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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Morceaux cassés d'une chose

Le nouvel opus d'Oscar Coop-Phane

Le nouvel opus d'Oscar Coop-Phane

Aujourd’hui je vais évoquer Morceaux cassés d'une chose l’autobiographie fragmentée d’Oscar Coop-Phane, son sixième texte publié. Ces mémoires prématurés d’un jeune barman écrivain s’inscrivent dans la continuité de ses opus précédents de Zénith-hôtel au Procès du cochon. C’est la vie d’un auteur trentenaire parfois à la limite de l’underground qui est ici révélée.

En moins de deux cents pages, l’auteur, faisant fi d’une chronologie précise, évoque son enfance, sa jeunesse, sa vie adulte, son goût absolu pour l’écriture, ses exils à Berlin, Rome ou Londres, sa récente paternité. Ces Morceaux cassés d'une chose ne sont pas narcissiques ou égotistes, Oscar Coop-Phane ne se ménage pas, il n’enjolive pas la situation. Il écrit sur ses jeunes années : « j’étais plutôt dégoûté par mes sécrétions, mes cheveux sales, mes dents gâtées déjà, mes pieds qui transpiraient l’été dans des baskets mouillées par la mer, laissant moisir des lambeaux de peau entiers autour de mes orteils.» Cet autoportrait est sans concession. Certes, le narrateur est le protagoniste mais il est toujours lucide et distancé par rapport à sa propre existence. Il écrit bref et précis. Les phrases sont contondantes, il ne s’embarrasse pas de fioriture. Ainsi quand il révèle in pettole viol dont il a été victime enfant il lui suffit de peu de mots pour bouleverser : « j’avais six ans, peut-être huit, peut-être dix. Ce dont je suis certain c’est que ce jour-là on m’a enculé. Ce n’est pas une formule. Un type m’a violé quand j’avais six ou dix ans. » C’est glaçant. L’écrivain ne théorise pas sa souffrance, il ne psychologise pas non plus la situation vécue. Il raconte au fil de sa plume les événements sélectionnés et multiplie les digressions et les allusions à ses romans et à sa vie publique. Pourtant, ce texte est cohérent et porteur d’un témoignage intime et autobiographique intéressant. Depuis son adolescence son look affirme sa personnalité ; avec ses vestes en tweed et ses cravates ses origines paternelles anglaises s’imposent. Le jeune homme est largement tatoué sur le torse et aux bras. Il précise : « après mon premier tatouage, j’ai contracté un prêt pour passer mon permis moto. La liberté vous comprenez. » Oscar Coop-Phane dresse un portrait peu flatteur de ses parents séparés durant son enfance. Cependant, après son succès d’estime littéraire il se réconcilie avec sa mère, tandis que son père demeure aux abonnés absents. Au collège il a commencé à dissimuler et à tricher. A fumer également. Cela a peut-être constitué la porte d’entrée vers l’alcool et les drogues. Il ne fait pas l’apologie de la défonce, il expose lucidement ses propres errances, sa consommation effrénée distractive mais aussi pour supporter son boulot de serveur. Il affirme : « j’ai conçu ainsi une fascination absurde pour la défonce. Partir à Berlin n’était pas anodin, je me détachais du regard de ceux que j’aimais. Je n’avais pas conscience de l’absolue banalité de mon aventure. (…). Le week-end sans dormir, du vendredi au lundi, mélange aléatoire, ce que j’ai, ce qu’on me donne, speed, au moins cinq grammes, jus, deux ou trois fioles, cocaïne, kétamine, MDMA, méphédrone, enfin, codéine et Xanax pour les descentes. » Cette liste de produits illicites peut choquer ; pourtant force est de constater que ces soirées sous substance sont alors son quotidien chéri. Il ne s’agit pas de porter un jugement moral, c’est ainsi. Cependant, malgré son état, il s’astreint à une discipline de fer concernant l’écriture. En effet, il dit que : « l’écriture était ma seule contrainte. Rien d’autre n’avait d’importance. Je m’y étais sacrifié. » Pour devenir un écrivain accompli chaque jour il note, corrige, compose. Avant la publication de son premier ouvrage, les fiascos sont nombreux avec ces refus standardisés qu’il encaisse. Il accepte, persévère et finit par être édité chez Finitudes. Il obtient des prix, se plie alors aux obligations médiatiques malgré le mépris de certains de ses interlocuteurs à son égard. Sans donner de noms il décrit les manières du milieu germanopratin dont il n’a pas tous les codes. Il obtient une bourse pour un an de résidence à la villa Médicis. Il part en Italie avec Pauline, sa copine, et leur fillette Emmanuelle. Oscar évoque longuement ses nombreuses conquêtes sexuelles au fil des années, les filles qui défilent, celles qui le sucent en soirée sous l’emprise de la drogue, celles avec qui il noue un attachement sentimental. Dans ce récit comme dans sa vie, Coop-Phane navigue entre l’écriture et son métier de barman. Il oscille entre des désirs contraires ; le jeune père est fasciné par sa fille bien qu’il continue à se défoncer. A l’opposé de l’image qu’il s’est construite il peut constater, résigné : « je mentirais en disant que je rêve de bohème. C’est épuisant. Je veux une vie bourgeoise, un salon large, un bureau, du beau parquet et des moulures. Fumer dans ma bibliothèque, des fusils accrochés aux murs. » Aujourd’hui encore ce n’est qu’un rêve, les contingences matérielles demeurent les plus fortes. Les problèmes d’argent ne sont pas nouveaux pour lui et il précise : « je crois que la dèche a joué un rôle important dans ma construction. J’ai appris malgré moi à resquiller, à frauder. » Il raconte ainsi quelques souvenirs truculents.

Morceaux cassés d'une chose apparait comme un bilan intermédiaire de la vie d’écrivain d’Oscar Coop-Phane. C’est le parcours chaotique d’un obsessionnel de la page, d’un drogué tatoué, d’un serveur de la rue Oberkampf, d’un jeune père de famille. Ces fragments transpirent la sincérité ; malgré la déstructuration ce texte romanesque est littérairement très réussi. Toutes les anecdotes sont des pièces du puzzle de cette vie consacrée à la fondation d’une œuvre littéraire.

Voilà, je vous ai donc parlé de Morceaux cassés d'une chose d’Oscar Coop-Phaneparu aux éditions Grasset.

Oscar Coop-Phane à la maison de la poésie le 22 janvier 2020
Oscar Coop-Phane à la maison de la poésie le 22 janvier 2020

Oscar Coop-Phane à la maison de la poésie le 22 janvier 2020

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