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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Paz

Le nouveau polar de Caryl Férey

Le nouveau polar de Caryl Férey

Aujourd’hui je vais évoquer Paz le nouveau polar de Caryl Férey. Cet auteur a marqué le genre avec notamment ZuluMapuche et Condor. A chaque fois, son terrain d’enquête change : l’Australie, l’Afrique du Sud ou l’Argentine. Avec Paz c’est la Colombie contemporaine qui est scrutée. Ce thriller viril a pour toile de fond la société colombienne avec le processus de démilitarisation des FARC et la pacification du pays. En réalité, c’est une histoire de famille épouvantable dont les trois protagonistes masculins s’affrontent autour d’un secret de famille qui est le fil rouge du récit.

Le père de la famille Bagader est procureur à Bogota, ce poste de magistrat est au cœur du pouvoir politique. C’est un homme d’influence, conseiller du président de la République. Son fils Lautaro est le chef de la police de la capitale, c’est en réalité un pantin aux mains de son père. Avant d’intégrer la police il a servi dans l’armée dans les forces spéciales pour lutter contre les narcotrafiquants, il a tué et a mené des opérations risquées. Enfin Angel, le frère rebelle et dissident, ancien des FARC, a longtemps vécu dans la jungle sans contact avec sa famille. Les événements tragiques vont rapprocher ces trois hommes, bêtes sauvages qui s’expriment plus par les armes et les coups que par les mots et les sentiments.

Dès le début du récit la violence colombienne apparait sans nuance puisque : « c’était le onzième cadavre qu’il retrouvait à Bogota cette semaine, le trente-sixième en comptant les bouts disséminés dans le reste du pays. Sauf que celui-ci semblait à peu près entier… » Ces corps martyrisés sont porteurs de symboles et sont des signes que la police doit analyser et décrypter. Lautaro enquête, d’abord à Bogota puis à Carthagène et dans des zones plus reculées du pays. Il prend contact avec son frère qui est en période de probation dans la campagne et va le lancer sur des pistes criminelles très dangereuses. Il faut préciser que : « non seulement la Colombie subissait le plus vieux conflit du monde, mais aucune population n’avait été aussi traumatisée par des morts violentes. » Lors d’un meeting électoral un attentat est commis, le procureur se retrouve en première ligne. Pendant ce temps dans une baraque isolée se perpétuent des meurtres abominables : « branle-bas de combat dans la villa d’où les sicarios jaillissaient. Des gardes se réfugiaient vers la maison, essuyant le tir chirurgical de Diuque qui les abattait les uns après les autres. Il y avait six corps calcinés près du ponton en proie aux flammes, quatre autres dans le jardin et des blessés qui se précipitaient vers la terrasse. Les tueurs se ressaisirent vite : les tirs provenaient des fourrés, des deux côtés de la maison. Ils sortirent l’arsenal lourd. » Cette scène est emblématique de l’ultra violence endémique, les enjeux financiers avec les divers trafics sont énormes. Lautaro et Angel sont rivaux, d’autant que leur père a interdit à Angel de mener la vie théâtrale qu’il souhaitait avant sa fuite et son engagement dans les FARC ce qui a conduit le vieil homme à mentir et à constituer ainsi un secret dévastateur. Dans cette histoire, quelques femmes, touches de douceur, apparaissent au milieu des hommes. Une journaliste qui veut comprendre l’origine de ces meurtres terribles, une travailleuse sociale amoureuse d’Angel, une dame plus âgée, amante cachée du procureur. A l’acmé des traques qu’il conduit force est de constater que : « Lautaro était devenu fou, fou d’une inhumanité qui valait celle des hommes qu’il pourchassait. » L’affrontement des différentes générations des Bagader est inéluctable. Avant le dénouement final : « Angel revisita leurs liens familiaux, ce triangle des Bermudes où chacun finissait par sombrer. Il arrivait trop tard. Lautaro allait mourir et une question restait en suspens, symbole de leurs guerres intimes, une énigme dont la révélation conditionnerait à jamais ses nuits. » Le poison s’est répandu et a tout contaminé.

 

Pazest un polar sombre, la violence exacerbée est difficilement supportable, l’atmosphère est suffocante, les événements sanglants sont légion, les pires atrocités sont le quotidien de la population. Le portrait de la Colombie est glaçant : la corruption est omniprésente et l’implication des politiques au sein des mafias qu’ils combattent est ahurissante, la culture de la coca par les paysans pauvres est la réalité économique de cette contrée sud-américaine. La violence, malgré le dépôt des armes des différents protagonistes du conflit historique, semble inscrite dans l’ADN du pays. La paix ne parait pas envisageable et pérenne, pourtant la question de la rédemption par l’amour est posée.

Voilà, je vous ai donc parlé de Paz de Caryl Férey paru aux éditions Gallimard collection Série Noire.

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