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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Kaiser Karl

Biographie de Lagerfeld par Bacqué

Biographie de Lagerfeld par Bacqué

Aujourd’hui je vais évoquer Kaiser Karl de Raphaëlle Bacqué. Parmi les ouvrages précédents de cette journaliste il faut mentionner Richie et Le dernier Mort de Mitterrand. Elle affectionne les enquêtes sur des personnages proches des arcanes du pouvoir. Elle propose ici une biographie sans tabou de l’égérie de la Haute Couture ; son personnage est Karl Lagerfeld, récemment décédé. Dans son livre elle raconte son enfance en Allemagne, l’ambiguïté de son père, son attachement à sa mère, son accession au pouvoir dans le milieu de la mode, sa rivalité avec Yves Saint-Laurent, son homosexualité et l’amour de sa vie Jacques de Baecher, son triomphe médiatique. En préambule, Raphaëlle Bacqué s’interroge : « pape, empereur, Kaiser et pas une biographie… c’est ce qui m’a d’abord frappée. Cet homme au carrefour des cercles du pouvoir, de l’argent, des médias et de la mode est resté parfaitement secret. (…). Karl Lagerfeld maîtrise presque entièrement ce qui s’écrit sur lui. Cinquante ans qu’il domine l’industrie du luxe et il n’existe aucune biographie. Ni en français, ni en anglais, ni en allemand. » L’enquêtrice rencontre ceux qui l’ont connu (elle précise que la parole se libère après sa mort), croise les témoignages et reconstitue les étapes de la vie de cet homme secret qui n’hésitait pas à recomposer son passé à son avantage.

L’ouvrage débute par la narration des funérailles de Karl dont l’auteur précise qu’il : « est mort aux côtés de Sébastien Jondeau, son bodyguard et homme de confiance, et le monde florissant de la mode s’est retrouvé tétanisé. » En effet, l’octogénaire à la silhouette de jeune homme refusait l’idée de sa mort ; malade, il combattait seul et continuait à travailler d’arrache-pied. Il se consacrait avec dévotion à la mode et créait en permanence multipliant les collaborations et les contributions. Son parcours professionnel débute en même temps que celui d’Yves Saint-Laurent auquel il sera souvent comparé et avec qui la rivalité était constante. D’ailleurs Bacqué indique évoquant les dernières années de la vie de Karl : « mais quel soulagement de ne plus avoir Yves Saint-Laurent toujours juché sur une marche au-dessus de lui ! C’est peut-être le premier secret de l’exceptionnelle longévité de Lagerfeld : il a vaincu Saint-Laurent à l’endurance. Non pas qu’il l’ait doublé au panthéon des couturiers, où YSL reste inatteignable. Mais il lui a survécu. » Avant d’intégrer la maison Chanel et d’en prendre les commandes Karl a travaillé pour Chloé où il s’est fait la main. Il fréquente les milieux artistique et de la mode, côtoie Andy Warhol et participe aux agapes de la vie nocturne parisienne. L’auteur décrit le faste des fêtes parisiennes et monégasques auxquelles il participe. Elle indique que : « Karl Lagerfeld n’est pas encore mondialement connu, mais son aventure warholienne lui a donné l’aura qui lui manquait dans le monde de la mode. » Jacques de Baecher est un personnage central de la vie sentimentale de Karl. Il est ainsi décrit : « avec sa fine moustache de dandy d’avant-guerre, ses vestes à larges revers et son foulard de soie autour du cou, Jacques ressemble à un personnage de Proust ou d’Oscar Wilde, entre Swann et Dorian Gray. Il a toutefois une lueur dans l’œil. Quelque chose de provocant et de pervers ». Pour Lagerfeld s’épancher, se confier relève du vulgaire. Force est néanmoins de constater que : « Lagerfeld est amoureux. D’un amour profond et absolu. Jamais on ne lui a connu une telle fascination pour quelqu’un. On les voit désormais arriver en couple au Sept où ils dînent tous les soirs. » Ce lieu est aussi l’endroit où le couple formé par YSL et Pierre Bergé a ses habitudes. A l’époque c’est son rival qui domine et a les faveurs des médias. Karl qui a débuté dans la maison Chloé, est recruté par Chanel où il régnera en maître et gagnera son prestige et son pouvoir. Jacques devient l’amant d’Yves mais reste l’amour unique de Karl. Il meurt du sida et : « depuis la mort de Jacques, (Karl) paraît figé dans son chagrin comme un arbre dans la glace. Au studio Chanel il arrive que ses collaborateurs devinent, en voyant sa silhouette tressauter doucement, qu’il sanglote penché sur ses dessins. » Evoquant la période tragique de l’apogée de la pandémie de sida l’auteur constate : « les anciens carnets d’adresses sont désormais bons à jeter au feu sous l’hécatombe. » Ce deuil est un tournant pour Lagerfeld qui s’investit encore davantage dans la création. Raphaëlle Bacqué évoque Inès de la Fressange et révèle les raisons de leur brouille tandis que le couturier et la mannequin avaient représenté l’apogée du glamour dans la mode. Karl ne supporte pas la liaison amoureuse d’Inès avec un bel italien que le couturier allemand n’impressionne pas. Karl mène une vie ascétique et solitaire. Il devient parfois une caricature de lui-même, avec son phrasé et son accent si caractéristiques, le débit accéléré de ses paroles, son humour et ses vacheries. Il vit dans le luxe et voyage en jet privé. Il a du personnel à son service, ses appartements sont meublés avec goût, il collectionne des œuvres d’art et n’a plus de vie sexuelle.

Kaiser Karl est une biographie qui n’est pas hagiographique. Raphaëlle Bacqué est certes sous le charme de son sujet mais elle enquête honnêtement et met en lumière la face sombre de ce génie de la mode, tyrannique et très solitaire. C’est un personnage de roman qui façonne son image et masque les aspects de sa vie qui lui semblent méprisables. Sa dernière volonté est que Choupette, sa chatte adorée, hérite et puisse mener une vie tranquille.

Voilà, je vous ai donc parlé de Kaiser Karl de Raphaëlle Bacqué paru aux éditions Albin Michel.

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