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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

L'élève Gilles

L'histoire d'un gamin au début du vingtième siècle

L'histoire d'un gamin au début du vingtième siècle

Aujourd’hui je vais évoquer L’élève Gilles bref roman d’André Lafon paru en 1912. C’est un court texte provincial qui raconte quatre saisons de la vie de Jean, jeune adolescent confronté à la mort de son père. Cette année correspond à l’adieu à l’insouciance et à l’enfance.

Le narrateur parle à la première personne. Voici l’incipit du roman : « je m’appelle Jean Gilles. J’entrais dans ma onzième année, lorsqu’un matin d’hiver, ma mère décida de me conduire chez la grand-tante aux soins de qui on me confiait habituellement pour les vacances. J’y devais demeurer quelque temps ; une coqueluche qui s’achevait était le prétexte de ce séjour à l’idée duquel j’aurais éprouvé bien de la joie si je ne sais quoi, dans sa brusque nouvelle, ne m’eût empêché de m’abandonner à ce sentiment. » Le protagoniste ne sait pas ce qui motive cette décision inattendue, mais il ne discute pas et obéit. La grand-tante demeure dans la région de Bordeaux, c’est par bateau que l’on accède au village de V. proche de sa maison qui est tenue par Segonde, bonne omniprésente et attentive. Jean vient de la ville ; en cette froide saison il découvre la végétation endormie, les paysages tranquilles, le calme paisible de la campagne, l’ennui de la solitude hivernale. Cette nature constitue un environnement amical et doux. Cet exil forcé, dont sa mère ne lui dit pas la cause, est censé être bref. Pourtant, contrairement à la promesse qu’elle lui fait par courrier, à Noël, elle ne vient pas le chercher ni le voir. Alors, à la rentrée il est envoyé comme pensionnaire à l’internat du collège de V. C’est pour lui la découverte d’un monde nouveau, Jean ne connait personne dans cette école. Il aspire à se faire des amis mais lier des contacts n’est pas facile pour ce jeune homme timide. Il éprouve cependant de discrets émois pour un camarade de classe. Parfois, lors des permissions chez sa tante à La Grangère il voit sa mère. Puis, quelques mois plus tard, après avoir séjourné dans le sud avec son époux, elle vient s’installer à V. avec son père. Il est musicien, ce n’est pas un homme abordable facilement. De plus, il est atteint d’un mal dont la famille cache la réalité à Jean. Il demeure donc étranger à l’évolution de la maladie qu’il ne soupçonne pas, les adultes protègent l’enfant en inventant des mensonges. A tel point que son récit sensible évoque le dernier moment auprès de son paternel : « je ne revis mon père qu’à la lueur du cierge allumé près du lit où il reposait, dans la chambre de ma mère ; son visage était détendu et souriait, et semblait goûter une paix infinie. Ma mère fondait en larmes à son chevet et je me sentis moi-même étouffé par les sanglots. Frappée de désespoir, elle s’accablait de reproches et déplorait d’être descendue un instant auprès de nous. Ma tante, bien vainement, tentait de raisonner notre peine et s’abandonnait aux pleurs au milieu de ses exhortations. » Jean se retrouve face au cadavre de son père dont il n’a pas accompagné les derniers moments, aucune tendresse filiale ne lui a été offerte.

L’élève Gilles est un tableau impressionniste de la France rurale de la fin du dix-neuvième siècle. Les non-dits sont nombreux, les valeurs et les comportements sont ceux de l’époque. Le protagoniste devient adolescent et est confronté à la rudesse des relations humaines et des rivalités ainsi qu’aux mensonges faussement protecteurs des adultes. Le roman d’apprentissage est une catégorie à part entière, cela m’a notamment évoqué L’année de l’éveil de Charles Juliet.

Voilà, je vous ai donc parlé de L’élève Gilles d’André Lafon paru aux éditions Libretto.

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