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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Tu marcheras dans le soleil

Une biographie de Bruce Chatwin

Une biographie de Bruce Chatwin

Aujourd’hui je vais évoquer Tu marcheras dans le soleil de Jennifer Lesieur. L’auteur est partie sur les traces de Bruce Chatwin et propose une biographie de cet écrivain-voyageur anglais. Mais ce qualificatif est trop réducteur pour résumer le bref parcours de ce séduisant jeune homme polyglotte et éclectique. Jennifer Lesieur dans sa préface indique que : « Chatwin ne se prêterait pas à l’exercice de la biographie classique. Il me fallait non seulement retrouver ses traces mais éprouver cette connivence personnelle qui semblait nous réunir, alors que je n’avais a priori rien en commun avec un écrivain anglais mort du sida en 1989, à l’âge de 48 ans. » Elle ajoute pour préciser son rapport personnel à son personnage : « bien vite, Chatwin est devenu Bruce, et je retrouvais cette préoccupation constante que connaissent bien les biographes, pour peu qu’ils soient un peu amoureux de leur sujet : je pensais à lui en permanence, me demandant s’il aurait partagé mes étonnements, ce qu’il m’aurait raconté avec sa sophistication teintée d’ironie sur ce bronze étrusque, cette abbaye méditerranéenne, ou ce chapeau ridicule sur la tête d’une touriste au British Museum. » Force est de constater qu’une réelle affection la lie à Bruce Chatwin qu’elle n’a pas directement connu. Pour rédiger son ouvrage elle rencontre notamment son épouse Elisabeth avec laquelle elle s’entretient et échange ; elle raconte leur première rencontre dans un village italien où a lieu un improbable colloque sur son défunt époux. Elle consulte également des archives et relit l’intégralité de l’œuvre littéraire de Chatwin.

Comme toute biographie, ce livre répond aux exigences de l’exercice en retraçant les principales étapes de la vie du protagoniste en commençant par son enfance et son éducation anglaise. Une des caractéristiques pérenne de Chatwin est sa difficulté à se fixer, à reconnaître ses racines, à résider dans un lieu familier. L’auteur précise : « le jeune Chatwin avait des hobbies de notable campagnard dont il avait le style, tweed et raie sur le côté. » Il est attiré par le voyage et est fasciné par le mode de vie nomade. D’ailleurs, les différents tournants de son existence, ses choix les plus profonds témoignent de sa difficulté d’attachement et de son besoin irrépressible de toujours bouger sans jamais vraiment choisir une résidence permanente. L’exception la plus notable est sans doute sa relation avec Elisabeth, sa femme qui jusqu’au bout l’accompagne et le soigne. Malgré des difficultés le couple perdure en dépit des absences régulières et prolongées du mari. Son épouse s’installe dans une ferme écossaise où elle élève des ovins. Bruce Chatwin est un être complexe et secret ; il est attiré par les femmes et par les hommes, même s’il tait sa bisexualité et la facette homosexuelle de sa vie affective. D’ailleurs, contaminé par le sida à l’époque où l’épidémie était en pleine expansion et taboue il refuse de dire de quel mal il souffre. Rares sont ceux qui sont dans la confidence, et par peur du rejet, il retarde longtemps l’aveu à ses parents. La biographe mentionne quelques uns des amants de Bruce, certains célèbres, en insistant sur la discrétion dont il fait preuve. Il n’a jamais adhéré au mouvement de la communauté gay, même s’il a côtoyé par exemple le photographe Robert Mapplethorpe.

Chatwin débute très jeune sans diplôme dans les coulisses de la maison de vente Sotheby’s. Il est repéré et gravit les échelons internes de l’institution où il se révèle un excellent expert en art. Il rédige des notices pour les catalogues des ventes aux enchères. Son contact avec la beauté artistique nourrit son goût pour l’art et les collections. Jennifer Lesieur indique que : « quand on a grandi partout et nulle part (ce qui est le cas de Chatwin), il est naturel de ne jamais se sentir tout à fait à sa place, surtout quand quelqu’un d’autre décide de celle-ci, en l’occurrence une maison d’enchères où Bruce n’avait a priori rien à faire. » Par conséquent, un jour, alors qu’il doit être promu directeur il claque la porte et s’inscrit à l’université pour suivre des études d’archéologie. Cette nouvelle passion sera également éphémère. Mais en suivant des cours à la faculté il légitime ses compétences. Une fois encore cette voie est une impasse pour lui. Force est de constater qu’ « on lui avait chanté son talent, lyre à la main, alors qu’il n’était doué que pour fuir : Sotheby’s, l’archéologie, une vie de famille, ce maudit livre. » En effet, après ses premières intentions professionnelles et son mariage avec Elisabeth alors qu’il multiplie les rencontres masculines, Bruce change d’orientation, donne un nouveau départ à sa vie. Ce qui le stimule ce sont alors les voyages et les découvertes. Il collabore avec des journaux et arpente ainsi le monde pour signer des reportages originaux. Cette étape lui met le pied à l’étrier pour écrire. Mais avant de publier son premier ouvrage il doit être assidu à sa table d’écriture. Les maisons dans lesquelles il vit temporairement sont très importantes, ses amis l’accueillent volontiers notamment en Grèce, à New-York ou en Provence.

Ses principaux ouvrages s’intitulent En Patagonie, Les jumeaux de Blackhill, Le chant des pistes et Utz. De nombreuses citations de ces œuvres jalonnent la narration de Jennifer Lesieur. Elle affirme que : « En Patagonie en lança d’autres sur la pointe de l’Amérique du Sud, sans voiture, mais à pied et sac au dos, et s’ils ne trouvèrent pas de fragments préhistoriques dans la cave du mylodon, devenue une attraction touristique, ils y trouvèrent la satisfaction d’être partis au bout du monde sans but, pour le seul plaisir de changer de paysage à chaque pas, pour vivre enfin. » Avec ce récit il devient un éclaireur, il raconte des histoires extraordinaires et partage son goût du voyage. Au début des années 1980 Chatwin est affaibli il ne sait pas encore qu’il est séropositif et que ce sont les prémisses du sida qui apparaissent sur son corps. Pourtant, il continue de voyager, y compris dans des contrées tropicales malgré les conseils de prudence des médecins. Parcourir le monde, découvrir de nouveaux paysages, revenir sur les lieux adorés est son adrénaline. Cependant : « les voyages donnaient l’illusion d’une santé retrouvée, jusqu’aux retours qui, eux, étaient immanquablement suivis de rechutes. » Il continue d’écrire, c’est à Seillans dans le sud de la France qu’il passe ses derniers mois à la fin de l’année 1988. Et puis il tombe dans le coma : « Bruce resta inconscient jusqu’au mercredi 18 janvier où il mourut en début d’après-midi. Il fut incinéré deux jours plus tard, près de Nice. » Une cérémonie orthodoxe est célébrée pour cet homme qui avait été touché par cette religion lors d’un séjour au Mont Athos, puis ses cendres selon ses dernières volontés sont dispersées par Elisabeth en Grèce.

Tu marcheras dans le soleil est l’admirable biographie de Bruce Chatwin, homme splendide et lumineux. Avec pudeur et sans voyeurisme l’auteur effleure le mystère de sa vie et ses secrets les mieux gardés. Surtout elle invite à redécouvrir son œuvre littéraire riche, érudite et poétique.

Voilà, je vous ai donc parlé de Tu marcheras dans le soleil de Jennifer Lesieur paru aux éditions Stock.

Textes de Chatwin
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