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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Comment l'école reproduit-elle les inégalités ?

Petit ouvrage de psychologie sociale sur les inégalités scolaires

Petit ouvrage de psychologie sociale sur les inégalités scolaires

Aujourd’hui je vais évoquer Comment l'école reproduit-elle les inégalités ? Le sous-titre de cet ouvrage de Sébastien Goudeau est Égalités des chances, réussite, psychologie sociale. L’auteur précise que : « l’objectif de ce livre est de présenter des travaux récents en psychologie sociale qui permettent de comprendre la façon dont les inégalités scolaires peuvent se construire au quotidien dans la salle de classe, et ce, malgré l’engagement quotidien des enseignants sur le terrain et le développement depuis plusieurs années de politiques en faveur d’une école inclusive pour tous les élèves.» Cet essai de petit format facile d’accès et agréable à lire remplit parfaitement son ambition.

La sociologie, en particulier les travaux princeps de Pierre Bourdieu, a documenté l’importance du capital culturel dans le phénomène de reproduction sociale. Aujourd’hui encore, l’école française ne parvient pas à gommer les inégalités de classe ; les données quantitatives montrent que les enfants de cadres supérieurs réussissent mieux que ceux d’ouvriers. Ceci est en contradiction avec les missions allouées à l’enseignement : «alors que l’objectif de l’école est d’offrir les mêmes chances à tous les élèves, différentes enquêtes statistiques rappellent régulièrement qu’elle reste fortement marquée par un principe d’inégalité. » Sébastien Goudeau cherche à comprendre par le prisme de la psychologie sociale les raisons de cette situation pérenne. Il rappelle l’approche classique en psychologie qui tend à expliquer les différences de réussite scolaire par des différences d’intelligence. Il s’agit d’une perspective qui met l’accent sur des facteurs dispositionnels, idiosyncrasiques et propres à l’individu ; ceci ne permet pas de réel levier d’action. Le champ de la psychologie sociale, en particulier étayé par des expérimentations où différentes variables sont rigoureusement contrôlées, permet de montrer l’influence du contexte social dans les inégalités scolaires. En effet comme le mentionne l’auteur : « l’originalité de l’approche de la psychologie sociale est de préciser la manière dont fonctionne concrètement la reproduction sociale dans la salle de classe, en documentant de façon précise la manière dont les contextes scolaires influencent l’apprentissage et les performances et in fine peuvent contribuer à reproduire les inégalités. » Les phénomènes classiques de stéréotypes et de comparaison sociale sont convoqués. Ainsi, le chercheur indique que : « les enfants de classe populaire sont souvent perçus comme moins intelligents et moins travailleurs que les enfants de classe favorisée ». Dès lors la menace du stéréotype existe et influence tous les protagonistes, élèves comme professeurs. Les travaux rapportés dans l’ouvrage montrent que les situations d’évaluation constituent une menace forte pour les enfants de classe populaire. Ainsi, il appert que : « l’évaluation chiffrée, lorsqu’elle a pour but de classer ou de sélectionner, produit des effets qui sont particulièrement délétères pour les élèves de classe populaire.» Un autre résultat est relatif au niveau d’indépendance (favorisée dans les milieux favorisés) des apprenants : là encore les enfants de classe populaire s’en sortent moins bien que leurs camarades. Ces différents facteurs interagissent et pondèrent les résultats selon les conditions de l’expérience. Le système de la classe lui-même engendre de la comparaison sociale ; les enfants de classe populaire y sont moins préparés et ont par conséquent des résultats moins élevés que leurs camarades issus des classes dominantes en raison notamment de la fragilité et de l’instabilité de leur image de soi. Ces résultats sont reproduits de la maternelle à l’université. Certes les enfants issus de classe favorisée sont mieux armés pour répondre aux attentes de l’école, cependant il est important de noter que : « la socialisation dans les classes populaires développe également des savoirs et des compétences mais ceux-ci ne sont pas scolairement rentables. » De plus, force est de constater que : « certaines situations scolaires, en apparence neutres, peuvent être menaçantes et défavorables aux élèves de classe populaire.» La performance intellectuelle est sous l’emprise du contexte social de la classe, le biais de favoritisme y demeure au profit des élèves de classe favorisée.

Comment l'école reproduit-elle les inégalités ? met en exergue la réalité desdites inégalités à partir des résultats de recherches expérimentales. L’intérêt de cet essai est d’esquisser des propositions afin de contrer cela et de rendre l’école plus juste. Malgré le constat alarmant Sébastien Goudeau est optimiste et croit en la capacité de l’éducation nationale à prendre en compte les résultats scientifiques afin d’amender certains comportements en vue de rendre l’école de la république plus juste. Il faut souhaiter que cet ouvrage soit diffusé largement et ses conclusions partagées par les différentes parties prenantes du système éducatif.

Voilà, je vous ai donc parlé de Comment l'école reproduit-elle les inégalités ? de Sébastien Goudeau paru aux éditions UGA.

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