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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

La vierge du mal

Un roman pénitentiaire d'un auteur bolivien

Un roman pénitentiaire d'un auteur bolivien

Aujourd’hui je vais évoquer La vierge du mal le roman noir et carcéral d’Edmundo Paz Soldàn, auteur bolivien que je ne connaissais pas. Ce texte est terriblement violent, les personnages de l’intrigue sont des misérables, des corrompus, des assassins et des minables. L’action se déroule exclusivement dans une prison.

L’intrigue de La vierge du mal n’est pas localisée précisément. Le lecteur comprend que les faits se déroulent dans un pays sud-américain qui n’est pas spécifié, les événements ne sont pas situés dans la capitale mais dans la région dite des Confins. C’est ici qu’est construite la Casona, une incroyable prison qui ressemble à une épatante cour des miracles. L’architecture des bâtiments reste floue mais tout est articulé autour de cinq cours successives dont la dernière est secrète puisque peu de personnes en connaissent l’existence. Le Panopticon décrit notamment par Michel Foucault pourrait constituer une représentation des lieux. Ici vivent des prisonniers, des trafiquants, des médecins, des militaires, des prostituées. Le paradoxe princeps est le mélange incroyable : à la Casona il n’y a pas que des individus privés de liberté mais également leur famille, d’anciens incarcérés qui redoutent le monde libre, des démunis qui trouvent un abri sécurisant. C’est un monde à part entière avec ses rites et ses coutumes. Les plus forts et les dominants règnent et imposent leur loi. A l’intérieur de la Casona adultes et enfants se croisent avec une kyrielle de personnages dingues. C’est un théâtre à ciel ouvert où la misère, la malhonnêteté, la souffrance et le stupre sont imbriqués. A la tête de l’institution le Gouverneur s’impose avec sa clique d’affidés. Il existe une hiérarchie parmi les détenus dont certains, de mèche avec les matons, mènent une vie supportable voire luxueuse. Le quotidien de la Casona est incroyable, c’est une véritable ville parallèle qui se déploie avec ses histoires et ses règlements de compte. La religion tient une place particulière, notamment à travers le culte rendu à l’Innommable. Les fidèles sont dévoués à Ma Estrella et suivent la doctrine malgré les règles prescrites et les interdictions. Un trafic de crânes récupérés sur des dépouilles humaines victimes d’assassinat est lucratif et alimente le profit de certains à la Casona. Cette mécanique huilée où drogue avec la consommation effrénée de tonchi, sexe, trafic, racket et corruption font bon ménage va dérailler. En effet, l’irruption inattendue d’un virus va tout bouleverser. Il est très contagieux et mortel, les malades sont isolés placés en quarantaine mais les symptômes se développent et de plus en plus de personnes sont atteintes et se répandent victime du mal létal. Les cadavres jonchent le sol, l’infirmerie est débordée, les médecins impuissants. Le silence autour de la pandémie est imposé au risque de faciliter la propagation. Le roman a été écrit avant l’épidémie de Covid-19 mais la résonnance entre la fiction brutale et la réalité est certaine, comme si l’écrivain avait eu une prescience des faits actuellement en cours.

La vierge du mal est un roman choral hallucinant et halluciné. La galerie de portraits des personnages, prisonniers, gardiens, médecins et autres pauvres hères est formidable. L’écriture est baroque et le foisonnement de personnages évoque l’exubérance romanesque latino-américaine.

Voilà, je vous ai donc parlé de La vierge du mal d’Edmundo Paz Soldàn paru aux éditions Gallimard.

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