Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Comment l'Empire romain s'est effondré

Un essai passionnant sur la fin de l'Empire romain

Un essai passionnant sur la fin de l'Empire romain

Aujourd’hui je vais évoquer Comment l'Empire romain s'est effondré de Kyle Harper. Le sous-titre de cet essai est Le climat, les maladies et la chute de Rome. L’historien a synthétisé une documentation et des archives considérables. Il propose une approche holistique afin d’analyser les raisons de la chute d’une civilisation qui a régné plusieurs siècles sur l’Europe et l’Orient. Les contributions à ses hypothèses relèvent de plusieurs disciplines : l’histoire, l’archéologie, la médecine, la vulcanologie ou la climatologie. L’ouvrage est passionnant et stimulant en tentant d’établir des liens entre des phénomènes a priori éloignés et qui pourtant associés expliquent de façon probante cette situation. Les théories présentées dans cet essai sont iconoclastes et décalées par rapport aux explications classiques de la chute de cet Empire. Comme il est indiqué dans la préface : « il s’agit de faire l’histoire du rapport de l’Empire romain aux contraintes naturelles mouvantes qui ont pesé sur son devenir. C’est là que le monde microbien prend une importance toute particulière. » Kyle Harper précise que : « pour comprendre l’épisode prolongé connu sous le nom de chute de l’Empire romain, il nous faut prend en compte plus soigneusement le grand exercice d’auto-aveuglement qui constitue le cœur même des cérémonies d’un Empire en pleine gloire : la confiance sans limite telle qu’elle se manifestait dans les rituels sanglants mettant en scène des animaux sauvages capturés preuve de la domestication des forces de la nature par les Romains. » Autrement dit, les Romains se croyaient invincibles et pourtant ils ont dû affronter à la fois des ennemis étrangers et les forces hostiles de la nature.

Avant de mettre l’accent sur les dernières décennies de l’Empire romain l’auteur s’intéresse aux années précédentes. Il affirme qu’à son apogée Rome a vécu sous l’influence de l’OCR (optimum climatique romain) qui correspondait à une période où le climat était chaud et humide et donc favorable aux récoltes. Il explique l’existence de l’OCR par des phénomènes comme les courants du Gulf Stream et El Nino. Rome était une cité prospère à la population nombreuse. Mais cette situation est temporaire, des épidémies se développent, des volcans entrent en éruption ce qui provoque des modifications de l’ensoleillement, les empereurs sont fragilisés ils décident de migrer la capitale de Rome à Constantinople. Ainsi, il faut comprendre que : « les changements climatiques ont favorisé l’évolution des germes, comme Yersinia Pestis, le bacille de la peste bubonique. Mais « les Romains ont été aussi les complices de la mise en place d’une écologie des maladies qui ont assuré leur perte ». Les bains publics étaient des bouillons de culture ; les égouts stagnaient sous les villes ; les greniers à blé étaient une bénédiction pour les rats. » L’historien compile les données disponibles afin d’identifier les germes les plus meurtriers ; l’analyse ADN des restes humains et animaux permet d’isoler les virus responsables. La variole est concernée mais c’est surtout la peste qui contribue à l’extinction de l’Empire. Dans l’essai de nombreuses cartes et statistiques illustrent et étayent les propos de l’auteur. A l’appui de son hypothèse centrale Kyle Harper précise que : « le destin de Rome a eu pour acteurs les empereurs et les Barbares, les sénateurs et les généraux, les soldats et les esclaves. Mais il a été également décidé par les bactéries et les virus, les volcans et les cycles solaires. (…). La fin de l’Empire romain est donc une histoire où on ne peut pas séparer l’humanité de l’environnement. » L’ouvrage détaille le règne des derniers empereurs et les situations auxquelles ils ont été confrontés. Le centre de l’Empire est passé de Rome à Constantinople également touchée par les épidémies et les changements climatiques. Plusieurs épidémies se sont succédé ; selon l’auteur : « les dimensions prises par la peste antonine (vers 165-190) ont stupéfié les témoins de l’époque, certainement habitués aux épidémies mais pas à un phénomène d’une telle ampleur. » La peste provoque des ravages dès qu’elle atteint les humains. Cependant : « la plupart des gens étaient protégés par la lenteur des anciens modes de voyage et de communication. Même dans l’Empire romain interconnecté, la vie avançait au rythme de moyens de transport non mécanisés. » Selon une perspective historique ce qui s’est passé à la fin de l’Empire romain constitue un des principaux épisodes de peste au niveau mondial. En effet : « la bactérie connue sous le nom de Yersinia Pestis est responsable de trois pandémies historiques. La première a eu lieu sous le règne de Justinien (527-565). » L’épisode romain cité correspond à l’effondrement final de cette civilisation prestigieuse. Kyle Harper insiste sur l’imbrication des facteurs à l’origine de la chute de Rome et de l’Empire, il s’agit d’une approche multi causale. En effet : « si le choc de la peste a transformé le vieux rêve de Justinien – réunifier le vieil Empire – en un cauchemar, et un cataclysme, l’étape finale de la dissolution de l’Empire romain n’est pas due au seul triomphe de la bactérie. On ne peut mesurer l’impact de celle-ci sans tenir compte de l’histoire du climat. (…). La combinaison de la peste et du changement climatique a sapé la puissance de l’Etat. » De façon un peu grandiloquente, comme en conclusion, l’auteur affirme que : « la peste de Justinien a été l’événement le plus funeste de toute l’histoire de l’humanité jusqu’à aujourd’hui. (…). L’occlusion du soleil, les tremblements de terre et l’épidémie mondiale de peste ont mis le feu aux attentes eschatologiques dans tout le monde chrétien et au-delà. » Force est d’admettre que sa démonstration est convaincante même s’il est extrêmement difficile d’établir des preuves formelles de ce qui est exposé.

Comment l'Empire romain s'est effondré est un formidable ouvrage qui établit des liens entre les phénomènes climatiques, les éruptions volcaniques et les pandémies pour montrer que la fin de l’Empire romain est due à la conjonction d’événements disparates qui ont abouti à cet échec. Kyle Harper cite avec pertinence Effondrement de Jared Diamond, essai qui fait écho à la recherche de l’historien et étend ses analyses à un champ plus vaste. Cette lecture peut également être rapprochée de L’année sans été de Gillen D’Arcy Wood qui utilise des méthodes identiques pour établir des liens entre des phénomènes naturels (l’explosion d’un volcan) et des conséquences historiques à long terme sur des civilisations.

Voilà, je vous ai donc parlé de Comment l'Empire romain s'est effondré de Kyle Harper paru aux éditions La Découverte.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article