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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Tu seras un homme mon fils

Le nouveau roman de Pierre Assouline sur Rudyard Kipling

Le nouveau roman de Pierre Assouline sur Rudyard Kipling

Aujourd’hui je vais évoquer Tu seras un homme mon fils le dernier roman de Pierre Assouline. Ce titre est le dernier vers du poème If de Rudyard Kipling dont la traduction française est éponyme. Assouline est notamment l’auteur de Lutetia et de Retour à Séfarad. Il est également connu pour ses nombreuses biographies. Avec son nouveau livre il propose un roman biographique autour du personnage de Kipling. 

Le narrateur du roman s’appelle Louis Lambert, il est professeur de Français au lycée Janson de Sailly à Paris. C’est le principal personnage de fiction de ce roman. Pendant la seconde guerre mondiale, en compagnie de son fils combattant des FFL à Londres, il se rend à Westminster Abbey sur la tombe du grand écrivain anglais, poète émérite et auteur colonial du Livre de la jungle. L’une des ambitions de Lambert a consisté à traduire en français If afin de l’étudier avec ses élèves. Il considérait jadis que les versions existantes ne rendaient pas suffisamment hommage à ce poème magnifique. Il a rencontré Kipling, son idole, quelques années auparavant dans le sud de la Franceà Vernet-les-bains où il était en vacances avec sa grand-mère. Il se souvient d’une scène où : « assis en tailleur à leur hauteur, le chapeau rejeté vers l’arrière, Rudyard Kipling, prix Nobel de littérature, plus fantaisiste et fantasque que jamais, se lança alors d’une voix patiente et soigneusement timbrée dans une histoire de son cru, cerné par des visages captivés et ravis.» Devenu professeur de lettres Lambert garde contact avec Kipling et accepte de se rendre chez lui quelques jours pour assurer des tâches de précepteur auprès de son fils John à qui il enseigne les rudiments de français. Il précise que : « parmi mes collègues, chacun connaissait mes deux passions, mes marottes comme ils disaient, mes obsessions, pourquoi pas : Mallarmé et Kipling. » Étudiant, il a eu Stéphane Mallarmé comme professeur d’anglais et son goût pour la littérature de Kipling est permanent. Sa rencontre avec Rudyard est fondatrice pour lui et accompagne son destin. Il se souvient qu’: « en ce mois d’avril 1914, John Kipling avait dix-sept ans. A cet âge, certains s’ébauchent à peine, d’autres se cherchent. J’ignore si tout était joué pour lui depuis longtemps ; mais ce que je sais, c’est que son père avait déjà décidé de la nature de la partie et de son issue à sa place. » Malgré son incapacité physique, sur les injonctions paternelles, l’adolescent s’enrôle dans l’armée britannique. Son père est fier de sa participation au premier conflit mondial. Mais son fils disparait quelques mois après le début des hostilités lors d’un assaut en France. Kipling refuse d’accepter cette mort qui intervient après celle de sa fille quelques années plus tôt. Il se rend sur les champs de bataille, enquête sur la disparition de John, s’accroche au moindre espoir. Mais la réalité est douloureuse : « après l’armistice, des cimetières britanniques s’étendaient à perte de vue sur le sol de France. De tels lieux semblaient préservés à jamais. Le sacré ne risquait pas d’y être contaminé par le factice. » L’homme vieillissant et affaibli doit accepter le deuil et la perte de son fils chéri. De son côté Lambert est persuadé que : « Kipling était de ces rares écrivains que nombre d’entre nous avaient entendus avant de les avoir lus, ce qui s’appelle lus. On nous le lisait quand nous ne savions pas encore lire. Quel statut pour un conteur de hanter l’imaginaire de millions de lecteurs avant même que ceux-ci se soient emparés de son œuvre, qu’ils l’aient tenue entre les mains.» Sa fréquentation de l’écrivain, son projet sans cesse reporté de traduction de If, le comblent et l’angoissent. Un lien ténu et indéfectible, fait de tendresse et d’admiration, explique que pendant plus de vingt ans Lambert suit la trajectoire de Kipling. Lors d’une de lors dernières rencontres il note : « en vieillissant, son allure avait juste gagné en noblesse. Ce jour-là il semblait bien raide, engoncé dans ses habits. » Puis survient sa disparition : « Kipling s’éteignit à minuit passé de dix minutes le 18 janvier 1936, jour de ses quarante-quatre ans de mariage, à l’âge de soixante-dix ans. Rudyard Kipling avait enfin réussi à se faufiler hors de lui-même.» Lambert malgré le récit qu’il propose a respecté sa promesse à Kipling de ne pas écrire sa biographie. Voici d’ailleurs des propos qui lui sont attribués et que Pierre Assouline prend probablement à son compte : « l’art de la biographie, comme ils disent, ce n’est rien d’autre que du cannibalisme supérieur ! Les biographes d’écrivains, tous des ordonnateurs des pompes funèbres ! »

Tu seras un homme mon fils est un roman en forme d’admiration et d’hommage à l’écrivain britannique ; ce n’est pas une hagiographie béate, des critiques mettent en exergue certaines zones d’ombre ou sombres de cet homme de l’époque de l’empire britannique. C’est aussi un formidable éloge de la relation père-fils, une mise en perspective de l’amour filial et de l’inconsolable douleur de la perte d’un enfant.

Voilà, je vous ai donc parlé de Tu seras un homme mon fils de Pierre Assouline paru aux éditions Gallimard.

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