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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

La police des fleurs, des arbres et des forêts

Le nouveau roman de Romain Puertolas

Le nouveau roman de Romain Puertolas

Aujourd’hui je vais évoquer La police des fleurs, des arbres et des forêts, polar de Romain Puertolas. Il est familier des titres incongrus, souvent à rallonge, comme L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IkeaUn été sans Facebook ou Les nouvelles aventures du fakir au pays d’Ikea. L’humour et les calembours sont sa marque de fabrique ; il adore jouer avec les mots. Avec son nouvel opus il se téléporte en 1961, dans un village rural de la France d’alors. Le protagoniste est un jeune inspecteur de police envoyé dans le village de P. à la demande du maire pour enquêter discrètement sur l’événement tragique qui vient d’endeuiller le lieu. Le narrateur indique que : « c’était le début de sa carrière et il avait été envoyé un matin de l’été 1961 à P., où l’on venait de retrouver, dans l’usine de confiture locale, le corps d’un certain Joël, aimé de tous, égorgé et démembré à l’aide d’une scie à métaux. Il avait été découpé avec rage et emballé dans plusieurs sacs. »

Le policier a 25 ans ; il est épaulé par le garde-champêtre local pour aller à la rencontre des habitants et investiguer afin de démasquer et confronter au plus vite le coupable de ce crime odieux. Le représentant de l’autorité précise avec humilité : « ici, c’est plutôtla police des fleurs, des arbres et des forêts, si vous voyez ce que je veux dire. Les braconniers, les querelles entre paysans pour un centimètre de terre, les incendies provoqués par les pique-niqueurs insouciants. » Il trouve donc normal de ne pas mener seul cette difficile enquête puisqu’il a peu l’habitude des crimes de cette envergure. Lorsque l’inspecteur débarque, la victime, Joël, âgée de seize ans, a déjà été inhumée et une autopsie illégale a été conduite. Quelques indices ont été recueillis qu’il faut à présent faire parler, tels les sacs siglés des Galeries Lafayettedans lesquels les morceaux de corps ont été retrouvés. Afin de rendre compte à sa hiérarchie, incarnée par la procureure de la République, l’inspecteur procède à l’enregistrement des auditions et à la rédaction de lettres manuscrites. Le roman est composé de cet échange épistolaire accompagné de nombreuses annexes dans lesquelles figurent les transcriptions méthodiques et classées des divers interrogatoires. Le téléphone ayant été coupé après le violent orage survenu le jour du meurtre le courrier postal est le seul moyen de relater l’avancée de l’enquête de flagrance. C’est depuis l’hôtel au Bon repos où il réside que le jeune homme élabore les hypothèses et rapporte ses conclusions. Pendant l’enquête, un soir en effectuant le bilan de la journée, il constate : « au cours de ma carrière, j’ai rencontré des gens envieux, aigris, frustrés, des ambitieux, des sauvages, des psychopathes, des psychotiques, des névrosés, des voleurs, des toxicomanes, des menteurs, des escrocs, des aguicheurs, des aguicheuses, des joueurs, des trafiquants, des receleurs, des assassins, des criminels, des violeurs, des hommes qui battaient leur femme, leurs enfants, ce que l’humanité engendre de pire, mais jamais je n’ai vu ce que je vois dans ce village depuis hier, des gens qui traitent la violence d’une manière si banale, si quelconque. » Il est troublé par cette attitude désinvolte et doit admettre que la campagne est fort différente des métropoles. Cependant, persévérant et méthodique il réunit des preuves, réalise des auditions et élabore des recoupements. L’arme du meurtre découverte dans une maison et des traces de sang répandues au sol désignent sans faute le coupable. L’intrigue repose sur des secrets de famille, des histoires de couple et d’adultère, des naissances taboues. D’ailleurs, les parents de Joël ne sont pas clairement identifiés. La rivalité entre son tuteur et la folle qui le désigne comme étant un familier indigne contribue à laisser perplexe. Le mobile du crime semble être la vengeance et avoir provoqué les affreuses atrocités commises. Le policier est perspicace, malgré les chausse-trapes tendues il avance et confond un premier suspect. Il est dans un environnement où les mensonges, les dissimulations, les inimitiés, les jalousies et les rancœurs sont nombreux. Un suspect laisse alors la place au suivant. Et même quand la meurtrière avoue son crime cela n’est pas l’épilogue de l’enquête. En effet, il faut s’orienter sur la personnalité de la victime dont les origines recèlent une part de mystère probablement lié au drame.

La police des fleurs, des arbres et des forêts est un délicieux polar truffé de rebondissements dont le plus fabuleux est la révélation finale. Le lecteur comprend alors qu’il a été berné par l’auteur, machiavélique joueur. Le suspens se termine avec ce coup de théâtre ultime, preuve que le romancier est le grand meneur de son histoire à double sens. 

Voilà, je vous ai donc parlé de La police des fleurs, des arbres et des forêts de Romain Puertolas paru aux éditions Albin Michel.

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