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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Des heures heureuses

Nouveau roman du toulousain Christian Authier

Nouveau roman du toulousain Christian Authier

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au dernier roman de Christian Authier Des heures heureuses. Le titre ne l’indique pas, mais l’histoire se déroule dans le milieu du vin, cette boisson synonyme d’ivresse et d’excès. Ma seule fréquentation avec l’auteur date de son premier opus intitulé Enterrement de vie de garçon qui racontait les années Mitterrand et la nostalgie d’une jeunesse évanouie et d’une amitié brisée par le destin.

Des heures heureuses a encore pour cadre Toulouse, même si le nom de la ville rose n’est jamais prononcé. Mais les allusions, les désignations de rues, de boutiques et de restaurants ne laissent aucun doute. C’est une histoire viticole et à chaque page l’euphorie alcoolisée envahit les bistrots, les troquets et les zincs. Le protagoniste, Robert Berthet, jeune quinquagénaire est négociant en vin, spécialisé dans le filon du vin bio et naturel. Ce produit a du succès malgré ses qualités inégales car « boire du vin naturel permettait aux plus gourmands d’en ingurgiter des volumes conséquents sans avoir à souffrir des dommages collatéraux habituels causés par les vins conventionnels, sinon ceux dus au degré d’alcool. » Berthet est un homme secret, un gros bosseur qui a pour tâche d’approvisionner en breuvages gouleyant la région. C’est un intermédiaire, un relai entre le producteur et le consommateur. Lors d’une séance de dégustation il rencontre Thomas. Voici ce qu’en dit le narrateur : « la première fois que Thomas vit Robert, ce dernier portait à ses lèvres un verre de vin et en cracha le contenu dans un sceau à champagne en métal. Entre le jeune homme de vingt-six ans et son aîné de presque un quart de siècle, cela a commencé comme ça. » Ce soir-là s’ébauche le début d’une fructueuse collaboration qui ne se concrétisera pas immédiatement. En effet : « à plusieurs reprises au P’tit Bouchon, il avait parlé et bu avec ce Thomas qu’on lui vantait avec insistance. Pour un farouche individualiste comme Berthet, embaucher quelqu’un s’approchait de la révolution copernicienne, de la conversion à une religion exotique. Le Thomas en question ne lui avait pas fait mauvaise impression. » L’aîné est séduit par le gamin et décide finalement de l’embaucher, au mépris des règles du code du travail. Le jeune homme devient rapidement indispensable pour Berthet. Il lui est dévoué, ne compte pas ses heures, veille sur son patron qui en échange lui apprend le vin et son commerce. Leur relation professionnelle est équilibrée : « par moments, Thomas se voyait parfois en garde du corps, en nounou, en grand frère, malgré les années qui le séparaient de Robert. D’autres fois, il se sentait comme un élève, voire un simple témoin dont la présence pelliculaire, pas très éloignée de l’absence, ne requérait pas de qualités particulières. » Ils s’apprivoisent, partagent des verres, des cuites. Leur ébriété reste raisonnable, mais chaque jour ils boivent et s’efforcent de vanter aux restaurateurs les mérites des cuvées sélectionnées auprès des viticulteurs. Force est de constater que la mode influence les clients des bars locaux. Ainsi : « il n’était plus rare de voir des bourgeois troquer leur cave remplie de bordeaux à forte reconnaissance sociale pour des « vins de vignerons » ou d’ « artisans ». Dans une frange éclairée, les vins boisés et vanillés, puissants et lourds promus dans les années 1980 par le fameux dégustateur Robert Parker via son guide n’avaient plus le vent en poupe. » Thomas apprend vite, malgré quelques engueulades il épaule Berthet avec talent. Mais bien que son travail l’accapare, le garçon rencontre une fille dont il tombe amoureux. Dès lors, il est écartelé entre sa disponibilité totale pour Berthet et son désir d’échappées dans des capitales européennes avec sa dulcinée. Il désire s’épanouir auprès de sa tendre et cette situation génère de l’animosité chez son patron. Le constat s’impose : « la blessure narcissique se révélait plus vivace que d’éventuels griefs professionnels. Bref, Berthet était jaloux. Il ne faisait pas le poids face à une brindille blonde aux attaches fines, au visage de chat aux yeux bleus venus d’ailleurs. »

Ce roman est enivrant et gouteux. Il n’est pas besoin d’être amateur de vin pour apprécier ce nectar littéraire qui se termine en drame bouleversant.

Voilà, je vous ai donc parlé Des heures heureuses de Christian Authier paru aux éditions Flammarion.

Le bref premier roman de l'auteur

Le bref premier roman de l'auteur

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