Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Le dernier roi soleil

Une biographie complice de Jean d'Ormesson

Une biographie complice de Jean d'Ormesson

Aujourd’hui ma chronique est consacrée à la biographie de Jean d’Ormesson écrite par Sophie des Déserts intitulée Le dernier roi soleil. Ce titre évocateur renvoie à l’origine sociale du héros. Ce livre est un portrait intime du romancier académicien ; c’est le résultat de nombreuses heures de conversation entre le vieil homme charmant et la journaliste de Vanity Fair. Elle précise : « on a nos habitudes, à force de se voir une, deux fois par mois, parfois plus, depuis presque trois années. Je l’ai vite appelé par son prénom. Jean d’O c’est son nom de scène, génial, lesté côté aristocrate, un peu coquin comme l’Histoire d’O de Pauline Réage, évident comme une marque. » Sophie des Déserts raconte comment elle l’a rencontré, comment ils se sont apprivoisés au point de s’accorder sur le projet de ce livre. Avec ce texte publié un an après la mort du protagoniste, un nouvel éclairage est apporté sur la vie et l’œuvre de Jean d’O.

La biographie est le résultat d’une enquête journalistique dont le contenu repose en premier lieu sur les échanges avec Jean d’O soi-même et sur ce qu’il a bien voulu dire. En effet, il est secret, avare en confidence. Il adore les pirouettes littéraires et multiplie les citations pour se dérober aux questions. Néanmoins, Sophie des Déserts a poursuivi ses investigations et elle a également rencontré des proches qui ont accepté de témoigner. Parmi les participants il faut mentionner Françoise son épouse, Héloïse sa fille adorée, Malcy son amante et éditrice et Olivier son fidèle majordome. De ce dernier l’auteur précise : « Olivier Cadot avait vingt ans quand il est entré à son service, en 1981. Le talentueux cuisinier, orfèvre en mets sucrés, est vite devenu l’homme de la maison puisque Jean d’O ne s’embarrasse d’aucun tracas matériel. »

La vie de Jean d’Ormesson, fils d’une famille aristocratique sur le déclin semble hors du temps. Il fait partie de ces privilégiés qui ont du personnel à leur service. Ses activités se résument à séduire et aimer les femmes et à écrire. C’est un mondain, il participe à des dîners, des conférences et des séances avec les immortels du Quai Conti. A l’abri de toute difficulté matérielle grâce à la fortune de sa femme il peut pleinement se consacrer à l’écriture. Il vit entre Neuilly, la Corse et la Suisse. Jean d’O a grandi sans aller à l’école, il a souvent déménagé au gré des mutations de son père. L’auteur indique : « les parents, alliance de deux noblesses, n’ont pas fait un mariage d’amour, mais leur foyer est paisible. On se respecte, on communie, on reçoit. Les fils poussent en ambassade, choyés par une brigade de domestiques, cuisinière, précepteur, chauffeur, valet de pied, au gré des nominations paternelles. » Jean fait de brillantes études de philosophie, mais se prélasse dans son monde. Il aime les femmes, prend plaisir toute sa vie à les séduire avec ses yeux d’un bleu profond. Il se marie sans enthousiasme avec Françoise Beghin, l’héritière de l’empire du sucre. Ce riche mariage le préserve du moindre souci financier. La journaliste constate : « en somme, Jean d’O ne fait rien dans la maison, sinon assaisonner le jus de carottes. » Séducteur invétéré, il ne sait pas être fidèle, pourtant il restera l’époux officiel de cette femme dévouée. Le livre révèle sa relation intime avec son éditrice et amante : « Malcy (Ozannat) s’installe peu à peu comme la seconde épouse. Non négociable, indispensable. Désormais il l’appellera chaque jour dès le lever du soleil et le soir, avant de se coucher. » Cette double vie lui convient, elle l’accepte pour garder Jean. Malcy est sa première lectrice, celle qui ose lui demander des corrections. Jean d’O est un libertin qui sur le tard songera même à divorcer pour épouser une jeunette, Ayamm. Mais c’est auprès de son épouse qu’il demeurera.

La première partie de sa vie adulte alors qu’il travaille de façon dilettante à l’Unesco et publie ses premiers romans est effacée par ses succès ultérieurs. Jean d’Ormesson entre relativement jeune à l’Académie Française. Il sera à la manœuvre pour permettre à la première femme, Marguerite Yourcenar, d’y être accueillie. C’est un courtisan, ancien camarade de Giscard d’Estaing, il côtoie les présidents de la République, quel que soit leur bord politique. Il adore rappeler qu’il a été le dernier invité de François Mitterrand à l’Elysée. Il a dirigé Le Figaro, écrit des centaines d’éditoriaux. Il s’amuse de la politique, vote à droite et stigmatise dans les années 1980 les socialistes et les communistes au pouvoir. Mais le travail l’ennuie, son plaisir c’est le soleil, le farniente, la Méditerranée et le ski. En Corse, à Fornali dans la propriété familiale, il déambule nu et se baigne sans limite. Son obsession qui figure dans nombre de ses romans à succès c’est la postérité, il s’inquiète de savoir si quelques années après sa mort il sera encore lu. Son entrée dans la collection de la Pléiade de son vivant est pour lui une véritable reconnaissance. Sa biographe affirme que : « l’écrivain-journaliste veut qu’on l’aime, grand-seigneur, au-dessus de la mêlée. » C’est donc en quelque sorte Le dernier roi soleil.

Jean d’O est mort à 95 ans, il n’est devenu célèbre et reconnu qu’à la cinquantaine passée. Sous sa bonhommie apparente se cache un rebelle. En effet : « pendant soixante-cinq ans, jusqu’à son enterrement où certains membres de la famille ne se rendront pas, Jean d’O restera un paria. » Sa vie sentimentale débridée, dont plusieurs épisodes y compris remontant à la jeunesse sont narrés ici, en est probablement responsable. C’est un vieux monsieur indigne, à l’œil pétillant qui plus que tout est attaché à sa liberté et à ses plaisirs. La mort et la maladie l’emmerdent.

Sophie des Déserts est fascinée par son sujet ou tout du moins sous le charme. D’ailleurs, elle indique à son propos : « sacré Jean d’O, les femmes fondent, les hommes aussi, tous âges, tous milieux. Délicieux roi soleil, grand-père rêvé des Français. » Son ouvrage donne des clés pour comprendre le personnage, son désir extrême de plaire et de séduire. Le ton est guilleret, épatant pour reprendre un qualificatif dont Jean d’O abusait. Cette biographie est légère, parfois anecdotique à l’image de son protagoniste dont le lecteur apprend son goût immodéré pour les soupes et les pates aux truffes.

Voilà, je vous ai donc parlé du Dernier roi soleil de Sophie des Déserts paru aux éditions Fayard.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article