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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Le pendant des Mémoires d’Hadrien et leur entier contraire

La correspondance de Marguerite Yourcenar

La correspondance de Marguerite Yourcenar

Aujourd’hui je vais évoquer Le pendant des Mémoires d’Hadrien et leur entier contraire la correspondance de Marguerite Yourcenar couvrant la période 1964-1967 pendant laquelle elle rédige notamment L’œuvre au noir dont la publication est retardée en raison du conflit l’opposant aux éditions Plon détentrices des droits. D’autres volumes de correspondance ont déjà paru par exemple D’Hadrien à Zénon pour les années 1951-1956. Ce gros volume recense les lettres écrites par Marguerite Yourcenar, elles sont classées par ordre chronologique, certaines déjà parues dans d’autres recueils sont mentionnées sans être citées in extenso. La correspondance en langue anglaise est résumée dans le corps de texte et présentée en intégralité en annexe. Ce sont ainsi des centaines de courriers qui sont rassemblés dans cet épais volume. Malgré l’absence du contre-point constitué par les missives de ses correspondants, ces éléments écrits permettent de pénétrer dans la pensée de l’auteur et de relever ses préoccupations principales.

Ces lettres, soigneusement archivées par Yourcenar et la discrète mais omniprésente Grace Frick, sa compagne, sont un formidable complément à son œuvre littéraire. Le travail de bénédictin réalisé par l’équipe qui a rassemblé et annoté ces pages permet de dresser un portrait de Yourcenar ; ces lettres révèlent sa personnalité, ses intérêts, ses agacements et ses obsessions. Ce n’est pas un matériau littéraire à proprement parler, le style est parfois maladroit, les anglicismes nombreux. Durant la période 1964 à 1967 Marguerite Yourcenar est presque tout le temps chez elle à Mount Deserts dans la maison de Petite Plaisance. La seule exception est le voyage réalisé en Pologne, en Autriche et en Italie en 1964 avec sa compagne Grace Frick. La santé de cette dernière est fragile et l’objet d’inquiétudes récurrentes. Malgré son sédentarisme et son éloignement de Paris et du milieu littéraire germanopratin, celle qui n’est pas encore académicienne française adresse de nombreux courriers en France. Parmi toutes ces lettres, certaines sont personnelles, amicales et intimes, mais la majorité sont plutôt professionnelles, liées aux publications et aux traductions de Yourcenar. Elle apparait comme pointilleuse, tatillonne, procédurière. C’est avec Marc Brossollet, son avocat et conseil, qu’elle a le plus d’échanges. Un litige qui devient un réel conflit l’oppose aux éditions Plon avec lesquelles elle est en contrat. En effet, elle reproche à l’éditeur de ne pas respecter ses obligations et surtout elle refuse, en raison du rapprochement avec les Presses de la Cité, que son futur roman soit publié par Plon. Pendant de longues pages, elle recense les coquilles, négligences, erreurs ayant affecté ses ouvrages. Son exigence extrême, son perfectionnisme maladif la caractérisent. Elle est attachée à publier une œuvre parfaite et ne supporte pas la moindre inexactitude. Ces lettres montrent une femme dure et sans pitié. Cela transparait en particulier dans des lettres à des lecteurs ou des écrivains dont elle peut en quelques mots assassiner le travail. Ainsi en est-il d’un jeune canadien qui tente d’écrire et cherche les conseils et la protection de Yourcenar. Celle-ci dans une seconde missive lui demande de ne plus lui écrire avant deux ans et lui précise qu’il n’a aucun talent. Un tel jugement abrupt est fort violent. Dans l’optique du procès contre Plon elle fourbit ses armes, accumule méticuleusement des dizaines de preuves à l’appui des reproches faits à l’éditeur. Pendant ces quatre ans elle refuse de nombreuses propositions de conférences et de textes ; elle s’attèle à peaufiner L’œuvre au noir sans garantie de faire paraitre un jour ce roman ; elle publie cependant chez Gallimard Fleuve profond, sombre rivière une réflexion sur la situation des noirs en Amérique assortie de la traduction de Negro Spirituals.

La correspondance de Marguerite Yourcenar est très intéressante, même si la publication intégrale implique d’inévitables répétitions. A travers ces lettres, l’écrivain se dévoile, elle n’est pas masquée derrière les vers ou les personnages de fiction de ses romans. Ses colères et ses combats sont francs, elle sait aussi être amicale et généreuse mais toujours très discrète sur sa vie privée.

Voilà, je vous ai donc parlé du Pendant des Mémoires d’Hadrien et leur entier contraire de Marguerite Yourcenar paru aux éditions Gallimard.

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