles, plus la lèvre et le menton –, elle détonnait au milieu de ses collègues. » Elle était alors caissière au Casino du coin. L’action se déroule principalement dans la région du Jura, dans des villages de montagnes entre Saint-Claude et Oyonnax. Entre Aymeric et Florence ce n’est pas le coup de foudre passionnel mais ils se plaisent bien, il lui fait l’amour avec son gros ventre sans traumatisme ; ils vont s’installer ensemble. Aymeric est inquiet : « ce que je redoutais ce n’était pas d’être trop chétif, mais plutôt d’être trop jeune, trop vert, qu’elle ne sente pas assez de contenu, de densité, de profondeur, d’expérience, de mystère en face d’elle. Qu’au départ elle m’ait choisi pour ça, pour ma fraicheur et mon insouciance, et puis qu’elle se lasse, qu’elle s’ennuie, qu’elle finisse assez vite à s’emmerder avec moi. » Il précise que : « malgré la différence d’âge on s’est bien entendus, on aimait se voir et discuter cinq minutes en buvant notre café. On n’avait pas des conversations d’un intérêt délirant, on ne faisait que parler du boulot, mais j’aimais son énergie, j’aimais sa verve, j’aimais que ça parte dans tous les sens, que ça se contredise et que ça s’embrouille. » C’est un garçon simple qui n’est pas un coureur, ainsi : « entre Léa et Florence il n’y a eu absolument personne. Je n’ai pas touché une femme pendant près de deux ans. Mais ça ne m’a pas paru si long que ça. Ça faisait partie de la punition, je l’acceptais. » Florence est enceinte : « c’était sa première grossesse et probablement sa dernière, puisqu’elle venait d’avoir quarante ans. Elle vivait seule. Elle a expédié la question en une phrase simple et sèche : il n’y a pas de père. » Aymeric le deviendra, il assiste à l’accouchement et contribue largement à l’éducation de Jim auquel il s’attache comme s’il était son fils. Il dit : « depuis sa naissance je ne vivais qu’à travers ce gamin qui n’était pas le mien, je lui avais tout cédé, ce môme avait tout écrasé, il avait annulé chez moi toute ambition professionnelle, il était devenu plus important que tout ce que j’avais connu jusqu’alors, il avait rendu tout le reste sans intérêt. » Pendant les sept premières années de l’enfant tout est parfait, même si le lien du couple se délite, Jim est le ciment qui les fait rester ensemble. Aymeric est totalement dans l’éducation de Jim, il devient spécialiste de football par exemple. Et puis un jour Christophe, le père biologique de Jim réapparait. Sa femme et ses deux enfants sont morts dans un accident de la route, il est paumé. Florence l’accueille, Aymeric supporte mal la situation. Pour lui c’est un coup de poignard qui accélère la séparation du couple. Au début il garde de fréquents contacts avec Jim.  Mais c’est le début du naufrage ; après la rupture il doit affronter la mise en couple de Florence et Christophe puis leur projet de déménagement au Canada. Jim doit suivre sa mère alors qu’il considère Aymeric comme son père. La révélation de la vérité sur l’identité de son père est un premier choc pour lui. Dans les années suivantes un mensonge familial les éloigne définitivement. Il faudra des années pour que Jim revoie son père. Mais le non-dit perdure et malgré la sensibilité et le manque ressenti les retrouvailles sont difficiles. Aymeric écoute Jim qui lui dit : « j’ai trop souffert pendant toutes ces années. J’ai toujours cette rancœur au fond de moi. Ça fait remonter trop de violence. Tu vois un peu l’état dans lequel ça me met. Je n’arrive pas à te pardonner. Je ne peux pas te pardonner aussi facilement. Je ne comprends pas comment tu as pu me faire ça. » Le mensonge n’est plus tenable, le risque est grand de rompre à nouveau le lien filial, Aymeric aidé de sa compagne doit parler au jeune homme. Ce mélodrame contemporain est prenant et l’épilogue est heureux.

Le roman de Jim est un livre très agréable à lire, le personnage d’Aymeric est très attachant, c’est un homme simple et entier, sauvage, généreux et attaché à Jim que pendant plusieurs années la mère va l’empêcher de voir grandir. Son humanité est magnifique. Le roman est une réflexion sur la paternité et une description d’un milieu assez modeste et provincial où les missions d’intérim et les petits boulots sont le quotidien de la population paupérisée. Cela m’a évoqué Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu. La principale qualité de ce texte émouvant est de décrire sans emphase une vie banale très touchante avec des personnages vrais.

Voilà, je vous ai donc parlé du Roman de Jim de Pierric Bailly paru aux éditions POL.

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