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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Nos mères

Un très joli essai sur l'histoire de deux femmes des années 1960

Un très joli essai sur l'histoire de deux femmes des années 1960

Aujourd’hui je vais évoquer Nos mères récit à deux voix de Christine Détrez et Karine Bastide. Le sous-titre est Huguette, Christiane et tant d’autres, une histoire de l’émancipation féminine. Ce bouquin est passionnant et émouvant ; ce récit personnel se révèle d’une portée universelle à la lisière de l’histoire et de la sociologie.

En introduction les auteures précisent : « ce livre est l’histoire de deux sorcières, comme les chantait Anne Sylvestre au milieu des années 1970. (…). Notre ambition est de retracer les trajectoires de ces deux femmes nées dans les années 1940, qui, chacune à leur manière, ont tenté de se libérer des carcans traditionnels. » Christine Détrez et Karine Bastide ne se connaissaient pas, c’est lors d’une rencontre dans une librairie que nait le projet de ce bouquin délicieux et original. Les protagonistes sont deux femmes institutrices, les mères des autrices. Leurs destins sont différents, leurs filles n’ont pas le même niveau de connaissance de la vie de ces mères. En effet : « Huguette meurt en 1971 dans un accident de voiture à vingt-six ans à Sfax. (…). Christiane meurt en 1998 d’un cancer. » Elles ne sont pas du même milieu social, leurs histoires de vie sont différentes. Il faut noter que : « les deux fillettes naissent à la même époque, dans les années 1940, mais dès la naissance, les capitaux socioculturels diffèrent : instituteurs, greffier de justice de paix et commerçante, ingénieur et employée chez Huguette, cantinière, maçon, ouvrière et livreur de charbon, agent de police et femme de ménage pour Christiane. » Et pourtant, l’une et l’autre incarnent des femmes qui refusent le diktat du patriarcat et participent à l’émancipation et à la libération des femmes. Sur Christiane peu de choses sont dites dans la famille suite à l’accident ayant provoqué sa mort ; elle a été effacée de la mémoire collective et de celle de sa fille. La démarche historique avec la consultation des archives et la recherche des témoins de l’époque va permettre de reconstituer son parcours. Les deux jeunes filles fréquentent l’école normale d’institutrice, une véritable institution qui les prépare à leur futur métier. Cependant, force est de considérer qu’: « institutrice pour l’une c’est une promotion sociale, pour l’autre, un déclassement, qu’elle essaie de compenser par la lecture, par l’écriture, par la correspondance avec une écrivaine illustre, et par l’engagement féministe. » Il s’agit de la longue correspondance épistolaire entretenue par Huguette avec Simone de Beauvoir, parangon du combat féministe. L’intellectuelle féministe incite la jeune femme à écrire, elle l’aidera à publier un ouvrage de témoignage sur la vie d’une institutrice en milieu rural et l’état de délabrement des écoles dans les campagnes françaises. Une petite notoriété atteint la jeune femme dont la démarche et la collaboration à la revue des Temps Modernes est suspecte aux yeux de certains hommes. Comme il est écrit dans l’essai : « lire permet la construction de soi, mais également la résistance à l’adversité. » En conclusion de cette enquête les auteures précisent : « il s’agissait, au début, d’aller retrouver les traces d’une femme disparue, d’une femme effacée, Christiane. Éclairer les trous de cette histoire par celle d’une autre, Huguette. Mais, d’emblée, la mise en parallèle s’est transformée en comparaison : les deux trajectoires avaient effectivement des points communs – dus au fait d’être toutes deux des femmes nées à la même période – mais également des différences tout aussi significatives, en raison des décalages de situations sociales et de capitaux. » A travers ces parcours individuels il est possible de dresser un tableau de la situation des femmes à cette période et de mesurer comment en une génération les choses ont positivement évolué même si le chemin reste encore incomplet. Elles précisent : « archives, entretiens, notre méthode a donc bien été celle des sciences sociales. Notre projet, d’emblée, était d’approcher, par deux trajectoires singulières, une époque bien particulière : celle des femmes des années 1960, nées dans les années 1940. »

Nos mères est un essai facile à lire et émouvant. Cette démarche de recherche permet à l’une des auteures de reconstituer le passé de sa mère et d’apprendre qui elle était. L’imbrication des deux histoires est passionnante, ces deux femmes nées après la guerre sont attachantes.

Voilà, je vous ai donc parlé de Nos mères de Christine Détrez et Karine Bastide paru aux éditions La découverte.  

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