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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Paris Saint-Denis

Paris Saint-Denis

Aujourd’hui je vais évoquer Paris Saint-Denis premier roman de Paul Besson. Ce jeune auteur est le fils de Patrick Besson et à ce titre il peut prononcer cette phrase : « j’ai quitté la bourgeoisie matérielle, mais la bourgeoisie intellectuelle, j’en ferai toujours partie. C’est comme ça. » Le texte est autobiographique et raconte la galère partagée avec sa copine à la recherche d’un appartement à Paris et finalement l’installation à Saint-Denis, ville de banlieue qui se révèle attachante loin des stéréotypes habituels.

Le narrateur se présente ainsi : « j’ai vingt-neuf ans. Je suis en M2 de philosophie. Je fais de la musique et du théâtre. J’écris des chansons, des nouvelles et un roman. Je donne des cours de guitare et j’anime un stand de vin au salon du Chocolat. Je vivote grâce à l’aide de ma famille et à mes petites sources de revenus. » Ce jeune homme est emblématique de sa génération, c’est un étudiant attardé en l’occurrence esthète, bohème et artiste. Il est cependant confronté à la réalité matérielle. Il vit avec Carine à Montrouge depuis plusieurs mois, la superficie du studio occupé est trop petite pour le couple qui souhaite augmenter la taille de son habitat. C’est le début du parcours du combattant pour présenter un dossier recevable à une agence immobilière ou directement à un propriétaire. Leurs ambitions doivent être renégociées, l’option parisienne n’est pas envisageable, l’expatriation en banlieue nord est obligatoire. Mais, même dans ce cas, obtenir une location n’a rien d’évident. Il leur faut plusieurs mois pour concrétiser leur projet. Le déménagement en Seine-Saint-Denis a lieu et c’est alors le temps de la découverte de l’environnement local. Il précise tel un sociologue que : « Saint-Denis est une ville ouvrière et populaire, elle l’est depuis des siècles et l’arrivée d’une classe moyenne blanche et éduquée ne va pas changer ça en cinq minutes. » L’étudiant passe plus de temps à fumer et à boire qu’à aller en cours à la Sorbonne. Son portrait sincère n’est pas outrancièrement flatteur ; il traine, il glande et procrastine. Il explore son quartier, part à la découverte des commerces et des restaurants comme les kebabs, arpente les rues proches de son appartement en ville et révise l’histoire de la ville avec sa basilique et la nécropole royale. Voici une première impression rapportée : « à la sortie du métro Porte de Partis, sur une ligne 13 constamment bondée, s’agglutinent travailleurs immigrés, étudiants fauchés et bobos parisiens, c’est-à-dire la dernière couche sociale ayant encore une certaine sympathie pour les pauvres. » Il s’inscrit parmi cette population, son regard sur ceux qu’il croise est bienveillant et empathique. Paul sait que son origine sociale l’éloigne de ce monde ouvrier et immigré, pourtant, une fois dépassée sa peur initiale, il décrit des congénères aimables et fréquentables. Cependant, un soir où il cherche à s’approvisionner en herbe il a une mésaventure qui l’amène à fuir en courant, inquiet. Il décrit la situation : « les rues étaient vides et sombres, seuls les lampadaires allumés les éclairaient faiblement. Il n’y avait que les chats et moi. J’ai fini par atterrir au milieu d’une cité gigantesque. Je me suis assis par terre et ai regardé en haut. Les immeubles étaient grands et le ciel sans nuage. » Il se calme et regagne son domicile du centre-ville près du métro sans substance à fumer. Son rythme est à l’opposé de celui de sa compagne. Il constate ainsi : « il fait noir quand Carine part, il fait noir quand elle rentre. L’appartement de Saint-Denis est glacial en cette saison, comme l’était celui de Montrouge. J’essaye de me coucher et de me lever à un meilleur rythme, pour me caler sur celui de Carine. Vivre en couple harmonieusement demande des efforts. » Cette étape de la cohabitation est importante dans l’histoire d’un couple, l’inconfort du logement est la rançon de l’indépendance.

Paris Saint-Denis est un roman générationnel qui raconte la difficulté d’être de la jeunesse et qui décrit avec attention et bienveillance les dyonisiens et leur ville de banlieue généralement objet de stigmatisation. Il est très largement inspiré de l’expérience personnelle de l’auteur. Ce roman m’a fait penser à ceux d’Oscar Coop-Phane, en particulier ses deux premiers Zénith-hôtel et Demain Berlin.

Voilà, je vous ai donc parlé de Paris Saint-Denis de Paul Besson paru aux éditions Lattès.

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