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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Le temps des gens ordinaires

Le nouvel essai sur la France populaire

Le nouvel essai sur la France populaire

Aujourd’hui je vais évoquer Le temps des gens ordinaires le nouvel essai de Christophe Guilluy. L’auteur est géographe et s’intéresse depuis plusieurs années à la France périphérique et à sa population. Un de ses derniers ouvrages est intitulé Le crépuscule de la France d’en haut.

Avec Le temps des gens ordinaires il réfléchit autour du mouvement des gilets jaunes et des impacts de la crise sanitaire du Covid-19 sur cette frange numériquement importante de la population. Son analyse n’est pas uniquement française, il met en exergue des points communs dans différents pays comme l’Angleterre (avec le Brexit) et les Etats-Unis (avec le mandat de Donald Trump). Les descriptions et les données chiffrées de l’ouvrage tendent à rendre hommage à la frange populaire (ex ouvrière) de la population et à montrer comment la société d’en-haut la méprise, la néglige et l’humilie. Le constat global n’est guère réjouissant. Christophe Guilluy affirme que : « en très peu de temps, les classes populaires, les catégories moyennes ou modestes, les prolos, les travailleurs ont quitté les marges pour le mainstream. » L’auteur fait le procès de l’élite politique dont le niveau culturel serait en diminution ; sa principale préoccupation serait la réduction des coûts et l’augmentation des bénéfices pour les nantis. Selon lui : « depuis le début des années 2000, les gens ordinaires manipulent des marionnettes populistes non pas pour imposer un nouveau totalitarisme ou pour faire la guerre mais pour dire : « Nous existons ». » Ce constat vise les différents populismes qui triomphent ou menacent les socles traditionnels de l’élite dirigeante. Les récentes crises ont pourtant mis en lumière l’importance de ces gens ordinaires : « la visibilité des gens ordinaires s’accentua au printemps dernier à l’occasion du confinement de la population provoqué par la pandémie de Covid-19. » Dans ce texte Christophe Guilluy documente le besoin de reconnaissance de ces gens ordinaires dont le niveau de vie flirte avec la pauvreté et les injonctions multiples et contradictoires (par exemple sur l’utilisation de la voiture liée souvent au lieu d’habitation) auxquelles ils doivent faire face. En géographe, il s’intéresse à l’opposition entre les centres urbains et les marges périphériques. Il affirme que : « confrontée à la puissance des gens ordinaires, la classe dominante s’affole. Retranchée dans des métropoles-citadelles transformées en véritable panic-room au plus fort du mouvement, la bourgeoisie réagit. Dans un premier temps en réprimant. » Le grand débat organisé suite à la révolte des gilets jaunes a révélé des vérités peu acceptables par l’élite sur le thème de l’écologie et de la nécessaire transition. Guilluy écrit : « ce sont bien les ménages les plus modestes (moins de 1250 euros nets mensuels) qui arborent les bilans carbone les plus faibles.(...). La réalité est que les classes supérieures ont depuis longtemps épuisé leur crédit carbone. L’injonction à moins polluer et à moins consommer adressée aux classes populaires par les catégories qui consomment et polluent plus que la moyenne est perçue comme une provocation et un instrument de domination. (...). Depuis des décennies, les gens ordinaires sont essentialisés, animalisés, renvoyés dans un outre-monde, rempli de ténèbres et d’heures sombres. Ils sont forcément sous-diplômés, sous-cultivés, intolérants et extrémistes. » Le monde contemporain avec les villes démesurées n’est pas la panacée. En effet : « échec social, échec écologique, les métropoles sont aussi un échec démocratique. Machine à reléguer les classes populaires, les métropoles produisent une compression de nos puissances d’action et, partant, de nos capacités d’agir. (...). Nous arrivons donc aujourd’hui à un paradoxe : les métropoles triomphantes de la mondialisation deviennent répulsives, tandis que les territoires les moins dynamiques économiquement attirent de plus en plus. » Malgré les discours dominants force est de constater que : « la mobilité pour tous est un mythe. Le monde des mobilités choisies reste celui des classes supérieures. Et le monde des mobilités contraintes celui de la société populaire. »

Le temps des gens ordinaires est un ouvrage bref et percutant. L’auteur ne cherche pas le consensus ; analyses à l’appui il montre combien les classes populaires méprisées et stigmatisées demeurent présentes et peuvent si elles ne sont pas suffisamment écoutées constituer une réelle menace pour l’ordre établi dominant. En conclusion Christophe Guilluy rappelle que : « les gens ordinaires ne croient plus que leurs enfants vivront mieux qu’eux, ils ont intégré que le monde d’après ne sera pas un monde parfait mais celui d’une lutte existentielle pour la préservation de leur niveau et de leur mode de vie. »

Voilà, je vous ai donc parlé du Temps des gens ordinaires de Christophe Guilluy paru aux éditions Flammarion.

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