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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Les chats éraflés

Un premier roman d'une provinciale à Paris

Un premier roman d'une provinciale à Paris

Aujourd’hui je vais évoquer Les chats éraflés le premier roman de Camille Goudeau.

Cette histoire est celle de Soizic une jeune fille d’une vingtaine d’années, élevée en Touraine vers Chinon par ses grands-parents. Là où elle habite les distractions sont peu nombreuses, la campagne met la ville à distance. Tout déplacement nécessite un moyen de transport ainsi la narratrice un peu désœuvrée dit : « j’ai gonflé les pneus du vélo, Saint-Benoît-la-Forêt est à vingt kilomètres de Lerné qui est le village le plus proche de la maison. (...). J’attends que quelque chose m’arrive. Je ne sais pas ce que je vais faire. Je lis. » Elle ne sait pas trop quoi faire de sa vie, elle veut arrêter les études et fuir les vieux ; ils sont alcooliques et la jeune femme aspire à une autre vie. Presque par défi elle décide de partir à Paris, sans travail ni projet. Elle n’en peut plus des silences, des non-dits, des mystères sur le départ de sa mère pendant son enfance. Elle n’a plus de nouvelles et ses grands-parents sont peu loquaces sur le sujet. Sa grand-mère lui donne le contact de son cousin Bokno qui pourra peut-être l’aider dans la capitale. Elle débarque à la gare et prend le métro pour rejoindre le quartier de la gare de l’est et un hôtel peu engageant où elle s’installe. Les toilettes sont sur le palier, toujours inondées, les autres occupants sont exclusivement des hommes qui portent un regard concupiscent sur elle. La chambre est petite et glauque mais Soizic s’émancipe, elle se contente de peu. Elle passe un entretien pour un poste d’agent d’accueil ; elle dit : « moi et mon corps extra-long au format idéal d’hôtesse d’accueil en cabinet d’avocats sortons de là avec une impression de soulagement teintée de quelques haut-le-cœur. » L’essai dure une matinée puis elle fuit, déprimée par ces fonctions éloignées de ses rêves de liberté. Elle rencontre son cousin sur les quais de la Seine où il est bouquiniste. Face à ces boites vertes métalliques remplies de livres, de cartes et de souvenirs parisiens Soizic s’imagine tenir la boutique. Elle propose à Bokno de travailler pour lui, l’été arrive la saison est propice aux ventes aux touristes à la recherche exclusive de quelques œuvres emblématiques. Les chats éraflés c’est la quête intime de la protagoniste qui veut retrouver sa mère et qui sera déçue par ces retrouvailles. La mère est cheffe cuisinière dans un ministère mais comme ses parents elle est portée sur l’alcool, d’ailleurs Soizic affirme : « ma mère ? Comme sa mère, bourrée, centrée sur elle-même et mal sapée ! » Elle devient bouquiniste et en est satisfaite, cela lui plait, rester à l’extérieur au milieu des bouquins. Pourtant elle sait que : « bouquiniste, même si je gagne pas grand-chose, même si c’est incertain et temporaire, c’est formidable, c’est poétique, c’est libre, c’est fascinant. » Elle est peu rémunérée, payer son loyer à l’hôtel est difficile jusqu’à ce qu’elle avoue sa situation à son cousin qui l’héberge avec ses colocataires marginaux et qu’elle finisse par accepter une aide financière de sa mère qui ne peut lui apporter que cela alors qu’elle aspirait à l’amour et au rattrapage du lien filial déchiré. Au milieu des livres elle s’épanouit et se dit que : « c’est comme une demande en mariage, c’est se lier à la vie à la mort aux trottoirs et aux livres, jurer fidélité à la caste des marginaux, des indépendants, des individualistes, des solitaires, des ensevelis sous la foule de ceux qui paient cher la liberté. Bouquiniste, c’est devenir un élément du décor. Immuable. »

Les chats éraflés est un joli premier roman qui met en exergue le métier de bouquiniste. Paris est un personnage à part entière avec les tourments de la ville, sa brutalité, sa beauté et sa puissance. C’est le récit d’un passage de l’adolescence à l’âge adulte avec le deuil indispensable des blessures de l’enfance.

Voilà, je vous ai donc parlé des Chats éraflés de Camille Goudeau paru aux éditions Gallimard.

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