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Culture tout azimut

Ce blog Culture tout azimut vous propose des articles sur des livres récemment lus. Les lecteurs sont invités à partager leurs points de vue.

Dans le désert

Le nouveau récit de Julien Blanc-Gras

Le nouveau récit de Julien Blanc-Gras

Aujourd’hui ma chronique est consacrée au dernier récit de voyage de Julien Blanc-Gras intitulé Dans le désert. Il est familier du genre et a déjà raconté ses périples dans les contrées les plus exotiques de la planète. Voici quelques titres à lire : Touriste, Gringoland, Paradis (avant liquidation). Avec son nouvel opus il continue à explorer la planète et en propose un récit séduisant. Son centre d’intérêt est cette fois focalisé sur le Moyen-Orient. Comme il le précise : « j’ai longtemps voyagé par égoïsme, pour jouir de la nouveauté permanente qu’offre la route. Les années ont passé, le monde a changé et il m’a changé. Désormais, je me déplace moins pour m’emplir d’expériences que pour entretenir un espoir : ce qui rapproche les hommes est plus fort que ce qui les sépare. Je voyage pour vérifier que je peux nouer des liens avec n’importe qui, et ainsi valider mon identité d’Homo Sapiens doué d’empathie. »

Son but est d’aller au-delà des clichés sur Dubaï et le Qatar et d’y rencontrer des locaux pour discuter avec eux et comprendre leur vie dans le désert arabique a priori inhospitalier. Bien entendu il va s’exposer à quelques déboires qui font le sel du récit. La première étape est Doha. Comme il l’explique, ce pays riche de ressources gazières faramineuses est à la recherche d’une reconnaissance planétaire. L’attribution de l’organisation d’une compétition sportive mondiale emblématique a contribué à l’accroissement de l’exposition médiatique. « La Coupe du monde de football de 2022 est la plus belle victoire décrochée par la marque Qatar, le glorieux aboutissement d’une stratégie de soft power menée façon Blitzkrieg. Le monde entier aura les yeux braqués sur l’émirat et des joueurs courant sous quarante degrés. Une légende prétend que lors d’un voyage en Europe du jeune Hamad Al Thani, futur émir, un douanier aurait demandé : « C’est où, le Qatar ? » Aujourd’hui, tout le monde le sait. Pari gagné. On peut passer sa vie à réparer une vexation. » Il est difficile de croiser des qataris (et encore plus des femmes qataries, la plupart du temps voilées dans l’espace public) et d’engager la conversation. C’est la première déception du narrateur. Cependant, il est fasciné par le développement urbain et l’architecture incroyable avec les gratte-ciel improbables. Comme ses voisins, le Qatar développe sa capitale en constante expansion bétonnant de plus en plus le désert. Cela a un prix écologique puisque « Doha l’aseptisée est une des agglomérations les plus polluées de la planète. » En effet, l’utilisation de la climatisation à outrance et les grosses cylindrées lancées à vive allure sur l’asphalte brûlant détruisent la terre.

Julien Blanc-Gras souhaite faire une courte escapade à Bahreïn. Il prend un vol pour rejoindre Manama à quelques kilomètres. L’accueil à l’arrivée n’est pas chaleureux, il n’est pas le bienvenu car ses activités de journaliste ne lui permettent pas d’entrer sans visa. Le douanier le refoule sans ménagement, il n’accède pas au territoire et doit rester dans les allées de l’aéroport, au milieu de son modeste duty-free comparé à celui de Dubaï en attendant d’embarquer pour un vol retour vers le Qatar. Il n’essaye même pas d’atteindre le sol de l’Arabie Saoudite, fermée aux touristes. Pourtant, paradoxalement le pays dispose d’un office du tourisme. L’auteur constate invectivant le royaume : « La Mecque, un lieu considéré comme le centre spirituel du monde par plus d’un milliard de personnes. Ta ville sainte est interdite aux non musulmans. Là encore, tu te places dans une situation unique. Les non catholiques peuvent venir au Vatican, les non hindous à Bénarès, les non juifs à Jérusalem. (…). Ce qui fait de toi, de manière officielle, le pays le moins tolérant de la planète. Tu restes aussi le dernier territoire où les femmes n’ont pas le droit de conduire. Ce qui fait de toi, de manière officielle, le pays le plus misogyne de la planète. Aucun parti politique n’est autorisé. L’apostasie, l’homosexualité ou l’adultère sont passibles de la peine de mort, en général pratiquée sous forme de décapitation sur la place publique. » Cette litanie découragerait le plus téméraire des baroudeurs, ce qu’il n’est plus. Il renonce donc et quitte le Qatar direction Dubaï au cœur des Emirats Arabes Unis. C’est l’incarnation de la démesure architecturale suprême. Sur place, Blanc-Gras est impressionné, abasourdi. Il précise que « la Burj Khalifa brille à 828 mètres d’altitude, soit l’équivalent de 2,5 tours Eiffel ou 165,6 girafes. Vue d’en haut : on aperçoit à peine les parcs et le lac au pied de la tour. On toise des gratte-ciel qui paraissent enfantins alors qu’ils pointent à 300 mètres. D’ici, on suit la ligne droite de la Cheikh Zayed road, artère traversant l’émirat, et dont je n’ai pas réussi à compter le nombre exact de voies. » Ces indications topographiques étant posées il s’avère toujours aussi délicat de nouer des contacts. Ou alors avec des expats qui aspirent à quitter le pays et font la fête entre eux en catimini pour pouvoir boire de l’alcool. La réalité est moins reluisante que sur les publicités. A l’instar de nombreux émirats et monarchies de la région, la prospérité économique repose sur une forte population immigrée taillable et corvéable à merci. Les droits des travailleurs sont bafoués, ils se contentent de profiter des conditions offertes souvent meilleures que dans leur pays d’origine. Ils ne s’intègrent pas et ne peuvent pas acquérir la nationalité du pays hôte. Sa dernière escale est pour le sultanat d’Oman. Bien qu’interdite l’homosexualité y est peu réprimée, ce qui pourrait être dû à l’orientation sexuelle supposée du sultan qui n’a pas de descendance après ses nombreuses années de règne sans partage. Mais tout cela ne peut être dit au risque de condamnation pour injure et dénigrement.

Ce périple au cœur des pétromonarchies en quête d’exubérance et de démesure est drôle. Cependant, même si l’humour et la dérision restent la marque de fabrique de l’auteur, son récit semble, à l’instar peut-être des lieux visités, un peu superficiel et paresseux. Ce n’est donc pas son texte le plus épatant mais la lecture procure de sympathiques moments.

Voilà, je vous ai donc parlé de Dans le désert de Julien Blanc-Gras paru aux éditions du Diable Vauvert.

Trois images emblématiques de la région du récit
Trois images emblématiques de la région du récit
Trois images emblématiques de la région du récit

Trois images emblématiques de la région du récit

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