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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Homo automobilis ou l’humanité routière

Un essai sur la civilisation de l'automobile

Un essai sur la civilisation de l'automobile

Aujourd’hui ma chronique est consacrée à l’essai de Jean-Pascal Assailly Homo automobilis ou l’humanité routière. Ce texte foisonnant mêle différentes disciplines afin de tenter de percer le lien si particulier qui existe entre l’homme (plus souvent que la femme) et la voiture. L’analyse des comportements est au cœur de l’ouvrage. L’auteur est partie prenante dans le milieu de la  sécurité routière et connaît donc bien le domaine. Force est de constater que l’automobiliste est un personnage à multiples facettes qui s’exprime et se comporte différemment selon son âge, son sexe, son origine sociale et géographique.

En huit chapitres brefs, contenant moult statistiques et chiffres émanant de diverses enquêtes, le psychologue propose un décryptage passionnant du rapport de la société occidentale à la bagnole. Le vingtième siècle a représenté l’acmé du lien fusionnel et passionnel à cet objet. L’automobile est l’archétype de l’incarnation de la civilisation capitaliste et matérialiste. La voiture est scrutée par le biais des symboles qu’elle représente. C’est un objet de désir, un signe extérieur de richesse et de réussite. La voiture personnelle est un signe de virilité, de puissance et de pouvoir pour certains tandis que pour d’autres c’est un simple moyen de locomotion pratique, efficace et accessible. La voiture incarne la liberté, l’autonomie, la capacité de se déplacer sans contrainte. Mais elle est aussi une des premières causes de décès prématurés chez les jeunes. D’une part, elle contribue à la construction d’une identité sociale mais de l’autre elle est à l’origine de nombreux drames irréversibles.

A bord d’une voiture le chauffeur se sent à l’abri, invincible ; la coque protectrice l’entoure et le sécurise comme l’intérieur d’un utérus le fait pour le nourrisson. Cette situation explique le comportement typique de défi aux règles et de multiplication des infractions y compris de façon consciente. Parfois, l’attitude du conducteur témoigne d’une surprenante régression infra humaine, des réactions étranges et violentes sont généralisées parmi les automobilistes. Les résultats des sondages sont particulièrement révélateurs à cet égard. Les conducteurs dans leur immense majorité confient ne pas systématiquement respecter les règles prescrites. Parmi les principaux risques identifiés l’auteur mentionne la vitesse excessive, la consommation d’alcool et l’usage du téléphone au volant. A cette liste, il faut également ajouter le non respect des distances de sécurité et du code de la route, la signalisation défaillante, l’état du véhicule et celui des infrastructures. Ce sont autant de facteurs contributifs aux accidents de la route. Jean-Pascal Assailly montre que les règles sont souvent mal comprises et acceptées. L’automobiliste lambda ne perçoit pas la réalité du risque lié à la conduite et le rôle des interdictions pour minimiser les éventuelles conséquences d’un accrochage. Au-delà des accidents, les difficultés de circulation, la congestion du réseau routier et les mesures prises individuellement par les conducteurs pour y faire face sont également scrutées. Il est aussi question du permis de conduire et des stages de récupération des points perdus. L’auteur insiste sur l’importance de construire une culture de la sécurité dans laquelle les automobilistes doivent s’investir, être partie prenante. Force est de constater que malgré les nombreuses études diligentées, les croyances et les représentations sociales sont tenaces et qu’il est très difficile de faire évoluer les comportements, même en s’appuyant sur des données prouvées et incontestables.

Voilà ce qu’écrit l’auteur en guise de synthèse de son essai : « l’auto n’existe que depuis un siècle, et elle disparaîtra bientôt… mais elle nous aura profondément marqués ! En si peu de temps, parler de culture et de civilisation de l’auto ! Comme le train avant elle, elle n’aura pas servi qu’aux déplacements, mais aura modifié les styles et les modes de vie, les relations familiales et professionnelles. (…). Elle est au cœur d’un conflit fondamental, et notre attitude à son égard est donc définitivement ambivalente entre, d’une part, le déplacement, ses aspects de liberté, d’autonomie, de gain de temps, etc., et d’autre part, la vie sociale (perte de qualité de vie dans les quartiers, pollution, insécurité routière, etc.). » Il est convaincu que cet ouvrage devait paraître maintenant au risque de devenir rapidement obsolète en raison des évolutions prévisibles qui pourraient signer la fin ou au moins la perte de l’influence de la bagnole. D’ailleurs, il est de plus en plus tendance de ne pas posséder sa propre voiture, mais de la partager ou l’emprunter autant que de besoin, en particulier dans les grandes agglomérations qui, pour améliorer la qualité de l’air, investissent moins sur les déplacements individuels en voiture et privilégient les transports en commun et le covoiturage.

Le titre de cet ouvrage se révèle pertinent. En effet, la voiture a véritablement contribué à créer une civilisation particulière qui a vécu son apogée et paraît désormais sur le déclin. Les perspectives technologiques futuristes laissent à croire que la conduite ne sera plus une action humaine et que ce plaisir, ce sentiment d’invulnérabilité (malgré les ravages provoqués quotidiennement par les accidents) sont en voie de disparition programmée. Cet essai est épatant et permet de réfléchir à sa propre attitude que ce soit comme piéton ou comme automobiliste.

Voilà, je vous ai donc parlé d’Homo automobilis ou l’humanité routière de Jean-Pascal Assailly paru aux éditions Imago.

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