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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Roi par effraction

Le nouveau roman de François Garde

Le nouveau roman de François Garde

Aujourd’hui je vais évoquer Roi par effraction, roman historique de François Garde. Cet auteur alterne les récits et les romans et élabore une œuvre passionnante et iconoclaste. Son nouvel opus est une fiction historique basée sur des faits réels. Roi par effraction raconte le parcours atypique et exceptionnel de Joachim Murat. Du 8 au 13 octobre 1815 pendant les six derniers jours de sa vie il se livre à une confession mémorielle qui est au cœur du roman. Le protagoniste est alors : « à Pizzo, il ne se voit pas comme un prisonnier. Il est au secret, incarcéré dans l’attente de sa mise à mort. Comme un voyageur séquestré par des bandits. Ferdinand de Bourbon ne lui applique pas les lois de la guerre et se comporte en tyranneau qu’aucune vergogne ne retient. » Chaque jour il plonge dans ses souvenirs et témoigne des principales étapes de son existence en digressant pour convoquer son passé.

Joachim Murat, né dans le Lot en 1767, est fils d’un aubergiste. Son ascendance ne le destine pas a priori à devenir compagnon de route et intime de Napoléon Bonaparte. Et pourtant, comme il se le remémore à travers ces mémoires complets, c’est ce qu’il advint ; ainsi s’écrit son destin. Evoquant sa gloire déchue et sa brève royauté italienne il indique : « certes, il a régné sous le nom boursouflé et un peu ridicule de Gioacchino Napoleone : un second prénom imposé comme une marque d’allégeance, une laisse un peu trop courte. Pour sa correspondance privée, il a préféré signer d’un simple M, un paraphe rapide en bas de page. » Son identité royale affiche sa filiation et son alliance avec l’Empereur. En effectuant son propre bilan Murat constate que : « sa vie, au fond, se résume à ces deux syllabes, qui n’étaient rien, et que depuis quinze ans l’Europe entière prononce toujours avec étonnement : Murat. » Au moment où la narration se déroule il a connu la gloire et le succès mais il est à présent déchu. Il tente de reconquérir le trône de Naples mais les royalistes locaux lui font payer cher sa trahison envers Napoléon. Il sait que : « son droit absolu d’occuper le trône ne lui vient ni de sa naissance dans le Quercy, ni du succès des armes, mais de l’amour qu’il porte à son peuple. » Murat a épousé la sœur de Bonaparte, Caroline, ce qui lui a permis de côtoyer le futur empereur corse. Il est discret lors de la Révolution et participe ensuite aux nombreuses expéditions et conquêtes napoléoniennes. Au tout début du XIXe siècle il est associé aux batailles menées par Bonaparte et acquiert progressivement ses titres militaires et de noblesse. Bien que l’évocation des principales étapes et des voyages soit relativement exhaustive, le narrateur affirme que : « du premier ordre qu’il a reçu – aller chercher quarante canons entreposés à la plaine des Sablons – jusqu’au dernier – prendre le commandement de la Grande Armée pour la ramener en France –, des reproches les plus acerbes aux remarques les plus anodines, sa mémoire a tout effacé. » C’est probablement l’effet de l’enfermement et de la perte du pouvoir et de la considération. Pendant sa carrière, il dirige des bataillons, devient maréchal d’Empire, amiral alors qu’il n’a absolument pas le pied marin et même roi. En effet : « après que Napoléon a donné à Joseph le trône d’Espagne, il offre à Murat le choix entre ceux de Lisbonne et de Naples. Ce dernier n’hésite pas une seconde : roi de Naples ! » Murat participe à de grands événements ; ainsi il se souvient que : « le 2 décembre 1804, jour du sacre, en grande tenue de maréchal de France – bottes de cavalier, culottes blanches, grand habit aux pans, revers, parements et manches tant surbrodés d’or qu’on discerne à peine le tissu, large ceinture dorée, gilet brodé barré du grand cordon rouge de la Légion d’honneur, jabot de dentelles, tricorne à plumes blanches – au sein de la longue procession qui remonte dans un froid glacial la nef de Notre-Dame, alors que Caroline rechigne à soutenir la traîne de Joséphine, il porte sur un coussin de brocart ivoire la couronne impériale. » Il est aux premières loges, son ascension sociale est triomphale. Cela fait plusieurs jours qu’il est enfermé dans sa geôle lorsqu’il apprend : « en ce 13 octobre 1815, cinquante-septième année du règne de Ferdinand de Bourbon, la cour déclare que la sentence est la mort. Vous serez ce jour même passé par les armes. » Le verdict est tombé, incontestable, le trépas approche. Alors, comme une ultime volonté : « Murat griffonne à la hâte quelques lignes pour dire à Caroline, à Achille, à Leticia, à Louise qu’il les aime et qu’il pensera à eux jusqu’à la dernière seconde. » Ainsi s’achève lamentablement la vie de Joachim Murat personnage qui a louvoyé aux côtés de Napoléon Bonaparte pendant plusieurs décennies.

Roi par effraction est l’histoire d’une ascension sociale incroyable. Ce récit met en exergue l’attrait du pouvoir et le désir masculin d’obtenir toujours davantage de reconnaissance et de puissance. La chute, les alliances et les retournements n’en sont que plus pathétiques. François Garde parvient à donner chair à ses personnages et à aller au-delà d’une simple notice bibliographique grâce à son roman étayé sur un travail de recherche précis et de consultation d’archives.

Voilà, je vous ai donc parlé de Roi par effraction de François Garde paru aux éditions Gallimard.

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