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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Un hiver à Wuhan

Un récit sur la Chine d'aujourd'hui

Un récit sur la Chine d'aujourd'hui

Aujourd’hui je vais évoquer Un hiver à Wuhan récit d’Alexandre Labruffe. Ce texte halluciné est de circonstance, l’auteur a profité de sa connaissance de la Chine et de sa présence sur place pendant l’émergence de la pandémie de Covid-19 pour raconter sa vision de ce pays incroyable.

A la fin de l’année 2019, il est recruté comme attaché culturel à Wuhan. Il n’y reste que quelques semaines avant de rejoindre la France pour participer à un festival littéraire puis se confiner à Paris. Son lien avec la Chine est ancien, il a appris la langue pendant sa scolarité et à l’incitation d’un professeur il a réalisé un premier séjour sur place lors d’un stage. Il précise : « un stage de contrôle qualité de huit mois qui va me marquer au fer rouge et me vacciner contre la qualité, anthropophage, la fin du monde, peut-être, mais avant tout, les coton-tiges. » Il est alors au contact d’entreprises chinoises qui produisent pour l’export. Il est aux premières loges de la mondialisation émergente. Ce séjour princeps est suivi de voyages réguliers en Chine pendant deux décennies. Il se souvient qu’: « à Shanghai, en fumant, je danse dans une église reconvertie en boite de nuit. Les serveuses sont habillées en nonnes. Leurs soutanes échancrées dévoilent leurs seins, entre lesquels une croix fluorescente clignote, mon passé dérive… » Voilà une image surréaliste de cette cité gigantesque. Un hiver à Wuhan est un récit fragmentaire, chaotique à l’instar de l’expérience narrée, déconstruit et déstructuré. En quelques notes Labruffe signe un croquis précis de la Chine contemporaine ; le pays se transforme extrêmement vite, la dématérialisation de l’argent est déjà une réalité, la technologie envahit l’espace public. Il précise que : « la Chine a construit une Grande Muraille numérique. Pour soustraire sa population au monde. Me couper du mien. » C’est une société de la surveillance, d’ailleurs l’auteur suspecte qu’il est lui-même espionné, son portable chauffe dangereusement. La paranoïa et l’inquiétude le menacent. Sur la ville où il est envoyé il écrit : « cela fait dix jours que je suis arrivé à Wuhan et je me rends compte que je n’ai pas encore vu le ciel, que c’est la première fois que je l’aperçois. Il n’y avait jusque-là que ce nuage de pollution constamment posé sur la mégalopole, comme une écharpe, sur ses buildings post-futuristes, ses vieilles bâtisses, 300 jours sur 365. » Il ajoute : « Wuhan : méga-cité au milieu de nulle part, au centre de la Chine, réputée pour être l’une des plus polluées du pays, un bassin industriel, nœud de transports maritimes et ferroviaires, au bord du fleuve bleu, le Yang-Tsé. (Souvenir d’une ville poussiéreuse. C’est un flash-back. J’y suis allé il y a dix ans). » Ce climat apocalyptique est inquiétant, c’est le futur de l’humanité déjà incarné. L’écrivain envisageait d’écrire une dystopie post-punk, il livre quelques extraits de ce roman virtuel au milieu de son récit clinique. Ce témoignage sur la situation au moment de la révélation du l’épidémie est passionnant. Ainsi il affirme : « on est le 6 janvier, les autorités admettent officiellement dans les médias chinois l’existence d’un virus étrange à Wuhan. Son génome est séquencé. Quarante et une personnes sont contaminées. « Tout est sous contrôle », dit le gouvernement. » Bien entendu la confiance dans les autorités n’est qu’une façade, en effet : « à Wuhan, on parle, en off, de cas remontant à novembre, de plus d’un million de personnes contaminées, d’au moins cent mille morts. Officiellement, la Chine en annonce trois mille. Un sarcophage est posé sur les chiffres. »

Un hiver à Wuhan est un objet littéraire indéfini, une compilation de fragments, de morceaux romanesques et de journal de bord. C’est un portrait de la Chine et de ses inquiétantes mutations. Selon Labruffe : « le monde d’après, c’est un monde désinfecté, mais pollué, c’est le monde d’avant, mais en pire. En plus hygiénique. En plus eugénique. Exsangue. Un monde sans défaut (mental, physique, idéologique) géré par un algorithme psychotique qui rêve d’une humanité productive et épouvantée. »

Voilà, je vous ai donc parlé d’Un hiver à Wuhan d’Alexandre Labruffe paru aux éditions Verticales.

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