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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

La vie lente

Le nouveau roman parisien d'Abdellah Taia

Le nouveau roman parisien d'Abdellah Taia

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au nouveau roman d’Abdellah Taia La vie lente. Cet auteur a déjà notamment publié L’armée du salut et Celui qui est digne d’être aimé. Dans ce nouvel opus il met en scène un homme marocain, Mounir, qui pourrait représenter pour lui une sorte de double littéraire. Ce roman est celui d’une relation touchante entre cet homme et une vieille dame habitant le même immeuble que lui dans une période où les immigrés arabes deviennent mal considérés.

Le protagoniste s’appelle Mounir Rochdi, il a quarante ans et est installé à Paris depuis de nombreuses années ; sa vie est assez précaire malgré son intégration culturelle. Depuis récemment, il a emménagé seul dans un appartement sis au 107 rue de Turenne. Dans ce quartier bourgeois à la lisière du Marais gay l’homme noue une relation amicale avec sa voisine du dessus, Simone. Cette vieille femme de quatre-vingts ans vit seule dans un studio de 14 m2 avec toilettes sur le palier. Elle et lui sont des exclus du système, ils survivent dans un monde hostile. Ils sont des archétypes d’une survivance populaire dans un monde boboïsé. Simone se confie à Mounir, ils discutent affectueusement ensemble. Elle lui parle notamment de Manon, sa sœur disparue depuis longtemps. Pendant la guerre, le comportement de cette jeune femme vis-à-vis des allemands a été stigmatisé ; à la libération elle a été tondue et a décidé de partir, fuyant la France, l’épuration et le mal. Son histoire remémorée par Simone est touchante. Mounir, même s’il ne cache pas son homosexualité, est discret et ne révèle pas ses errances à Simone. C’est à la station RER de Nanterre-La Défense qu’il croise Antoine qui deviendra son amant. Ensemble ils vont arpenter la cité Picasso et se goinfrer de délicieuses pâtisseries algériennes. Dans le métro les corps des deux hommes se frôlent, se rapprochent, explosent. Pourtant cette passion est éphémère, Antoine, revient à sa vie d’avant, straight.

Malgré leur amitié tendre la relation de voisinage s’envenime et devient conflictuelle. En effet, Mounir se plaint auprès de Simone du bruit qu’elle fait en marchant dans son logis. Le bruit des pas sur le sol altère le repos auquel il aspire. Ils s’affrontent malgré leur empathie réciproque. Excédée, Simone menace d’appeler la police, puis passe à l’acte. Antoine, l’inspecteur de police qui se rend sur place soupçonne Mounir d’agissements délictueux en lien avec le terrorisme. Cet Antoine est celui de la Défense mais il a occulté et oublié sa relation passée.

Ce roman se déroule dans un contexte particulier après la période dramatique des attentats meurtriers qui ont touché la capitale en 2015. Le regard porté sur les maghrébins suspectés sans fondement d’islamisme a changé, l’inquiétude est omniprésente. Voici ce que dit Simone à son voisin au moment de leur dispute : « j’ai peur de toi… maintenant… Tu es arabe, j’ai peur de toi… » Des propos absurdes que Mounir relativise : « je savais parfaitement que madame Marty n’était pas raciste. Pas elle. Mais voilà, on était en 2017. Deux ans après l’attentat à Charlie Hebdo. Tout était devenu possible. Les gens en France n’étaient plus les mêmes. » Et Mounir ajoute dans l’anonymat parisien : « je n’ai personne d’autre que toi Simone. On se dispute, on se balance des mots durs, on s’empêche de vivre, de dormir, de marcher, toi et moi. Mais tout cela, ce lien réel, je l’ai compris devant Antoine, inspecteur froid, n’a pas de prix. C’est la vie même. Tu n’es pas une Parisienne indifférente toi. Tu te soucies des autres. De moi. » Le roman est dialogué, les propos des personnages constituent l’essentiel de la narration. Ainsi comme en écho la dame précise : « tu me ressembles, Mounir. Je l’ai vu tout de suite. La première fois qu’on s’est croisés dans l’escalier. Des yeux francs, malins, joueurs. Ton âme aspire à tout maîtriser. Et si, pour cela, il faut mentir, se mentir, faire de la fiction, se glisser dans la peau d’un nouveau personnage, gentil ou méchant, docile ou dangereux, tu n’hésites jamais longtemps. » Mais l’appel à la police fait basculer leur lien, il n’est plus possible de revenir en arrière, la relation est abîmée, détruite.

La vie lente est un roman assez différent de l’œuvre précédent de Taia. Les thématiques explorées restent identiques mais l’atmosphère et le contexte sont plus pesants et laissent émaner un regret sous-jacent d’un avant qui était plus respirable, plus sympathique.

Voilà, je vous ai donc parlé de La vie lente d’Abdellah Taia paru aux éditions du Seuil.

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