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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

La Concurrence des sentiments

Un essai stimulant sur les émotions

Un essai stimulant sur les émotions

Aujourd’hui ma chronique est consacrée à La Concurrence des sentiments dont le sous-titre est Une sociologie des émotions. Julien Bernard, l’auteur, a déjà publié Croquemort une anthropologie des émotions. Son nouvel essai s’inscrit donc dans la continuité de ses travaux précédents qui scrutaient le métier des pompes funèbres. Ce jeune sociologue poursuit sa mise en exergue des émotions dans la vie sociale. Historiquement, l’exploration des émotions était réalisée par la psychologie. Mais, en réalité, pour éviter une approche réductrice il apparait nécessaire de s’adjoindre la perspective sociologique. En guise d’introduction, Julien Bernard propose une première définition : « les émotions sont des phénomènes complexes dans lesquels on peut considérer des aspects et des influences proprement physiques ou biologiques, d’autres plus psychologiques et d’autres encore plus socioculturels et historiques. » C’est l’aspect sociologique qui est au cœur de ses recherches. La plupart des exemples développés  dans l’essai ont trait au monde du travail, à la famille, au rapport à la mort et à l’éducation. Son ambition est de : « (…) proposer un cheminement, une traversée d’idées et de mondes sociaux en dessinant progressivement les contours d’un potentiel cadre d’analyse. » Les considérations théoriques et le résultat d’enquêtes permettent d’affirmer que « les émotions seraient ainsi des habitudes cognitives et des schèmes de comportement sociaux fortement intériorisés. » Il explique que l’émotion est un moteur de l’action individuelle et collective. Certes, la raison guide de nombreuses actions, mais il serait illusoire de croire que les émotions sont systématiquement neutralisées et contenues. Comme l’indique le sociologue : « la prise en compte des émotions s’avère aujourd’hui indispensable à l’analyse de la mise en route des mouvements sociaux et à celle du rapport citoyen et politique aux questions de société dites sensibles ». Il montre comment chaque individu est sous l’emprise de ses émotions autant dans la vie privée que dans la vie sociale. Selon les circonstances, les émotions sont plus ou moins légitimes et acceptables. Force est d’admettre qu’il existe une éducation en la matière, une imprégnation des règles sociales. Ainsi, par exemple, le personnel soignant doit apprendre à contenir ses propres émotions face à la souffrance des malades pour mener à bien son activité professionnelle. Face à la mort, le contexte culturel et les rôles sexués conditionnent aussi l’expression ou le silence des émotions. Comme il le précise : « pas un jour ne passe sans que quelques émotions nous traversent, que  nous les exprimions ou les gardions pour nous. Lorsque nous les exprimons, elles sont rapidement relayées par nos proches, qui les évaluent, les insèrent dans un récit explicatif, et en parlent entre eux. Les émotions se propagent alors dans la communauté. (…). Les émotions sont partout, à la limite de la confusion avec la sensation et le simple désir de vivre. » La construction des émotions est genrée, les hommes et les femmes ne sont pas supposés exprimer de la même façon leurs émotions. « Cette socialisation différenciée a d’autant plus de force que garçons et filles s’exposent à des coûts sociaux s’ils dérogent à leurs stéréotypes de genre. » Il s’agit ici de constats fréquemment établis par les sciences sociales. Enfin en conclusion une certitude s’impose : « dans une société émotionnelle, la mémoire des événements, par exemple des accidents, supplante tant une analyse des changements historiques sur le temps long qu’une analyse socio-anthropologique des causes et des conséquences des événements. »

Julien Bernard dans son ouvrage alterne les réflexions théoriques étayées scientifiquement et les résultats d’enquêtes de terrain. Ce mélange équilibré assure la richesse de son propos. Les émotions à l’origine chasse gardée de la psychologie sont aujourd’hui analysées également par la sociologie et cet auteur incarne parfaitement cette démarche.

Voilà, je vous ai donc parlé de La Concurrence des émotions de Julien Bernard paru aux éditions Métailié.

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