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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

La cité perdue du dieu singe

Un récit épique dans la jungle du Honduras

Un récit épique dans la jungle du Honduras

Aujourd’hui je vais évoquer La cité perdue du dieu singe. Ce document est sous-titré La plus importante découverte archéologique du XXIe siècle. Certes la formule est probablement emphatique mais la réalité est assez incroyable. Tout se passe au Honduras dans la région de Mosquitia au nord-est du pays. Ce récit palpitant se dévore comme un excellent polar.

Douglas Preston est écrivain et journaliste, les circonstances le conduisent à participer à deux expéditions extraordinaires au cœur de la jungle hondurienne reculée à la recherche des vestiges d’une cité mythique. Les faits rapportés dans La cité perdue du dieu singe sont récents, ils se déroulent en deux étapes en 2012 puis 2015. Tout part d’une légende locale autour d’une cité blanche qui serait perdue dans la selve impénétrable et inconnue. Il en est question depuis l’époque d’Hernan Cortès. Des archéologues sont persuadés que les légendes sont étayées sur des réalités passées dont les hommes ont perdu les traces précises. La technologie la plus moderne est mise au service de la recherche archéologique pour localiser les emplacements potentiels de cette cité pré colombienne. Les lidars performants embarqués dans des avions spécialement affrétés des Etats-Unis doivent permettre de cartographier la zone et de « voir » sous la dense canopée. Les plus orthodoxes des archéologues sont assez hostiles à cette technique éloignée des méthodes habituelles de terrain. Pourtant les lieux T1, T2 et T3 sont identifiés après analyse des données fournies par les puissants radars. Cette première étape ne constitue que les prémisses de l’exploration sur le terrain. Ces vallées boisées vierges d’humains, les cibles à arpenter pour découvrir les ruines, sont loin de tout, accessibles par les airs puis à pied au milieu de la végétation et de la faune hostiles. L’encadrement de l’expédition est assuré par d’anciens militaires aguerris à ces milieux inhospitaliers. Les séances préparatoires sont dantesques, la liste des risques est effrayante. Parmi les dangers majeurs figure le fer de lance, un serpent camouflé qui peut provoquer d’une simple piqûre la mort instantanée. En compagnie de Douglas Preston le lecteur a la sensation de faire partie de ces expéditions, d’explorer avec les chercheurs, d’être menacé par les bruits de la jungle. Malgré tous les aléas ils mettent à jour et dégagent des vestiges fabuleux. Il faut bien imaginer que les professionnels reconnaissent au milieu de la végétation des traces illisibles pour le commun des mortels. Le secret entoure la première expédition, les risques de pillage malgré l’inaccessibilité sont réels, des poteries et d’autres trésors ont été inventés. C’est sans conteste une découverte archéologique majeure, d’autant plus rare que ce genre de site recouvert par une gangue de végétation quasi impénétrable est exceptionnel de nos jours. En lisant ce récit trépidant, le lecteur a des images de Tikal, de Palenque et d’autres sites mayas ou aztèques par exemple. Lors de la seconde expédition à T1 l’auteur confie : « à l’orée de la clairière, j’étais heureux de voir le mur de jungle immaculée qui s’élevait encore de toutes parts, sombre, insondable, bruissant de sons d’animaux. » Sa crainte paradoxale est que la découverte dénature le site et l’expose à la disparition définitive alors que des siècles d’abandon ont contribué à le conserver. La fréquentation de cette zone n’est pas sans conséquences pour les participants. Plusieurs d’entre eux contractent une maladie persistante dont les médecins, y compris les sommités américaines spécialistes des pandémies tropicales, ont bien du mal à juguler les effets. La narration de ces atteintes physiques et des souffrances est très documentée et réaliste. Ce récit archéologique est formidable ; il propose conjointement une approche anthropologique et une réflexion épidémiologique. Cette découverte, la volonté, y compris du président hondurien, de faire de la publicité à l’événement et de médiatiser ce site n’est pas sans danger, tant d’un point de vue épidémiologique que culturel. Au-delà de l’enthousiasme des archéologues face à leur mise à jour, ce sont des questions morales qui sont posées. Ainsi, force est d’admettre que : « l’archéologie regorge de récits édifiants qui nous invitent à réfléchir, nous qui vivons au XXIe siècle, non seulement à la maladie, mais aux réussites et aux échecs des hommes. Elle nous met en garde contre la dégradation de l’environnement, les inégalités de revenus, la guerre, la violence, le clivage des classes, l’exploitation, les bouleversements sociaux et le fanatisme religieux. Mais l’archéologie nous apprend aussi comment les cultures ont prospéré et subsisté, en surmontant les difficultés liées à l’environnement et le côté obscur de la nature humaine. » Plusieurs fois, les passionnants travaux de Jared Diamond, l’auteur entre autres du formidable essai Effondrement, sont cités et discutés. Ainsi Preston affirme que : « lorsqu’une civilisation se disloque, c’est le plus souvent à cause d’une grossière erreur de la part de l’élite dirigeante. (…). Les archéologues ont identifié un deuxième facteur commun à un grand nombre d’effondrements sociétaux : la dégradation de l’environnement. » Le message écologique et humaniste est explicite et complète l’exposition exaltée de ces semaines difficiles et enthousiasmantes passées dans la jungle à la recherche des pierres témoins des constructions passées englouties sous des hectares de végétation impénétrable.

La cité perdue du dieu singe est un récit dynamique, un compte-rendu d’une recherche exceptionnelle qui débouche sur une véritable découverte surprenante. Les mises à jour similaires sont très rares et par conséquent ce voyage au Honduras est précieux. L’alliance du monde sauvage et de l’évocation d’une civilisation disparue permet de questionner notre propre rapport à la nature.

Voilà, je vous ai donc parlé de La cité perdue du dieu singe de Douglas Preston paru aux éditions J’ai lu.

Un fer de lance enroulé sur lui-même

Un fer de lance enroulé sur lui-même

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