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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Le jour baisse

Le nouveau tome du journal de Charles Juliet

Le nouveau tome du journal de Charles Juliet

Aujourd’hui je vais évoquer Le jour baisse le dixième tome du journal de Charles Juliet. Cet opus couvre la période 2009-2012. Il est l’auteur notamment de L’année de l’éveil, de Lambeaux et de ce journal tenu depuis des décennies dont le précédent tome s’intitulait Gratitude.

Charles Juliet est un homme discret et profondément humain. A l’instar de sa voix douce, son écriture est simple et profonde. Une fois encore son journal témoigne de son ouverture aux autres et de sa propension à écouter et à noter. Sur l’exercice de diariste il dit : « tenir un journal, c’est devoir être totalement sincère. C’est parler du plus vrai de ce qu’on porte en soi. C’est en extirper l’intime. Sans chercher à plaire, à séduire ou apitoyer. » Il ajoute : « souvent, je suis agacé par cette manie que j’ai de tout observer. Je voudrais y mettre fin mais je n’y parviens pas. Je n’ai pas le pouvoir de rendre mon regard moins avide. » Durant ces quatre années, ses thèmes de prédilection demeurent identiques et pourtant la poésie de sa prose ne rend pas cette lecture répétitive. Il précise : « après avoir connu des années d’ennui, de dégoût, d’épuisement, j’ai l’impression que la vie ne m’a pas trop abîmé. Faveur insigne, j’ai pu me régénérer. A nouveau me sont accordées la ferveur, l’avidité de vivre, la capacité d’aimer… Merveilleuse est la vie quand elle ne ménage pas ses dons. » Force est de constater que le ton dominant pendant ces mois est plutôt optimiste. Juliet n’est plus tout jeune, mais il est en forme malgré quelques semaines où il doit renoncer à des déplacements.Il revient toujours dans son journal sur les mêmes éléments fondateurs, en particulier la séparation d’avec sa mère dépressive et sa mort prématurée dans des conditions abominables, abandonnée de tous. L’âge aidant il est moins réticent à parler ouvertement de lui, il confie ainsi : « j’ai l’impression que mon adolescence n’a jamais pris fin. Au long des années, elle s’est enrichie d’un accord avec ce que je suis, d’une force calme, d’une vision sereine de la vie. Et la faim est toujours là. Insatiable. » Il a souvent évoqué son enfance pauvre dans une famille d’accueil bienveillante, sa période d’enfant de troupe, ses études de médecine, sa mélancolie et son entrée en littérature.  Il précise dans une lumineuse synthèse : « au cours des deux mois qui ont suivi l’internement de ma mère j’ai été accueilli par une famille du village de mon père. Un mois plus tard, Mme Ruffieux de Jujurieux, a proposé de me prendre le temps que mon père trouve une nourrice acceptable (celle qu’il avait contactée était une pocharde). Elle s’est attachée à ce bébé et a voulu le garder. Il a grandi et elle l’a élevé. Pour son plus grand bonheur, il est resté dans cette famille et ne l’a plus quittée. Puis j’ai été enfant de troupe pendant huit ans à l’École militaire d’Aix-en-Provence. » Il a eu de la chance, sa reconnaissance est infinie pour les Ruffieux. Son expérience et son écoute des autres l’amènent à penser que : « quand ils sont frappés par une dure épreuve, certains êtres sont à jamais brisés. D’autres, subissant la même épreuve, en sortent enrichis, plus conscients d’eux-mêmes, résolus à vivre pleinement, à mieux savourer la vie. (…). J’ai appris que lorsqu’on porte atteinte à la dignité de quelqu’un on lui inflige une blessure qui ne guérit pas. C’est son être le plus intime qui a été rabaissé, bafoué, nié. C’est ce que j’ai éprouvé. J’ai été nié. » Le jour baisse est composé de fragments, de notes sur des rencontres, des hommages à des amis ou des inconnus. De nombreuses femmes et quelques hommes sont convoqués dans ces pages. En quelques mots, l’auteur dresse un portrait, ressent les failles et les blessures psychiques les plus intimes et profondes, avec pudeur il rend compte de ces moments. Ainsi il écrit : « ce que vous m’avez confié (votre famille, votre divorce) m’avait profondément remué. J’avais découvert que vous étiez une femme meurtrie, et sans en avoir conscience je me suis attaché à vous. Mais nos deux villes sont distantes l’une de l’autre, et vous étiez absorbée par ce que vous veniez d’entreprendre. » Il est très discret sur ses relations intimes, il évoque ses amis, ses voyages mais la femme de sa vie est uniquement désignée par ses initiales, ML. Au cours de la période Charles Juliet voyage en Nouvelle-Zélande, en Corée du Sud et en Nouvelle Calédonie. Chaque séjour est l’occasion de s’ouvrir aux autres d’aller à la rencontre des cultures. Il est attaché à la peinture, plusieurs peintres sont ses amis.

Le jour baisse s’inscrit dans la continuité de l’œuvre de Charles Juliet, attaché aux vies minuscules, il est le réceptacle des âmes et des souffrances psychiques qui résonnent avec sa propre histoire. Nul doute que l’écrivain est un baume pour ses lecteurs abîmés.

Voilà, je vous ai donc parlé du Jour baisse de Charles Juliet paru aux éditions POL.

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