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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Lëd

Le nouveau polar sibérien de Caryl Férey

Le nouveau polar sibérien de Caryl Férey

Aujourd’hui je vais évoquer Lëd polar sibérien de Caryl Ferey. Il est notamment l’auteur de Mapuche, Zulu, Condor, Paz et Haka. Cette fois son thriller se déroule dans le froid de l’extrême-nord russe. Comme dans ses précédents ouvrages l’auteur s’intéresse aux peuples autochtones cette fois ce sont les Nenets, éleveurs de rennes qui vivent loin de la ville.

L’action de Lëd se déroule dans la ville de Norilsk. Voilà quelques éléments de contexte sur cet endroit froid et pollué : « qui voulait vivre ici ? Il neigeait deux cent soixante jours par an – soit l’équivalent de dix tonnes de neige par habitant –, dont cent trente de tempête, quand le pourga devenait bourane, ce vent arctique qui filait du trente mètres à la seconde. Dès – 30 °C, rester dehors présentait un risque mortel. Les jours de blizzard, les ferrailles volaient des toits, les enseignes, des magasins – des dangers constants dont on faisait peu de cas. » A Norilsk les mines de nickel sont la principale activité de ce lieu sinistre. Des entreprises et des conglomérats contrôlent la production qui contribue à la richesse du pays. Plusieurs des protagonistes sont des mineurs de fond qui se tuent à la tâche et n’ont aucune autre distraction dans cet environnement glacial que de l’alcool et des filles s’agitant dans une boite de pole dance. L’un des personnages : « Gleb Berensky observait le monstre sibérien derrière le triple vitrage de l’appartement, entre fascination et effroi. – 64°C affichait le thermomètre de la mairie. » Comme dans tout bon polar plusieurs cadavres jonchent les pages de Lëd. Le flic en charge de l’enquête est Boris Ivanov ; il est arrivé récemment en Sibérie, son intuition le pousse à s’associer à une jeune légiste pour vérifier que le premier mort trouvé gelé dans la rue sous des tôles a bien été victime d’un assassinat. Un soir de tempête le mineur Gleb Berensky, à ses heures photographes, échappe de peu à la mort sous la protection d’un louche chauffeur de taxi ouzbek, ancien d’Afghanistan. Ce personnage aime Nikita, poète et mineur comme lui. Les deux hommes doivent se cacher ; ils ont aménagé entre leurs deux appartements mitoyens un passage discret caché derrière un meuble. Les scènes charnelles sont sauvages et puissantes. Il faut comprendre que : « vivre à Norilsk, c’était évoluer dans une prison géante, avec la menace constante d’une interdiction, un univers panoptique rappelant à qui pouvait l’oublier qu’ici il valait mieux rester à sa place. Il y avait toujours une tour d’observation pour obliger les travailleurs à rester sur leur lieu de déploiement, des limites définies, comme ce mur de barbelés qu’ils avaient construit près du Centre de chaleur et d’électricité, un énorme tapis vertical de barbelés à trois niveaux qui bordait l’arrêt de bus. » L’intrigue complexe permet au romancier de s’intéresser à la réalité écologique du monde sibérien en décrépitude. Le décor glauque et repoussant est parfait pour la mise en scène de ce roman noir. Caryl Ferey aborde des thèmes de sociétés comme le sort réservé par l’état russe aux Nenets, le rejet et la stigmatisation de l’homosexualité et la criminalité organisée avec la corruption généralisée. L’intrigue est dérangeante, Boris est border line, mais finalement ce flic n’est pas totalement pourri, l’once d’humanité restante est incarnée par lui.

Lëd est une introduction fascinante à l’existence de la ville de Norilsk. La laideur extrême est au cœur de cette histoire noire. Les personnages de ce polar choral sont attachants même si certains font très peur.

Voilà, je vous ai donc parlé de Lëd de Caryl Ferey paru aux éditions Les Arènes.

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