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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Ceux qui vont en montagne

Un essai sur alpinisme et psychologie

Un essai sur alpinisme et psychologie

Aujourd’hui je vais évoquer Ceux qui vont en montagne de Bernard Amy. Le sous-titre de cet essai est Psychologie de l’alpiniste et approche du risque. L’alpiniste représente le pratiquant assidu et passionné des activités de montagne (ski, escalade, randonnée, trek). L’auteur est lui-même un adepte de la montagne. Le présupposé de l’ouvrage est l’existence d’une psyché propre à la majorité des alpinistes qu’il s’agit ici de mettre en évidence. Sans conteste, ces activités de plein air sont associées à la recherche de liberté et d’absolu et synonymes de risque et de mise en danger. Le comportement d’exploration de la nature et de soi s’apparente à l’ordalie.

Afin de comprendre les fondements des motivations de Ceux qui vont en montagne l’auteur fait appel à différents champs de la science. Ainsi, il convoque les neurosciences, la psychologie, la psychanalyse et l’histoire. Des témoignages d’alpinistes chevronnés sont également rassemblés ; ils sont intéressants et permettent de vérifier la pertinence des hypothèses formulées. L’ouvrage propose un panorama assez diversifié des raisons qui poussent à choisir la montagne comme terrain d’expression. Il est possible de mentionner la beauté et le calme du lieu, la liberté des grands espaces, l’ascension vers le haut avec la métaphore de l’élévation et toute la symbolique associée, la solitude des parois inaccessibles et le frôlement de l’infini mystique, la connaissance de soi et de ses limites. La découverte de la montagne est récente ; Alain Corbin l’a bien montré avec Terra Incognita. Longtemps, l’histoire le rappelle, la montagne était difficile d’accès et vectrice de peurs. Depuis un siècle environ la situation a évolué. Les courses en très haute altitude, notamment les ascensions dans l’Himalaya, à l’origine réservées à quelques rares alpinistes se démocratisent. Les voies d’accès doivent être régulées afin d’éviter la surpopulation et les embouteillages qui peuvent provoquer des accidents. Les problématiques induites par cette massification de la présence humaine sur la plupart des sommets sont prégnantes. Bernard Amy s’interroge sur le profil psychologique des alpinistes, il met en exergue certains traits de caractère récurrents. Il constate par exemple que souvent ce sont des personnes solitaires. La surreprésentation masculine pose également question. Il se demande en interrogeant la sexualité de ces sportifs s’il n’y a pas une proportion significative d’homosexuels refoulés. L’hypothèse est juste esquissée et manque d’étayage mais constitue probablement une piste de recherche à explorer. Le lien au père est également sondé ; choisir l’alpinisme, à l’instar d’autres activités à risque, pourrait être une façon de prouver (à soi et à son père) sa valeur, sa capacité à se dépasser et à mener à bien un projet. Passions du risque de David Le Breton vient en appui aux thèses présentées dans l’ouvrage. Il est légitime de s‘intéresser à la conscience de ce risque chez les alpinistes et aux éventuelles mesures prises pour le minimiser. La digression philosophique sur la symbolique de la verticalité, le sens profond de l’ascension de la pente, est très intéressante. La société actuelle est souvent en opposition avec le désir de liberté et la volonté de fuir les règles. La recherche d’un modus vivendi s’impose afin de permettre à l’alpinisme de conserver son particularisme tout en s’intégrant au mieux dans le monde social contemporain avec ses exigences. L’alpinisme incarne un chemin vers la liberté et la solitude ; c’est une forme de réalisation de soi. Malgré le taux de fréquentation de la montagne, il est possible d’y être seul, d’explorer des pentes vertigineuses et désertes ou de grimper des parois isolées à l’écart de la foule. En fonction des lieux, l’équipement nécessaire est minimal et permet l’autonomie de l’alpiniste, ce qui signifie qu’il se donne à lui-même sa propre loi. L’alpinisme tend à ouvrir de nouvelles voies, à pousser toujours davantage les limites, à multiplier les expéditions dans des conditions parfois extrêmes. Bernard Amy s’inquiète de la stigmatisation qui menace sa passion. Sa conclusion est un plaidoyer pro domo pour éviter des restrictions et de trop nombreux contrôles. Il invite les alpinistes à une nécessaire introspection afin de connaitre leur motivation réelle et ne pas aller au-delà du raisonnable, notamment en termes de prise de risque. Si chacun contribue individuellement à cette réflexion nécessaire, alors collectivement cette pratique en expansion en bénéficiera. Il précise lucide : « au bout de ce voyage au pays de l’Alpinisme, force est de constater que quel que soit le point de vue que l’on choisit pour observer les alpinistes – psychologique, neurologique ou historique – on voit qu’ils sont d’abord des êtres humains dont les comportements s’expliquent par des raisons propres aux êtres humains. Certes, en tant que spécialistes d’une technique, comme les marins ils diffèrent de leurs semblables. Mais même au plus lointain des espaces de l’altitude, ils restent des hommes et donc, qu’ils le veuillent ou non, des animaux sociaux.» Au-delà des spécificités et de l’idiosyncrasie, les alpinistes demeurent donc partie prenante du monde social qu’ils habitent. 

Ceux qui vont en montagne propose une synthèse sur la motivation à la base de la pratique des activités de montagne. Cet essai mêlant différentes approches est intéressant et porte un regard original sur un groupe identifié. Les passionnés de montagne comme les amateurs dilettantes trouveront une source de réflexion très stimulante.

Voilà, je vous ai donc parlé de Ceux qui vont en montagne de Bernard Amy paru aux éditions PUG.

L'ouvrage de David Le Breton mentionné

L'ouvrage de David Le Breton mentionné

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