Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Dîner à Montréal

Le nouveau roman autobiographique de Philippe Besson

Le nouveau roman autobiographique de Philippe Besson

Aujourd’hui je vais évoquer Dîner à Montréal de Philippe Besson. Ce roman autobiographique ou autofictionnel comme il le définit lui-même est la suite et la conclusion provisoire d’Un certain Paul Darrigrand. Exceptionnellement il publie les deux romans à quelques mois d’intervalle. Le texte commence ainsi : « je vous ai parlé de Paul Darrigrand. Je vous ai parlé de ce jeune homme aux yeux noirs, qui venait jadis me retrouver dans ma chambre d’étudiant à Bordeaux ; c’était en 1989. Je vous ai parlé de notre amour clandestin, vécu dans le plus bel âge, tandis que je valsais dangereusement avec la mort ; de cet amour inabouti, finalement renvoyé au néant, à la fin d’un été. Je vous ai avoué également que j’avais fini par revoir Paul. Longtemps après. A Montréal, où il travaillait alors. » Les retrouvailles en 2007 sont l’objet de Dîner à Montréal. Elles ont lieu dans une librairie, lors d’une séance de dédicace au cours de laquelle Philippe est venu présenter son nouveau roman. Les deux hommes, ex amants devenus quadra, se retrouvent, se reconnaissent, échangent un regard et quelques mots. En public, sous l’effet de la surprise, Philippe ne trouve qu’une proposition à faire, inviter Paul à souper le soir-même. Paul hésite un peu puis rappel le narrateur pour confirmer sa venue en compagnie de son épouse.

Dîner à Montréal est la narration de ce huis-clos impromptu qui, le temps d’un souper, réunit quatre personnages. Philippe et Paul sont bien entendu présents ; ils sont accompagnés d’Antoine, le jeune partenaire de l’écrivain et d’Isabelle la femme de Paul. Une tension évanescente est palpable entre les convives. Ce ne sont pas exactement les retrouvailles intimes de deux anciens amants, la présence de leurs actuels conjoints ne facilite pas la liberté de parole et l’évocation des souvenirs les plus marquants. Chacun observe l’autre, est attentif aux mots prononcés, à l’affût d’un aveu ou d’une parole caressante. Cependant, le repas est ponctué de pauses cigarette pendant lesquelles Antoine et Isabelle s’éclipsent laissant provisoirement les deux protagonistes seuls. C’est alors l’acmé de la rencontre, le moment où les propos les plus sincères sont enfin échangés. Le narrateur confie : « me reviennent alors les instants de 1989, quand l’amour était occulte, quand notre jeunesse nous offrait un sauf-conduit, quand l’inconscience nous guidait, quand les étreintes étaient ce qui importait le plus, quand les possibles l’emportaient sur les devoirs ; tout était plus simple, même si nous dansions au bord d’un abîme. » Entre Philippe et Paul, vingt ans après, un non-dit étrange demeure sur leur relation passée et leur amour défunt. Paul Darrigrand, poussé dans ses retranchements, finit par concéder la nature de ses sentiments les plus profonds. Malgré cela, le passé demeure lointain, sa vie est auprès de sa femme et de leur fils. Au cours du dîner Philippe se révèle fleur bleue, il affirme son goût pour la jeunesse et les corps séduisants, en pleine vigueur. Il confesse que depuis Paul et leur rupture il a souffert. Il a eu peu d’histoires d’amour véritables mais plutôt de nombreuses relations éphémères, des moments de tendresse et de sexe avec des garçons de passage. Le repas se poursuit dans la nuit montréalaise, après le dessert les deux couples se séparent et partent de leur côté. Le temps d’une soirée les souvenirs heureux ont été convoqués, les regrets et la nostalgie laissent la place au présent.

Les références aux romans de Besson sont nombreuses à l’intérieur de Dîner à Montréal, elles permettent de dater les événements évoqués. Ce qu’il raconte aujourd’hui est advenu il y a une dizaine d’années au moment où son œuvre était assumée comme purement fictionnelle. Paul lui explique que pour sa part il lit ses livres avec l’œil aguerri de celui qui connaît parfaitement l’auteur et est capable de repérer des indices personnels glissés dans les histoires romanesques. Dès lors, l’auteur ne peut se dissimuler derrière les personnages qu’il nourrit de sa propre vie.

L’écriture de Philippe Besson est de plus en plus épurée, son style est simple et efficace, sa narration est subtile et intelligente. Ce roman est une réflexion intime sur l’amour et la passion et sur l’effet du temps. Il parvient à émouvoir et à ménager une tension au cours des deux heures de dîner, parenthèse à l’écart du bruit et de l’agitation du monde. Cette rencontre avec son amour de jeunesse est un baume apaisant qui permet d’envisager sereinement la suite.

Voilà, je vous ai donc parlé de Dîner à Montréal de Philippe Besson paru aux éditions Julliard.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article