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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Alpinistes de Staline

Un récit fascinant sur deux alpinistes russes hors pair

Un récit fascinant sur deux alpinistes russes hors pair

Aujourd’hui je vais évoquer Alpinistes de Staline récit surprenant et formidable de Cédric Gras. Cet amoureux de la Russie et de ses espaces démesurés est un russophone averti. Il a déjà publié de nombreux récits de voyage et un roman. Avec ce nouvel opus il enquête sur deux frères au destin exceptionnel nés dans les premières années du XXe siècle. Afin de mener à bien son projet il investigue dans les archives soviétiques et exhume des documents demeurés inconnus.

Les protagonistes d’Alpinistes de Staline s’appellent Virili et Evgueni Abalakov. Ils sont frères, nés en Sibérie où ils grandissent dans ces rudes contrées. Ils ont un an d’écart et s’adonnent à la découverte des sommets environnants. Vers 1930 ils quittent leur région d’origine, ils ont une vingtaine d’années et la vie devant eux. Evgueni sera artiste tandis que Virili a un profil d’ingénieur. Mais les deux frères demeurent très liés et grimpent ensemble. Ils gravissent au nom de leur patrie les plus hauts sommets jusque là indomptés. Cédric Gras décrit les ascensions du Caucase, d’Asie centrale et de l’Oural. Ces montagnes sont moins connues que l’Himalaya mais les sommets élancés et difficiles sont le terrain de jeu des Abalakov, avec de magnifiques paysages. Sur les cimes enneigées ils plantent le drapeau de la nation et des statues de Staline portées à dos d’homme. Le matériel est rudimentaire, certaines expéditions se soldent par des engelures et des amputations. La passion de la montagne est ancrée en eux, ils inscrivent leurs noms parmi les ouvreurs de voies légendaires. Les frères sont célèbres, leurs exploits contribuent à la gloire du régime communiste : « Abalakov est un nom à deux visages, un patronyme pour deux héros, pour deux prénoms. Vitali et Evgueni, deux gamins que l’URSS tout entière connaîtra plus tard comme les « frères Abalakov » et qui écumèrent les mers de nuages. Viendra un jour où l’un s’apprêtera pour l’ascension de l’Everest quand la veuve de l’autre pleurera son conquérant de la substratosphère ». Force est de constater que : « les quarante premières années de leurs vies, Evgueni a éclipsé Vitali. Elles ont tout offert au premier et infligé épreuves sur supplices au second. Le petit frère était adulé des foules, le grand reste méconnu. Evgueni était plus talentueux, plus vigoureux, plus charismatique. Et lorsqu’il revenait à Moscou, c’était pour endosser son costume d’artiste et briller d’une autre facette. » Plus tard, malgré lui, Vitali prend sa revanche ; après la mort d’Evgueni et en dépit de son handicap il repart en expédition à la conquête des hautes altitudes glacées. Pendant des années il participe et soutient des cordées soviétiques. L’auteur explique son attachement à sa recherche et son obstination à raconter la vérité : « si je succombe aujourd’hui à la tentation des clichés en noir et blanc, ce n’est pas pour la première anecdote venue. Cette affaire m’est devenue une obsession parce qu’elle fait appel à chacune de mes passions. (…). J’ai pris conscience que, si ce n’était pas moi, personne ne s’attellerait à cette ahurissante histoire. » Il veut accomplir la mission qu’il s’est donnée. Élaborer une biographie parcellaire de ces alpinistes, montrer en quoi ils font à la fois partie de la légende de l’URSS et ont été victimes du système politique en place. Au fur et à mesure de ses lectures Cédric Gras est troublé. Il précise : « se plonger dans les archives de la Terreur, c’est ne pas en croire ses yeux jusqu’à douter de la maîtrise qu’on a d’une langue. On a souvent l’impression que la traduction que l’on fait est si absurde que l’on a logiquement commis une erreur d’interprétation. Mais non. » Il compile les informations et les restitue dans son récit vivant et empathique. Il justifie sa démarche littéraire : « j’ai eu envie que l’existence (de Vitali) et celle de son frère dépassent les frontières d’un pays qui lui-même les oublie. Les sortir de la poussière. Les Abalakov sont des héros positifs comme l’Union soviétique en eut trop peu. A eux deux, ils furent de presque tous les coups, de toutes les premières. Ils racontent l’URSS par le prisme des neiges. »

Alpinistes de Staline est un récit passionnant, une réhabilitation de deux alpinistes et grimpeurs exceptionnels précurseurs dans leur domaine. Ces deux frères sont des héros discrets, ils sont inconnus en Occident mais grâce à Cédric Gras leurs exploits et leurs douleurs sont mis en lumière grâce au talent du conteur. Ce récit est également un portrait sans concession d’un régime autoritaire et de son absurdité démoniaque.

Voilà, je vous ai donc parlé d’Alpinistes de Staline de Cédric Gras paru aux éditions Stock.

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