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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

L'audacieux Monsieur Swift

Un formidable roman autour de la méchanceté et du plagiat

Un formidable roman autour de la méchanceté et du plagiat

Aujourd’hui je vais évoquer L'audacieux Monsieur Swift, désopilant roman de John Boyne. C’est un récit gigogne sur plusieurs années centré sur le protagoniste éponyme qui est écrivain en mal d’inspiration. Pour assouvir son désir de reconnaissance il est prêt à tout, surtout au pire.

Maurice Swift avoue sans filtre : « j’ai seulement besoin d’être un écrivain. C’est tout ce dont j’ai besoin. Ça, et être père.» Au début du roman en 1989 il a vingt-deux ans, il est en Allemagne et travaille comme serveur dans un bar chic. Il rencontre un vieil homme, professeur d’université et romancier, Erich Ackermann. Maurice est charmant et très beau, c’est un séducteur disposé à payer de sa personne pour exaucer son rêve d’écriture. Il est empreint d’une certaine ambiguïté sexuelle. Sans être ouvertement homosexuel il ne rejette pas les avances qui lui sont faites par les hommes. Pour sa part, Ackermann est attiré par le jeune homme et décide de l’engager. Il lui propose d’être son assistant ; les deux hommes nouent alors une relation privilégiée, en toute confiance. Maurice fait parler le professeur sur son histoire personnelle et note compulsivement les faits de sa vie. Ensemble, ils voyagent en Europe, participent à des conférences, boivent des verres. Erich sait que sa situation est délicate ; il confie : « j’avais caché ces secrets au plus profond de moi pendant un demi-siècle et le fait de les révéler à quelqu’un, en plus à quelqu’un qui avait réveillé en moi un désir qui ne s’était pas manifesté depuis des décennies, était un événement si important que je savais que je ne pourrais pas dormir. » A partir de leurs conversations Swift écrit un roman qui décrit la passion d’Erich pour Oskar au temps du nazisme. Mais Oskar est épris d’Alysse et décide de fuir l’Allemagne hitlérienne avec les parents juifs de son amie. Erich ne le supporte pas et croyant en l’amour d’Oskar il dénonce les fuyards et devient ainsi responsable de leur mort. Son chagrin est incommensurable, il est inconsolable, la perte de l’amour de sa vie est immense. Sa confession à Maurice, jeune homme en mal d’imagination, provoque sa chute puisque l’écrivain novice raconte tout dans Deux allemands un roman à succès. Confronté à la presse le coupable doit répondre à l’injonction suivante : « professeur Ackermann, quelle est votre réaction face aux affirmations du romancier Maurice Swift selon lesquelles vous auriez volontairement envoyé deux Juifs vers les camps de la mort Nazis en 1939 en les dénonçant aux SS et fourni des informations qui ont conduit au meurtre de deux autres jeunes personnes.» Sa confiance en Swift est à l’origine de la ruine de sa carrière et du retour en boomerang de son sombre passé.

Ainsi s’achève la première partie du roman et le triomphe littéraire de L'audacieux Monsieur Swift. Avant la seconde séquence de spoliation intellectuelle le roman propose un interlude dans lequel apparait Gore (Vidal) dans sa villa de la côte amalfitaine. Cette séquence avec l’auteur d’Un garçon près de la rivière et de Julien qui a dans sa bibliothèque en évidence Maurice de Foster est cocasse. Maurice Swift lui rend visite en compagnie d’un vieil écrivain américain Dash Hardy qui s’est épris de lui et avec lequel il vit à New York. Gore se méfie de celui qu’il devine profiteur et usurpateur et malgré son bouillant désir sexuel à son égard il ne succombe pas. Il lui dit abruptement : « une pute ne vous trompera jamais, elle a trop d’intégrité pour cela. Mais vous, monsieur Swift vous êtes une insulte à la profession.» Maurice est un profiteur, un plagiaire à l’affût d’histoires à écrire lui à qui l’imagination fait si cruellement défaut. Face à une page blanche il est muet, il doit voler des histoires et se les approprier pour construire son œuvre. De retour en Europe il épouse Edith dont il espère qu’elle lui permette d’accéder à la paternité. Ils partent s’installer à Norwich où la jeune femme enseigne dans le département de cours d’écriture. Swift indique : « j’avais depuis longtemps réalisé que j’étais différent des autres hommes, en ce que je n’éprouvais pas de désir particulier pour le corps des autres, et que l’instinct qui attirait les gens vers la chambre à coucher ne m’était pas familier. » Bien qu’il ait précédemment usé de ses charmes et accepté des relations charnelles pour réussir, le sexe et les sentiments ne l’intéressent pas. En parallèle de son activité professionnelle Edith écrit. Elle se méfie un peu de son mari et ne lui dit rien de sa création littéraire. Il consulte cependant son ordinateur, la spolie et s’approprie son texte. Elle est victime d’une chute et plongée dans le coma elle ne peut se défendre contre la publication du roman sous l’identité de Maurice. Quelques années passent, l’écrivain en mal d’inspiration ne fait plus partie du cercle littéraire influent. Il espère utiliser les relations de Theo Field, un jeune homme qui lui rappelle son fils Daniel, pour publier à nouveau. Daniel, mort prématurément, a été conçu avec une mère porteuse que son père a sollicitée. Maurice est toujours victime du même manque d’imagination, il va voler l’histoire de Theo. A partir de là l’emprunt non autorisé est mis en abîme. Les discussions entre eux sont tendues. Parmi les paroles échangées en voilà quelques unes : « la vérité, c’est que tu n’es pas du tout un écrivain, Maurice. Tu le désires ardemment, mais tu n’as pas le talent nécessaire. Tu ne l’as jamais eu. C’est pour ça que tu t’es toujours acoquiné à des gens qui avaient plus de succès que toi, fait semblant d’être leur ami avant de les laisser tomber dès qu’ils ne t’étaient plus utiles. » Plus loin : « tu n’as jamais écrit aucun de tes livres. Tu les as tous volés ! » Le roman au-delà de l’intrigue est une véritable réflexion sur la création avec cette interrogation : « que faire lorsque l’un des écrivains les plus connus du monde – si ce n’est le plus connu – est en pleine disgrâce, mais que tout le monde, attiré par une fascination macabre, meurt d’envie de lire les livres incriminés. »

L'audacieux Monsieur Swift est un roman addictif autour de la création littéraire et du plagiat. L’intrigue est digne d’un thriller. Maurice est personnage de fiction troublant, son comportement est pathologique, il est vil et odieux ; la spirale du mensonge dans laquelle il s’est lancé très jeune est destinée à lui être fatale. Sa méchanceté incroyable, son immoralisme dérangeant en font un héros marginal mais séduisant avec son côté sombre.

Voilà, je vous ai donc parlé de L'audacieux Monsieur Swift de John Boyne paru aux éditions JC Lattès.

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