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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Sous Paris

Voyage dans les catacombes parisiennes

Voyage dans les catacombes parisiennes

Aujourd’hui ma chronique est consacrée à Sous Paris. Cet ouvrage propose une découverte des sous-sols parisiens avec des promenades dans les galeries souterraines, les carrières et les catacombes en compagnie de l’auteur. C’est un essai sur la cataphilie. Ce néologisme désigne l’attrait de certains pour l’exploration du sous-sol, en l’occurrence parisien. Aurélien Noyelle raconte ses explorations personnelles réalisées dans la capitale une dizaine d’années en arrière. Le grand public a découvert les groupes fréquentant le sous-sol avec quelques reportages télévisés dans les années 90. Le sensationnalisme était le moteur de ces présentations journalistiques. Peu de travaux scientifiques ont porté sur la cataphilie et le présent ouvrage ne répond pas pleinement à cette exigence.

Les premières parties du livre sont descriptives et rendent compte de la progressive construction de cette passion interdite et peu affichée publiquement. Le lecteur apprend ainsi l’existence de l’Inspection Générale des Carrières, service chargé de veiller à la sécurité dans le sous-sol et du GRS, le Grand Réseau Sud de Paris, où sont situées les principales galeries objet d’exploration nocturne. Aurélien descend avec Pierre, un ami solitaire qui est alors son initiateur et son guide. Les cataphiles ont leur vocabulaire, leurs codes et leurs rites. Accéder aux galeries nécessite de connaître les voies d’entrée secrètes, de soulever de lourdes plaques métalliques et de s’engouffrer sous le sol à la lumière d’une torche. Les habitués ont leur tenue et leur matériel ad hoc. Se balader sous les rues de Paris dans les profondeurs noires revêt un caractère de transgression, de franchissement de l’interdit. Une étape importante pour le cataphile novice est l’acquisition du titre de cataphile autonome qui donne la possibilité de s’aventurer seul dans l’entrelacs des couloirs sombres. Voici comment ce passage de témoin est décrit : « à l’écoute des anciens, la remise d’un plan des catacombes  à un touriste constitue le moment capital qui scelle le terme de son initiation, matérialisant son accès au statut de cataphile. Il ne peut survenir qu’à l’issue de plusieurs descentes, qui lui auront permis de montrer sa motivation, son assiduité, son goût pour les carrières ; et à son guide de lui transmettre les usages et les valeurs qui y ont cours (culte du secret, respect des lieux) ainsi que quelques traditions qu’on qualifiera de plus folkloriques. L’acte, à la fois récompense et droit d’accès, n’a aucune automaticité. » Les ingrédients anthropologiques de description de cérémonie initiatique sont décelables.

Aurélien Noyelle rend bien l’atmosphère des catacombes, il insiste sur les bruits, les sensations, le vertige, les odeurs. Sous Paris, une véritable vie parallèle s’instaure, où il est difficile de faire la part entre le jour et la nuit. Les escapades sont souvent nocturnes, les kilomètres souterrains parcourus valent plus que ceux marchés à la surface, les conditions de progression sont parfois délicates, les chausse-trapes nombreuses, des accidents peuvent se produire. Les fêtes qui sont organisées sont l’occasion d’une mixité sociale qui semble plus réelle qu’à la surface, les vêtements témoins des classes sociales sont troqués contre des tenues plus appropriées et moins marquants. Les catacombes surveillées par les cataflics sont un monde où l’anarchie est prônée, les idées libertaires sont valorisées. Le sous-sol de la capitale est peuplé de salles de cinéma clandestines, de parois peintes et d’autres lieux culturels improbables. Les artistes qui s’expriment ici sont potentiellement marginaux, certaines œuvres, reproductions de peintures ou de tags, sont très remarquables. Quelques illustrations sont proposées dans l’ouvrage.

L’auteur convoque également l’anthropologie et l’étude de certains mythes australiens pour établir un lien avec la cataphilie et sa signification. Il s’évertue dans ces pages peu convaincantes à montrer la véracité de sa proposition théorique. Il se noie dans de longues digressions qui s’éloignent du propos initial. Dans les dernières pages il n’élude pas les polémiques autour des catacombes et des excès qui s’y déroulent. L’exercice le conduit à prendre du recul par rapport à cette pratique qu’il a délaissée puisque désormais il n’appartient plus au groupe des cataphiles actifs.

L’ouvrage offre des morceaux choisis relatifs à la passion des cataphiles, des portraits des tribus qui se côtoient dans les recoins des kilomètres de galeries et de carrières parisiennes. Force est de constater qu’au moment où il écrit l’auteur a abandonné sa passion cataphile, les accès qu’il a pu fréquenter sont désormais inaccessibles ; il reste fidèle à la promesse de secret qui entoure l’appartenance aux cataphiles puisque le mystère reste entier et que malgré les détails il ne révèle pas tout ce qu’il connait. Il met bien en évidence l’opposition entre la surface et le sous-sol ces deux mondes régis par des règles différentes.

Voilà, je vous ai donc parlé de Sous Paris d’Aurélien Noyelle paru aux éditions Lemieux Editeur.

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