Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

209 Rue Saint-Maur Paris Xe

Un récit historique bouleversant sur l'histoire d'un immeuble parisien

Un récit historique bouleversant sur l'histoire d'un immeuble parisien

Aujourd’hui je vais évoquer 209 rue Saint-Maur Paris Xe. Ce récit enquête est sous-titré Autobiographie d’un immeuble. Le livre de Ruth Zylberman fait suite à son documentaire Les enfants du 209 rue Saint-Maur. Les deux opus se complètent parfaitement et forment un ensemble passionnant, un acte mémoriel d’une grande dignité.

209 rue Saint-Maur Paris Xe est une véritable enquête quasi policière sur la vie d’un immeuble parisien de 1850 à aujourd’hui. L’auteur explique dans le premier chapitre sa démarche et son choix pour cette adresse. Elle écrit : « les immeubles de Paris sont un peuple vivant. Ils grouillent, ils foisonnent et depuis le temps que je marche à leur pied, toujours tête levée, j’ai appris à lire, comme on décrypte une langue, les signes qui distinguent chaque façade d’une autre, comme un visage se distingue d’un autre visage. » Son intention est de scruter à partir des archives, dont les données des recensements de populations disponibles, un immeuble parisien sis dans un quartier populaire. Au début de son enquête elle ne sait pas ce qu’elle va trouver et n’est pas certaine de l’intérêt des futures découvertes. Son choix s’arrête sur la rue Saint-Maur qui est : « une rue longue et étroite qui prend sa source vers la rue de la Roquette dans le XIe arrondissement avant de terminer sa course à deux pas de l’hôpital Saint-Louis, dans le Xe. Une rue de transition entre le bas Belleville et le haut du canal Saint-Martin… tout ce qu’il y a de plus banal, ni vraiment belle ni vraiment laide. » C’est plus précisément au 209 qu’elle s’intéresse. L’immeuble, édifié dans les années 1850, est construit autour d’une cour et composé de quatre bâtiments (A à D) de six étages. Les lieux ont été réhabilités dans les années 2000 avec la mise en commun de nombreux lots pour proposer de plus grands appartements. L’immeuble du quartier populaire est typiquement parisien avec son gardien et sa loge, ses anciens ateliers et boutiques. Pendant longtemps les toilettes étaient sur le palier et il n’y avait pas l’eau courante dans tous les logements. La construction du récit suit la chronologie des recherches. L’auteur part des noms et des identités des habitants connus pour raconter l’histoire du lieu. Au début du XXe siècle de nombreux migrants occupent l’endroit dans des conditions de confort et d’hygiène très relatives. Cette enquête est également étayée sur de nombreux témoignages. Certains points relèvent d’hypothèses et ne sont pas formellement vérifiés. Le cœur du récit se situe pendant la seconde guerre mondiale. Toutes les époques sont riches d’anecdotes mais l’Occupation est incontestablement l’acmé de l’émotion. En effet, le 209 héberge une vaste population juive. L’auteur, elle-même juive, est influencée par son histoire personnelle et les exactions subies par sa famille ; son empathie est immense, son écoute des récits est bienveillante. Elle veut comprendre, reconstituer, retrouver les protagonistes. Son récit se focalise sur le 16 juillet 1942, le jour de la rafle du Vel d’Hiv. A partir des différentes données disponibles elle déduit qui vit où dans les différents halls. Ce jour-là plus de la moitié des juifs de l’immeuble sont raflés, parmi eux 9 enfants seront déportés. Les noms des habitants sont disposés sur un plan afin de conjecturer les relations existantes. Les questions sont nombreuses : qui a dénoncé, qui a aidé, qui a caché, qui était collaborationniste, qui résistait à l’envahisseur, quel était le rôle du policier vivant dans l’immeuble ? Ce que raconte 209 rue Saint-Maur Paris Xe est alors bouleversant. Ruth Zylberman s’obstine pour retrouver des survivants ou leurs descendants. A Paris, en France, à Tel Aviv, à New-York, en Australie elle contacte ceux qui ont vécu au 209. Elle organise des retours sur les lieux. Tous les témoignages des survivants juifs, près de soixante-dix ans après les faits sont émouvants. La sensation dominante est celle d’un impossible oubli, de l’omniprésence de l’horreur, même pour ceux qui ont occulté et qui se souviennent pour la première fois face aux documents historiques rassemblés. Les noms deviennent familiers pour le lecteur, il s’attache aux personnages adultes comme enfants.

209 rue Saint-Maur Paris Xe est un formidable récit. Le lecteur est immergé dans l’histoire de ce bâtiment avec ses drames et ses joies. Sur plus d’un siècle et demi cet immeuble est au cœur du récit ; les événements liés à la déportation des familles juives sont insoutenables. Le travail sur les archives et les témoignages des survivants et des rescapés est bouleversant. Avec cet ouvrage l’auteur apporte sa modeste pierre à la mémoire et à la constitution historique des faits.

Voilà, je vous ai donc parlé de 209 rue Saint-Maur Paris Xe de Ruth Zylberman paru aux éditions du Seuil.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article