Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

La tendresse du crawl

Le nouveau roman de Colombe Schneck

Le nouveau roman de Colombe Schneck

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au court roman de Colombe Schneck La tendresse du crawl. Elle est l’auteur de plusieurs romans souvent d’inspiration autobiographique. Sa famille, à travers en particulier la figure de son père adoré, a souvent été au cœur de ses fictions. Dix-sept ans était l’évocation poignante d’un avortement. Avec La tendresse du crawl l’auteure met un coup de projecteur sur une récente histoire d’amour, une période rare et heureuse de bonheur. Elle parle d’elle à la première personne ; elle est l’héroïne de cette aventure passionnée.

Ce roman est donc celui de la rencontre entre Colombe et Gabriel. Elle précise : « la première fois que je l’ai croisé, il avait 12 ans, moi 15. Nous nous sommes retrouvés trente-cinq ans après, une fin de septembre. » Le roman se déroule au moment des retrouvailles et dans les mois qui suivent. Enfants, les protagonistes vivaient dans le même quartier favorisé de Paris, fréquentaient le même collège, leurs mères étaient amies. Mais à cette époque lointaine aucune amitié particulière n’était née entre eux. Plus de trois décennies après, le temps a passé, les corps ont changé. Chacun a vécu sa vie, a eu des enfants ; ils ont été mariés et ont divorcé. Leur rencontre, quasiment dans les mêmes lieux que ceux de leur adolescence, va déboucher sur une belle et intense histoire d’amour. Pour Colombe c’est inespéré. En effet comme elle le dit : « je bats le record de la fille la plus larguée du monde, de France, de Paris, de mon quartier. » A presque cinquante ans elle affirme, lucide : « j’avais connu une succession d’hommes, pourtant je passais davantage de temps à imaginer l’amour, qu’à le vivre. J’avais si peur de la réalité. » Aux côtés de Gabriel l’amour devient enfin possible ; la peur s’évanouit presque, ensemble ils s’épanouissent, retrouvant les réflexes de la jeunesse. Cependant, force est de constater que malgré l’âge et l’expérience, l’amour provoque toujours ravages et inquiétudes. Voilà comment la narratrice évoque cette relation : « le sexe est un jeu sans fin, il connaît d’infinies variations d’être touchée, caressée, pénétrée. Il me propose des règles nouvelles, j’accepte avec joie. J’atteins une destination qui m’était, avant lui, inconnue. Parfois, la peur revient. » Elle est comme une midinette, affolée par l’absence ou le silence, pensant toujours que le pire peut advenir. Un rendez-vous raté à la piscine provoque en elle mille tourments. Pourtant comme elle le dit dans son portrait : « j’ai 50 ans, je mesure 1m56 et je pèse 46 kg, le menton qui s’amollit, des cheveux blancs, les yeux qui s’enfoncent dans des orbites grises, la peau qui s’assèche, j’ai du temps à rattraper, vingt-sept ans d’invisibilité. » Malgré cela, pendant plusieurs mois, avec Gabriel elle a la sensation d’avoir vingt ans à nouveau et de vivre son premier amour.

Le roman est bref, c’est principalement l’évocation de cette rencontre sentimentale et sexuelle passionnée qui en constitue la substance. Pourtant, le bonheur est évanescent, il ne dure pas. Colombe se trouve confrontée une fois encore à l’échec. Elle constate : « c’était un soir de canicule, il m’a annoncé que notre amour n’avait pas de sens, que nous ne pourrons rien construire ensemble. Nous venons de deux planètes différentes, m’a-t-il répété. » Elle est touchante dans sa naïveté, sa tendresse à fleur de peau, son corps réapproprié. Elle se console en se souvenant de cet échange : « je lui avais demandé pourquoi il m’aimait, il m’avait dit, parce que je te trouve jolie et même ravissante, parce que j’aime faire l’amour avec toi, parce que tu me fais de bonnes choses à manger. » Une très belle déclaration d’amour entre adultes consentants.

La tendresse du crawl est un petit opuscule touchant et émouvant. L’auteure se met en scène sans masque, avouant ses défauts et son caractère parfois névrotique. L’importance de son héritage familial juif est omniprésente, elle s’est souvent interdit de plaire et d’aimer, ses deuils ont longtemps été insurmontables. Et même si l’histoire avec Gabriel se termine, elle apprécie ces moments de partage intense et d’échange salvateur. Ce roman aquatique est rafraichissant et très tendre. Il n’est pas sans évoquer certains passages des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes.

Voilà, je vous ai donc parlé de La tendresse du crawl de Colombe Schneck paru aux éditions Grasset.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article