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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Requiem pour la jeune amie

Un hommage sensible et pudique à une amie morte violée

Un hommage sensible et pudique à une amie morte violée

Aujourd’hui je vais évoquer Requiem pour la jeune amie de Gilles Leroy. C’est un récit intimiste et pudique, un hommage en forme de tombeau pour celle que l’auteur désigne essentiellement par cette formule anonyme et tendre de « jeune amie ». Il a notamment publié L’amant russe.

Requiem pour la jeune amie est l’évocation subtile et douce d’Agathe morte pendant l’été 1984 suite à un drame terrible. De longues années après l’auteur se souvient d’elle. Ce jour-là, en rentrant chez sa mère à Vincennes elle a été suivie, violée et tuée. Son corps meurtri a été retrouvé sans vie dans un parking de la résidence. Une enquête a été menée par la police, un coupable a peut-être été identifié et retrouvé. Cet aspect des choses n’intéresse pas l’écrivain qui écarte le glauque et l’odieux de son récit pour se concentrer sur le portrait de cette amie disparue. Ce récit romancé de Gilles Leroy, son proche ami, n’est pas une recherche de la vérité, c’est la concaténation de ses souvenirs. D’ailleurs il précise : « il aura suffi de peu, un escabeau fissuré, une brève perte d’équilibre, pour que ressuscite avec le manque de l’amie tant aimée tout un pan d’une histoire lumineuse et triste, qui se passait voilà trente ou quarante ans, je ne tiens pas les comptes, il y a très longtemps. » Il l’a rencontré dans une soirée parisienne et immédiatement leur entente a été magnifique. Lui le littéraire a travaillé sur des chantiers avec elle pour rénover des appartements. Le lien intime qui l’attache à celle dont il a du mal à prononcer le prénom est fort ; ils ne sont pas amants (il est homosexuel, vit avec un acteur séducteur et tyrannique) mais leur complicité est belle. Il écrit : « on est pudiques, la jeune amie et moi, on a nos timidités. Je respecte ses silences, elle respecte mes secrets. On s’épanchait peu ou alors sans le souligner, observant un retrait prudent sur ce que l’autre vivait sexuellement et amoureusement. » Afin de qualifier la genèse de leur relation il n’hésite pas : « l’affinité était si puissante, immédiate et déroutante qu’un coup de foudre me semble la bonne image – une foudre amicale, alors, si une telle chose existe, sans les blessures et la dévastation qui suivent. » Malgré l’amnésie protectrice suite à sa mort violente il n’a rien oublié de la jeune amie et des moments passés en sa compagnie. Il affirme que : « la scène, l’obscène de son supplice et de son agonie, je m’interdisais d’y penser et surtout d’y regarder. Malgré moi, malgré le serment que je m’étais juré dans ce train italien du retour, des images forçaient mon esprit et j’avais honte, honte que mon cerveau malade sache produire de telles représentations. » Il est capable de la décrire, de mettre en avant sa vigueur et sa jovialité. Cette jeune fille libre et insouciante était pétillante et drôle. Ils étaient différents cela n’empêchait pas leur amitié de s’épanouir. Il dit : « je n’ai jamais éprouvé le besoin de partager la littérature avec ceux que j’aimais, la littérature demeure affaire intime, presque secrète, il m’est plus simple, plus naturel de parler cinéma ou musique. » Pourtant, lors du drame il était dans le sud, il s’était éloigné. Il avait déménagé, quitté son compagnon ; c’est lui qui depuis Londres l’a prévenu. Il est immédiatement rentré à Paris dans ce train de nuit bondé, mais le murmure et les hypothèses policières ne l’intéressaient pas. Olga la mère d’Agathe était détruite ; il la reverra ultérieurement mais cette femme d’origine ukrainienne qui a vécu en Afrique où a grandi sa fille avant la mort du mari et le retour en métropole, est absente à elle-même, absorbée par la perte de son enfant.

Requiem pour la jeune amie est un texte sensible et émouvant. Gilles Leroy a une belle écriture, son récit est un hommage vibrant à sa meilleure amie, sa complice disparue tragiquement. Le romancier demeure hanté par son image et l’impossibilité de lui avoir dit qu’il avait croisé David Bowie dans une épicerie de la Côte d’Azur.

Voilà, je vous ai donc parlé de Requiem pour la jeune amie de Gilles Leroy paru aux éditions Mercure de France.

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